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Drogue, bière & complot contre le LOSC

Drogue, bière & complot contre le LOSC

Le foot est un sport qui se joue à 11, et à la fin il y a un complot qui empêche le LOSC de gagner

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Posté le 13 juillet 2019 - par dbclosc

Patrick Collot : « Ce n’est pas parce qu’on est discret qu’on n’a pas de caractère »

Deuxième partie de notre entretien avec Patrick Collot, dans laquelle il revient sur ses reconversions après sa retraite des terrains au cours de la saison 2001/2002.

La première partie est à lire ici !


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Tu as terminé ta carrière de footballeur au cours de la saison 2001/2002. Dans quelle mesure as-tu préparé ta reconversion ?

Je n’y ai pas véritablement réfléchi. Lors de la saison 2001-2002, avant la trêve, Vahid me convoque dans son bureau. À cette époque, le club était en construction et il fallait tout structurer. Vahid m’évoque clairement la situation : « Patrick, tu es en fin de contrat en fin de saison, je veux créer une cellule de recrutement ». Une seule personne était éventuellement chargée d’aller voir les adversaires à l’époque : c’était Marcel Campagnac. Et donc Vahid poursuit : « moi je pense que c’est le bon moment : tu vas sur tes 35 ans, réfléchis, je te laisse les vacances, durant la coupure entre Noël et nouvel an, mais si ça t’intéresse, je voudrais que tu intègres la cellule de recrutement ». C’est vrai que je commençais un peu à m’essouffler car je jouais de moins en moins ; je m’entraînais mais je n’avais pas beaucoup de temps de jeu, donc c’était de plus en plus fatigant de toujours donner physiquement et psychologiquement, et de ne pas avoir beaucoup de temps de jeu. C’était une décision difficile, car quand on est joueur, se dire qu’il faut arrêter… Et puis je pensais que j’irais jusqu’à la fin de la saison. Ensuite, si on ne m’avait rien proposé, je serais peut-être parti en deuxième division ou en National. J’ai discuté avec Emmanuelle, mon épouse, et on a décidé de passer à autre chose, en cours de saison. C’est-à-dire que je suis parti en vacances fin 2001 en tant que joueur du LOSC, et je suis revenu début 2002 en tant que membre de l’encadrement. Vahid a voulu me remercier par rapport à tout l’investissement, tout le travail, il m’a donné la possibilité de travailler dans une autre fonction et de me reconvertir à l’intérieur du club. Donc j’ai saisi cette opportunité, ce qui m’a permis par la suite de faire maintes choses au club. C’était une décision importante, une décision qui m’a permis d’être là où je suis encore.

Comment as-tu vécu cette transition entre tes deux carrières ?

Au début ça m’a fait un bien fou : de ne plus me lever le matin, de ne plus aller faire les efforts, de ne plus aller courir… Et puis de découvrir un autre travail ! Et au bout de 2-3 mois, j’ai eu le blues. Je me suis demandé : est-ce que j’ai pris la bonne décision ? Le vestiaire me manquait. Quand on s’occupe du recrutement, on s’en va à droite, à gauche, on regarde des matches, on prend des notes, mais on est tout seul, on n’est plus avec les équipiers, les copains, on ne vit plus les déceptions et les victoires. Pendant quelques mois, jusqu’à la fin de la saison, j’ai eu des difficultés. Puis petit à petit, les choses se font et se normalisent.

 

« Vahid Halilhodzic et Claude Puel m’ont jugé à l’aune de mon travail »

 

À la fin de cette saison, Vahid Halilhodzic s’en va, et Claude Puel arrive. Est-ce que ça a changé quelque chose pour toi ? Comment s’est faite la rencontre ?

Ça a été encore compliqué… En tant que joueur, j’avais un fonctionnement dans le vestiaire, j’étais là pour faire vivre le groupe car j’étais la personne désignée pour faire ça, et j’avais donc une relation particulière avec l’entraîneur. Quand Claude Puel est arrivé, première rencontre que j’ai eue avec lui (rires) : je dis bonjour, je me présente, et Claude Puel a cette réflexion, je m’en souviendrai toute ma vie : « Ah oui, c’est toi le bras droit de Vahid Halilhodzic… ! ». Je prends sur moi… Et comme je suis franc et droit, je lui réponds : « je ne suis le bras droit de personne ! Moi j’étais là pour que le groupe et le club fonctionnent le mieux possible. Mais si vous estimez que travailler à faire fonctionner un groupe dans un vestiaire le mieux possible avec l’entraîneur, c’est être le bras droit de Vahid Halilhodzic, vous en avez le droit… ». Et on s’est séparés comme ça. Je me suis dis « oulalala, je ne vais pas faire long feu, je crois qu’il va me virer dans les quelques semaines ou quelques mois qui vont arriver ! ». Et petit à petit, toujours pareil : en travaillant, en m’investissant pour le club, sans penser à autre chose, ça m’a permis de pouvoir continuer au recrutement. L’intelligence de Vahid Halilhodzic et de Claude Puel, c’est de ne pas avoir écouté ce qui avait été dit à mon égard. C’est de juger une personne en fonction du travail qu’elle fait. Donc même fonctionnement : j’allais voir des adversaires, on faisait des montages vidéos, on les présentait à l’entraîneur qui, lui, les présentait au groupe. On échangeait, on discutait, et ça a créé de la proximité. Il s’est aperçu de qui j’étais. Vahid Halilhodzic était parti, Patrick Collot était toujours là et travaillait toujours pour le club.

Et votre relation est même devenue si forte que tu es devenu son adjoint quelques années après, à Lille puis à Lyon.

Laurent Roussey, qui était adjoint de Claude Puel, a eu l’opportunité de partir à Saint-Etienne. Moi, j’étais au recrutement depuis 4 ans et, en plus, sur les deux dernières années (de 2004 à 2006), je m’occupais aussi des 16 ans, puis des 15 ans. Avec les 16 ans on était descendus cette année-là. Donc j’étais à la formation, j’allais aussi voir des matches, je m’occupais des jeunes le dimanche, je ne m’arrêtais jamais. Quand Laurent Roussey part, j’étais au recrutement, à Toulon, au festival Espoirs, et Claude Puel m’appelle. Je pensais qu’il m’appelait pour que je lui dise quels joueurs je voyais. Il me demande : « quand est-ce que tu rentres ? Est-ce qu’on peut se voir ? ». Je me demandais ce qu’il me voulait, est-ce que j’avais fait quelque chose de mal ? Je rentre du tournoi de Toulon, il vient me chercher à la gare, on se rend à mon domicile, et c’est là qu’il me dit : « j’aimerais que tu deviennes mon adjoint ». Je lui ai dit que je voulais bien l’aider, l’accompagner, mais que je n’avais aucune expérience et qu’il fallait me former. Il m’a dit « pas de problème », et c’est comme ça que je suis parti en tant qu’adjoint avec Claude Puel. Donc j’ai fait 2 ans à Lille et après, on est partis à Lyon. Après j’ai été un peu au chômage, et je suis remonté dans le Nord. Jean-Michel Vandamme et François Vitali ont pensé à moi pour m’occuper dans un premier temps de la cellule de recrutement, et m’ont réincorporé dans le club. Donc ça a duré une année, ensuite je suis parti à Mouscron.

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« Le partenariat avec Mouscron, un projet intéressant dont on n’a malheureusement pas pu démontrer le bénéfice »

 

Sur Mouscron, comment tu voyais le projet ? L’objectif est de former des jeunes pour le LOSC, c’était la nouvelle politique du club ? C’était une sorte d’équipe réserve améliorée.

Oui. Je suis arrivé au moment où Rachid Chihab venait de faire monter l’équipe en première division. Il voulait étoffer son staff et a pensé à moi pour l’épauler à Mouscron, par rapport à mon expérience avec Claude Puel. Le but de ce projet, c’était de faire jouer les jeunes qui étaient aux portes de l’équipe première mais qui ne pouvaient toutefois pas prétendre y jouer, parce qu’ils n’avaient pas complètement l’expérience, la maturité. Il s’agissait de leur apporter, dans un championnat différent mais qui est quand même la première division belge, une certaine expérience pour les préparer, pour les développer, au lieu de jouer en CFA, ou Nationale 2 maintenant.

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Quel bilan en tires-tu ?

C’était une très bonne idée, quelque chose de vraiment très intéressant. Malheureusement, on n’a pas pu démontrer le bénéfice de ce fonctionnement car le club a vendu Mouscron trop tôt. Le coût, le fonctionnement étaient assez importants, et le club a voulu arrêter tout ça. On a fait une année en première division, et le club a été vendu. Il aurait fallu rester 2 ans, 3 ans, 4 ans, pour que ces jeunes joueurs, qui commençaient à prendre un peu de consistance, de maturité, d’expérience dans leur jeu, puissent renforcer l’équipe du LOSC, ou être vendus dans des clubs belges pour rentabiliser le projet. Mais c’était une très bonne expérience. J’ai adoré participer à ce championnat. C’est très différent de la France, il y a en Belgique une convivialité, une proximité qui est complètement différente du fonctionnement du championnat français, qui lui est beaucoup plus cadré, avec des obligations.

Ça rappelle un peu la deuxième division de la fin des années 1990 en France. Quand on va à Mouscron, on se rappelle un peu Grimonprez.

Quand je suis arrivé ici à Lille et qu’on jouait à Grimonprez, même en première division, il y avait une proximité avec les gens ! Quand on sortait, on était au milieu des supporters, on allait en haut fêter les matches avec les partenaires : ça a existé à Lille. Maintenant, c’est beaucoup plus compliqué, mais c’est l’évolution du football, partout, c’est beaucoup plus cadré : il y a moins de proximité, moins d’échanges, et surtout beaucoup plus d’intérêts. Mais la Belgique reste encore dans ce fonctionnement là qui est très agréable.

Jusqu’à ce que Rachid Chihab soit remercié en cours de saison et qu’il revienne à Lille, la première partie de saison est vraiment très bonne, parce que vous êtes dans la première partie de tableau, le maintien est presque assuré à la trêve… Puis Diaby est de retour au LOSC, Rachid Chihab et toi êtes aussi rappelés. Et les résultats déclinent fortement. Est-ce qu’il y a déjà des tensions ?

Une des raisons des mauvais résultats, c’est bien sûr le départ de notre meilleur buteur ! Il était capable de faire la décision. On avait aussi un joueur, Langil, sur le côté, qui avait fait un super début de saison, et qui après s’est un peu éteint. Il y eu des raisons au manque de résultats sur la deuxième partie de saison. Après, c’était une volonté du LOSC de rapatrier toutes les personnes qui avaient été mises à disposition.

Mais les tensions avec les dirigeants belges ont joué ? Ou avec les supporters, éventuellement ?

Oui, quand même. Disons qu’on sentait que le club de Mouscron voulait reprendre son indépendance et récupérer son identité, car il était tout de même sous la tutelle du LOSC. Mais c’est compréhensible : ils ont envie d’être autonomes et d’exister par eux-mêmes. C’était une évidence que, sur la durée, ça ne tiendrait pas. La direction a voulu changer l’entraîneur, donc elle a mis une autre personne à la place, ça n’a pas fonctionné… Je ne souhaitais pas quitter Mouscron, ne serait-ce que parce que pour moi, il est hors de question de quitter un club ou un groupe qui est difficulté : c’est en dehors de mes principes. Mais je suis parti avec Rachid Chihab puisqu’on nous l’a imposé, et je suis revenu pendant 2 mois et demi au LOSC, au recrutement. Et finalement, au bout de 2 mois, comme ça ne fonctionnait pas et que Mouscron était en danger, on m’a demandé d’aller épauler Fernando Da Cruz. J’ai accepté tout de suite.

Mais ce qui est étrange, c’est que Mouscron souhaite retrouver une autonomie, une indépendance, mais ils ne l’ont retrouvée que quelques mois, car ils ont été vendus très rapidement ensuite. Donc ils t’enlèvent, ils enlèvent Rachid, ils enlèvent Abdoulaye Diaby mais au final, vous êtes remplacés par quelqu’un du LOSC, et Diaby est remplacé par Ronny Rodelin.

À l’époque, Fernando Da Cruz n’était pas du LOSC : il appartenait au club de Mouscron. Nous, avec Rachid, on était du LOSC, mis à disposition pour travailler à Mouscron. Mais toutes les ressources mises à disposition par le LOSC avaient été rapatriés : Stéphane Pichot, Rachid Chihab, l’entraîneur des gardiens et moi. C’était la volonté du club par rapport à la demande des dirigeants de Mouscron. Il y a eu des grosses difficultés sur la deuxième partie et on s’est sauvés miraculeusement.

Sur un but de Ronny Rodelin !

Oui, et aussi le manque de victoire de nos adversaires directs ! Sur le dernier match, si les autres gagnaient, on descendait. Mais on a perdu, et les autres ont perdu aussi. C’est beaucoup de réussite cette fin de saison.

Ce n’est pas l’année où le Cercle de Bruges mène 2-0 à la 90e contre Malines, et perd finalement 3-2 ? Si le Cercle gagnait, il se maintenait.

C’est possible oui. En Belgique, y a des choses qui sont incroyables. Incompréhensibles. Cette année, Mouscron s’est maintenu facilement avec une deuxième partie de saison vraiment intéressante. Autrement, chaque année, ils se sont sauvés dans les dernières journées. Mais si Mouscron réussit à être là où il est aujourd’hui, c’est aussi grâce, pendant quelques années, à ce que le LOSC a mis à disposition : les structures, le recrutement, l’encadrement. On s’entraînait à Luchin. Le dernier entraînement, la veille de match, on allait le faire à Mouscron avec le point presse et on jouait à Mouscron, autrement toute la semaine on était à Luchin. Je regarde toujours car ça a été une bonne expérience, avec pas mal de joueurs de Lille qui ont été mis à disposition pour les développer comme Arnaud Souquet, Nolan M’Bemba, Adama Traoré, Sanaa Altma… Mais malheureusement, le club n’a pas pu assumer financièrement, ou n’a pas voulu patienter suffisamment de temps pour développer cette idée-là.

 

« Je suis un serviteur. On a besoin de moi ? Je suis là »

 

Tu es donc de retour au LOSC en 2015. À un an d’intervalle, tu prends en charge deux fois l’équipe première de façon intérimaire, d’abord pour remplacer Hervé Renard, ensuite Frédéric Antonetti. On a bien compris, en tout cas on l’interprète comme ça, que tu sais pousser des gueulantes dans le vestiaire, mais tu gardes l’image d’un homme discret, et là on imagine que l’exposition est incomparable.

Oui, bien sûr. Bon, la première expérience a été très courte : je n’ai fait qu’un match, ça n’a pas été une exposition très importante. M. Seydoux et M. Vandamme m’ont demandé de pallier à ce moment de transition, ce que j’ai fait avec le plus grand plaisir, avec mes qualités et mon fonctionnement. J’ai toujours été à disposition du club. Après le départ de M. Antonetti, le deuxième intérim a été plus long, et là oui, c’est vrai que médiatiquement, c’est une autre exposition et c’est complètement différent. Après, l’exposition médiatique, moi je n’y suis pour rien. C’est le fonctionnement du foot, c’est les journalistes, c’est tout ce qui est autour, ça fait partie du métier. Mais là encore, on m’a demandé de pouvoir pallier à cette situation, ce que j’ai fait le plus normalement. J’ai essayé de sortir le club d’une situation difficile. De plus, c’était la revente du club, un moment particulier, donc les choses étaient assez floues. Ça s’est fait naturellement. Après oui, je suis quelqu’un de discret mais j’ai des convictions, j’ai un fonctionnement, j’ai un vécu, j’ai des idées. Ce n’est pas parce qu’on est discret qu’on n’a pas de caractère.

Ce n’est pas ce qu’on voulait dire !

Non, non ! Moi je suis respectueux, je fais bien mon travail, je ne suis pas là pour écraser les autres, quand on fait appel à moi, je suis présent. Je suis un…. (il réfléchit) Je suis un serviteur. Je me définirais comme ça. On a besoin de moi ? Je suis là. Je ne réclame pas, je ne revendique pas. Les choses arrivent si elles doivent arriver, naturellement, par mon travail, par mon fonctionnement, par ma personne. J’ai toujours agi comme ça, ça m’a toujours réussi et je ne changerai pas. On m’a éduqué ; mon père, ma mère, ma famille m’ont inculqué des valeurs, et j’applique ce qu’on m’a donné, la richesse qu’on m’a donnée. Ça convient, ça ne convient pas ; ça marche, ça ne marche pas. Mais je resterai qui je suis, avec mes valeurs et ce qu’on m’a donné. Après, il y a différentes choses, il y a différents fonctionnements, et il y a des choses auxquelles je ne peux pas adhérer. On reste soi-même, hein !

Tu penses à quelque chose en particulier quand tu dis ça ?

Au dénouement de mon histoire avec le LOSC ! Ce sont des choix d’hommes, de travail, des orientations de fonctionnement, d’entreprise. Ils arrivent, ils achètent le club, ils veulent mettre en place certaines choses.

Collot


« Personne ne m’enlèvera les moments extraordinaires vécus à Lille »

 

On a tous été surpris par ton licenciement l’an dernier.

C’est quelque chose qui a été très douloureux parce que quand on travaille, quand on s’investit pendant des années le mieux possible et qu’on en arrive à une telle situation… Après, il faut arriver à prendre un peu de recul et essayer de comprendre pourquoi les gens qui dirigent ont pris des décisions et ont envie de travailler avec d’autres personnes, avec un autre fonctionnement, avec d’autres idées. C’est aussi normal que ces gens puissent éventuellement penser différemment. J’admets volontiers que collaborer avec des gens qui ont travaillé ici pendant des années, avec une forte identité dans certains fonctionnements, soit délicat. Mais je pense avoir prouvé que j’étais capable de m’adapter et de travailler avec des personnes différentes, et ces personnes-là ont eu l’intelligence de patienter et d’attendre pour juger. C’est leur volonté, je la respecte parce que c’est leur projet, c’est leur investissement, c’est se donner la capacité de réussir avec les personnes qu’ils désirent, et de créer une nouvelle histoire. Quand j’analyse ça un an après, je me dis que c’est logique aussi de pouvoir mettre en place les choses et les personnes avec lesquelles on a envie de travailler. Mais je vous assure que quand j’ai appris que je devais quitter le club, ça a été très très douloureux. Aujourd’hui, c’est une déception mais il ne faut pas s’arrêter que sur ça.

Avec presque un an de recul, quel regard portes-tu sur tes années lilloises ?

Il y a eu des moments extraordinaires qui resteront à jamais gravés dans mon esprit, et ça personne ne pourra me l’enlever. Personne. Aujourd’hui, avec les copains avec qui on a vécu ça, quand on se rencontre, on est heureux et fiers de pouvoir discuter, d’échanger, de parler de tous ces bons souvenirs, ou mauvais, ces périodes difficiles de notre histoire. Ça fait partie du LOSC et ça n’a pas de prix. Tout ce que j’ai fait, tout l’investissement, tout le travail que j’ai donné dans ce club-là m’a marqué à vie. Parce que le LOSC restera toujours mon club, bien que ça se soit terminé de cette façon-là. Mais il n’y a rien de grave, je suis en bonne santé, tout va bien, ma famille est heureuse, c’est simplement la fin d’une histoire. On m’a donné la possibilité de faire plein de choses au sein de ce club, et ça je n’oublierai jamais. J’ai quasiment tout connu avec le LOSC, j’ai occupé pratiquement toutes les fonctions, sauf président ! J’ai rencontré des gens merveilleux, des présidents extraordinaires, Bernard Lecomte, Francis Graille, Michel Seydoux…. C’est une histoire très riche qui m’a permis de grandir, de me développer, d’être ce que je suis, d’avoir une expérience assez importante dans ce milieu. Quand je me retourne, je suis quand-même assez fier et heureux de ce que j’ai fait. C’est un pincement au coeur que l’histoire se finisse comme ça. Mais c’est comme ça, c’est la vie, c’est le football. Avant moi le club existait, après moi le club existera encore, mais je fais partie de cette histoire, et c’est une fierté.

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« Là où je suis le mieux, c’est sur le terrain, avec les joueurs,

à faire ce que j’aime »

 

Entre le moment où tu quittes le LOSC et où tu arrives à Nantes, qu’est-ce que tu fais ? Est-ce que tu déconnectes ? Est-ce que tu suis un peu le football ?

Je suis allé voir deux matches à Lille en août et septembre, contre Guingamp et Nantes. Mais c’était difficile parce qu’on va dans un endroit dans lequel on a travaillé, on a vécu, et ne plus appartenir au club tout en étant dans son enceinte…. Donc après je n’y suis plus retourné et je regardais les matches à la télévision. Il faut pouvoir évacuer et le temps assouplit un peu les choses.

Retrouvailles avec Vahid à la rentrée, en septembre 2018. On a cru comprendre qu’il t’avait laissé une heure pour faire ton choix quand il t’a appelé …

Le LOSC m’a licencié au mois d’août. Je me suis donc inscrit au chômage et, peu après, Vahid a la possibilité de reprendre Nantes. Avec Vahid, on a eu une relation très particulière dans le fonctionnement, et il y a quelques temps déjà, quand je me suis reconverti entraîneur, il avait voulu qu’on puisse travailler ensemble pour des sélections nationales, mais moi j’étais dans mon environnement, avec mes enfants, mon équilibre familial, et partir dans des endroits un peu plus lointains, ce n’était pas ma tasse de thé. Là, je me retrouvais sans rien et quand il l’a su, il m’a appelé car il cherchait un adjoint. J’ai d’abord manqué son appel – j’aidais un voisin à déménager – puis je l’ai rappelé. Il était avec la famille Kita en train de tout mettre en place pour prendre la suite de M. Cardoso et il me dit : « c’est Vahid. Je suis avec le président Kita, est-ce que tu voudrais venir travailler à Nantes avec moi ? » Alors moi, surpris, je lui réponds : « sur le principe, oui, mais il faut quand-même que j’aille en discuter avec mon épouse et mes enfants » ; « Ah, non ! Non ! Non! Non ! Non ! Là, c’est pas possible du tout ! Là, tu as cinq minutes pour te décider ! » (Rires)

Cinq minutes !

Je lui dis : « je ne peux pas prendre de décision en cinq minutes. Il faut me laisser au moins une heure ou deux, il faut que je discute avec mon épouse, mes enfants, voir comment on peut s’organiser, si c’est possible ou pas, et je reviens vers vous » ; « Non ! Non ! Cinq minutes ! » ; Je dis : « Je ne peux pas » ; Il me dit : « Bon, ok. Mais le plus vite possible ». Donc, je suis rentré, j’ai discuté et puis une heure après je rappelais pour lui donner mon accord. Et dès le lendemain, je prenais la voiture et j’allais à Nantes. Ça s’est fait comme ça, sur les chapeaux de roue. Mais ça se fait souvent comme ça quand les gens sont déterminés.

Oui, mais cinq minutes, quand-même !

C’est du Vahid tout craché. C’était aussi une possibilité pour moi de passer à autre chose, de pouvoir me remettre un peu dans le bain. Je ne pensais pas rebondir rapidement, donc quand je suis parti à Nantes, j’avais vu jouer l’équipe mais je ne connaissais pas particulièrement les joueurs. La décision reste difficile car, du jour au lendemain, il faut s’organiser. Quand je suis parti à Lyon, c’était avec mes enfants et avec Emmanuelle. Cette fois, on a décidé qu’Emmanuelle et les enfants resteraient vivre ici. Ensuite, retrouver Vahid a été un grand plaisir. Nous avons un respect mutuel, sur les plans professionnel et humain. C’est un nouveau club, une nouvelle aventure, de nouvelles personnes… Mais ça reste du football. Que ce soit ici, à Nantes, à Lyon ou à Mouscron, ça reste toujours le même travail, la même finalité. Et là où je suis le mieux, c’est sur le terrain, avec les joueurs, à faire ce que j’aime.

Comment as-tu vécu cette saison à Nantes ?

Quand on est arrivés, Nantes était 19ème avec 6 points au bout de 9 journées. On a fait un premier match à Bordeaux où on prend trois buts : on s’est dit que ça allait être compliqué ! Et puis petit à petit, toujours pareil, avec le travail, la rigueur, l’exigence qu’a Vahid et l’adhésion des joueurs, ça prend progressivement. Mais si les joueurs n’adhèrent pas au projet, à ce qu’on propose, on n’est rien ! Quand on arrive dans ce genre de situation, je dirais presque que c’est à notre avantage car les joueurs sont plus à l’écoute, avec une volonté de se remettre en question, et de s’en sortir. On peut presque faire ce que l’on veut, et les joueurs ont adhéré. Le travail, la remise en condition ont permis de rebondir et de se repositionner. On a stagné assez longtemps dans une position assez fragile, avec seulement 6-7 points d’avance sur le premier barragiste, sans pouvoir vraiment en sortir. Puis au printemps, on a eu une grande réussite, à un moment où on s’y attendait presque le moins parce qu’on rencontrait des équipes comme Lyon, Paris, Marseille. On a eu de la réussite et on a réussi à s’en sortir et à faire une fin de saison plus tranquille. On en avait bien besoin par rapport à d’autres émotions qu’on a subies dans la saison.

Pat Vahid

 

« En tant qu’adjoint, on valide les choix de l’entraîneur principal. Mais c’est important de rester soi-même »

 

Comment on fait pour bien connaître un effectif en cours de saison, en si peu de temps ? Un effectif qu’on n’a pas choisi en plus.

La chance qu’on a eue, c’est qu’après notre premier match à Bordeaux, il y a eu une trêve internationale de 15 jours, si bien que lors de notre deuxième match, ça faisait déjà trois semaines qu’on était avec les joueurs. Au bout de trois semaines, en étant quotidiennement avec les joueurs, on voit assez vite leurs qualités. On ne sait pas encore ce qu’il en est des hommes, de la mentalité, de l’état d’esprit, mais ce temps nous a donné une première idée pour organiser un peu ce puzzle, trouver les meilleurs équilibres. Ce temps a été bénéfique puisqu’on a gagné trois matches d’affilée, certes contre des équipes qui n’étaient pas très bien classées non plus : Amiens, Toulouse et Guingamp. Ces quelques victoires nous ont donné un peu d’oxygène.
C’est sur le terrain qu’on apprend à connaître les joueurs quand on ne les connaît pas spécialement ou qu’on ne les pas beaucoup vu jouer. Le meilleur ressenti ce sont les matches et l’entraînement. La vidéo, c’est bien, c’est un complément, mais on ne ressent pas tout. Avec le temps, on connaît de mieux en mieux les joueurs, on discute, on partage, on parle de leur parcours : on essaie de connaître davantage les joueurs : ont-ils une famille, des enfants ? Ça prend du temps. Mais c’est très enrichissant de découvrir d’autres personnes et d’autres clubs.

Est-ce que la manière dont tu mènes ces échanges a évolué avec le temps, entre le moment où tu étais plutôt sur la fin de ta carrière de footballeur, une personne-relais, et aujourd’hui ? Est-ce que Vahid, ou Claude Puel, ou d’autres, ont eu une influence sur ta manière de faire ?

Disons que chacun est différent dans son management, son fonctionnement, son approche, et ça enrichit toujours de côtoyer ces personnes. Je n’ai pas eu la chance de connaître beaucoup Hervé Renard parce qu’il n’est pas resté longtemps, mais j’ai mieux connu Frédéric Antonetti, Claude Puel, Vahid Halilhodzic et Rachid Chihab, ce qui me permet de comparer, de comprendre. Toutes ces personnes m’ont apporté beaucoup, m’ont fait grandir, m’ont fait toucher du doigt certaines choses. En tant qu’adjoint, on est là pour valider le projet et les règles mises en place par l’entraîneur principal. Et il faut être fidèle à ça. C’est important de pouvoir garder ce cap et de rester dans le chemin tracé par l’entraîneur. Alors, je prends, je ne prends pas, je garde, je ne garde pas : chacun fait un tri. Après, on a sa sensibilité, la personne que l’on est. Je pense qu’il faut rester soi-même, avec ses valeurs, ses qualités et son fonctionnement. Je crois qu’au début, je n’étais pas tout à fait moi-même, parce qu’on veut tellement appliquer les choses à la lettre qu’on respecte trop les consignes. Ce n’est pas toujours bon. Donc je pense que je suis meilleur aujourd’hui que quand Claude Puel m’a pris comme adjoint ! Mais comme toute personne, dans n’importe quel travail : c’est une évolution.

 

« Claude Puel a sa part dans le titre de champion de France de 2011 »

 

Tu disais que tu avais commencé ta carrière après cette élimination de Toulon par Sète, quand des joueurs ont été écartés. Quand tu commences avec Claude Puel, ce n’est pas du tout la même situation parce que Claude Puel lance rarement un jeune par défaut : il a tendance à faire confiance aux jeunes et à les mettre en difficulté pour les faire progresser. Est-ce que cette philosophie de post-formation correspondait à ton approche, ou ton expérience faisait qu’un jeune pouvait arriver par défaut ?

Je n’avais pas véritablement de vision là-dessus. Claude Puel est un formidable développeur de talents par son travail, son abnégation, son professionnalisme, sa rigueur. Il va au bout de ses idées, et ça c’était extraordinaire pour le club. À une période très importante aussi pour le LOSC, il était la bonne personne au bon moment. Pourtant, au début, le club était en grande grande difficulté. Je me souviens à Grimonprez-Jooris, les « Seydoux démission ! », « Puel démission ! » ça a duré pendant des mois. Jusqu’à ce qu’à ce que ça bascule. Mais sur les jeunes : je sais qu’il faut faire confiance, parce que ce n’est que quand on donne au jeune la capacité de jouer en équipe première qu’on découvre s’il peut s’imposer. Il a beau avoir toutes les qualités, ou soi-disant des qualités qui sont pas suffisantes pour jouer au-dessus, tant que on n’a pas donné la chance au gamin de s’exprimer en première division, on ne sait pas ce qu’il est capable de faire. Sauf, bien sûr, des grands talents comme Eden Hazard qui crèvent l’écran, là ça pue le football ! Ces joueurs-là sont programmés, et on ne fait qu’accompagner. Mais il y a des joueurs pour qui on doit forcer un peu le passage, ce que fait très bien Claude Puel. Il a été fondamental dans la réussite du club. Pour moi, Claude Puel a sa part dans le titre de champion de France de 2011, même si il n’était plus là. Après, évidemment, Rudi Garcia a sa propre réussite : il a amené sa patte et est parvenu à faire jouer cette équipe. Il a aussi amené des joueurs tels que Moussa Sow et Gervinho. Mais l’ossature du groupe était là, elle a été créée avant. Rudi Garcia a très bien su profiter de ce travail-là, mais c’est un travail sur des années, d’Halilhodzic, de Puel, puis de Garcia.

C’est aussi notre avis que Claude Puel a joué un rôle important dans le titre de 2011.

On peut même remonter jusqu’à Vahid Halilhodzic, qui amène la première Ligue des Champions, et donc une dynamique, une possibilité au club de grandir. Après, Claude Puel arrive à faire deux Ligues des Champions. Rudi Garcia en fait deux, puis encore une avec René Girard. C’est quand-même formidable ! On ne s’en rend peut-être pas compte mais, sur les quinze ou vingt dernières années, le LOSC est un des clubs les plus performants de France ! Des Ligues des Champions tous les deux-trois ans, c’est quand-même merveilleux !

Quand, comme nous trois, on a découvert le LOSC dans les années 1990 avec ces soirées à 0-0 à Grimonprez-Jooris, effectivement, on n’imaginait pas vivre ça. On voit le pendant avec notre voisin lensois. Quand on était enfants, c’était eux au sommet, c’était eux que les copains supportaient…

Tout tourne ! Quand on était en deuxième division, je suis allé voir un match à Lens. J’étais dans les salons VIP et une personne de Lens s’approche, on discute. Et cette personne a eu une réflexion : « ouais, mais à Lille, c’est un club de ratés ». Comme ça ! « C’est un club de ratés. Et ça restera un club de ratés ». Ça a été très difficile à entendre. Je suis resté calme, je n’ai rien dit. Bon, à l’époque on était en deuxième division, on se battait pour monter et Lens était très haut, donc je n’allais pas polémiquer sur quoi que ce soit, mais je m’en souviendrai toute ma vie. Maintenant, Lille, depuis des années, est en haut de l’affiche et Lens a du mal à sortir de la deuxième division. Mais ça peut changer, toujours.

Tu as un peu de repos mais est-ce que tu es impliqué dans le mercato de Nantes, même à distance ?

Oui. Une cellule à Nantes s’en occupe mais je suis impliqué en fonction des joueurs. Vahid me demande de regarder certains joueurs, par exemple issus de pays étrangers, qu’on ne connaît pas très bien. On a les moyens de visionner ces joueurs en vidéo et exprimer ce qu’on ressent. Sur certains profils, Vahid m’appelle, me demande de passer un peu de temps pour visionner et lui dire ce que je pense. Ça permet de croiser les informations et le ressenti entre la cellule, Vahid et moi, pour se tromper le moins possible. En sachant que le recrutement, c’est très difficile, même quand on a beaucoup d’argent ! C’est une phase très importante de la saison. Si on réussit notre recrutement, on réussit notre saison. Si on rate notre recrutement, on va rater notre saison.

Est-ce que tu as suivi la saison du LOSC ? Quel regard portes-tu sur elle ?

Cette année, le LOSC a rectifié ce qui avait été mal fait l’an dernier : ce qui ne fonctionnait pas ou très peu l’année dernière a fonctionné cette année. Avec Bielsa, le LOSC a recruté des joueurs de qualité : Thiago Mendès, Araujo, Pépé…. Mais ils n’ont pas su – ou Bielsa n’a pas su – mettre de joueurs suffisamment expérimentés à des postes-clés pour encadrer les jeunes joueurs de talent. Cette année, ils sont pris Fonte : une grande réussite ! Celik : très grande réussite ! Bamba, Ikoné, Rémy, Leao… Tous ces joueurs ont apporté une plus-value et une sérénité. La paire Xeka/Mendès a été très intéressante et a mis en valeur tous les talents recrutés en 2017.
L’an dernier, Christophe Galtier a sauvé le club de justesse, ce n’était pas pour autant le plus mauvais entraîneur du monde. Et cette année, il a été élu meilleur entraîneur français par l’UNFP, mais pour moi, il n’est pas le meilleur entraîneur du monde non plus ! Tout en haut ou tout en bas : ce décalage-là ne me plaît pas. La réussite, ce sont aussi les joueurs, leurs qualités. Il faut saluer le recrutement de Campos et des personnes qui ont réussi à rééquilibrer l’équipe en fonction des besoins pour être le plus performant possible. Il faut être intelligent et lucide : analyser les manques et trouver les joueurs adéquats, aux bons postes, aux bons endroits pour que l’entraîneur puisse avoir les meilleurs équilibres possibles. La grande réussite, c’est ça.

Est-ce que c’est une correction des erreurs qui ont été faites l’année dernière, ou une correction des erreurs que Bielsa a faites l’année dernière ?

Je ne sais pas qui prenait les décisions ou qui intervenait. Est-ce que Monsieur Bielsa doit porter toute la responsabilité de la saison dernière ? Ou le club en général, avec toutes ses composantes ? Je pense que c’est un peu tout le monde, mais c’est difficile de juger. En tous cas, ils sont su rectifier pour être plus performants, et très rapidement. C’est tout à leur honneur d’avoir eu ce jugement et cette lucidité. Et ça, c’est tout un travail aussi ! De plusieurs personnes, pas que de l’entraîneur : du recrutement, des prises de décision d’un club en général avec toutes ses composantes.

Comment as-tu vécu le match contre Lille en mars ? Nous on a beaucoup aimé ! (rires)

Alors moi j’ai détesté ! (rires) J’ai dit : « c’est pas possible ! C’est pas possible ! ». C’est la seule fois où je suis rentré dans le vestiaire deux minutes avant la fin. Je n’avais pas envie de voir la joie des Lillois et du banc lillois dans cette situation-là. Moi, j’avais très envie de battre Lille, je vous l’avoue ! Malheureusement on a perdu et en plus on menait 2 à 0, c’est encore pire. Tant mieux pour Lille, tant pis pour nous. C’est notre faute.

On s’est dit que c’était l’esprit de Vahid qui rôdait encore autour du LOSC, parce qu’un scénario comme ça … trois buts en dix minutes, retournement de situation, pénalty raté à la fin…

On a fait des fautes individuelles sur certains buts, il y a eu des prises de risque inutiles, mais ça fait partie du jeu. Les Lillois n’ont pas volé leur victoire, mais c’est vrai que c’était un match particulier. Et, incroyable, ce sera encore particulier pour la reprise du championnat, avec Lille/Nantes !

Collectif15

Un grand merci à Patrick Collot pour sa disponibilité, son accueil et sa gentillesse.


Posté le 12 juillet 2019 - par dbclosc

Patrick Collot : « La réussite, c’est la qualité des hommes »

Nous poursuivons les rencontres avec nos idoles du passé : après Fernando D’Amico, Grégory Wimbée, Arnaud Duncker, Joël Dolignon et Roger Hitoto (rappelons que nous avons aussi des idoles du présent chez les filles avec Rachel Saïdi et Silke Demeyere), c’est désormais vers Patrick Collot que nous nous sommes tournés. Parce que nous gardons un excellent souvenir du joueur qu’il a été à Lille, de 1995 à 2001, que ce soit pour ses performances purement sportives ou pour son rôle au sein du groupe, notamment après l’arrivée de Vahid Halilhodzic ; et aussi un excellent souvenir de l’homme, de son attitude, et des valeurs qu’il a affichées dans des périodes parfois difficiles, aussi bien sportivement qu’humainement : nous avions déjà déclamé notre admiration dans cet article.

Rendez-vous a été pris le 22 juin, jour de ses 52 ans, durant la trêve (relative), avant que le FC Nantes ne reprenne l’entraînement.

Patrick Collot est l’un des rares joueurs, avec Pascal Cygan, Djezon Boutoille et Christophe Landrin, à avoir connu le LOSC avant et après le passage en D2, de 1997 à 2000 : à ce titre, il est un observateur privilégié de l’évolution sportive du club, la plus évidente aux yeux du grand public, à la fin des années 1990. Dans la première partie de notre entretien, c’est davantage sur cet aspect que nous nous arrêtons : Patrick y relate son parcours, d’Avignon à Lille en passant par Toulon et Martigues , jusqu’à sa retraite sportive en 2001/2002. Bien entendu, on s’arrête plus longuement sur la période lilloise et les émotions diverses qu’il y a connu : l’occasion de se rappeler ses débuts, pas faciles, avec Jean Fernandez en 1995 ; le maintien miraculeux obtenu à l’issue de la saison avec ce but invraisemblable au Parc des Princes ; les deux visages montrés par l’équipe en 1996/1997, et la descente ; les moments difficiles en D2 et la renaissance, du titre de D2 jusqu’à la Ligue des Champions, avec Vahid Halilhodzic et Bernard Lecomte. En témoignant sur son parcours professionnel et en le reliant à quelques épisodes de sa vie personnelle, Patrick Collot nous a confirmé tout le bien qu’on pensait de lui : intègre et authentique.

On s’en rendra aussi compte dans la deuxième partie de l’entretien, davantage centrée sur son après-carrière footballistique et ses reconversions en tant que recruteur puis entraîneur. Patrick nous dévoilera ici des éléments plus analytiques sur son travail actuel (la gestion d’un groupe, le recrutement, le partenariat entre le LOSC et Mouscron, la relation aux entraîneurs qu’il a côtoyés : C. Puel, R. Chihab, F. Antonetti, V. Halilhodzic) et sur des évolutions plus générales du football. On a aussi évoqué la fin de l’aventure avec le LOSC au cours de l’été dernier : un épisode douloureux, qui trahit l’attachement qu’il porte au club, toujours.

Rendez-vous le 11 août à 15h pour retrouver avec grand plaisir Patrick au Grand stade, mais sur le banc nantais !

Collot (2)

On va commencer très classiquement : comment as-tu démarré le football ?

Depuis tout petit, je jouais dans la cour de l’école, et dans le club de mon petit village dans le sud de la France, avec des copains de classe, jusqu’à l’âge de 14 ans, c’est-à-dire jusqu’en en cadets première année. J’avais certainement quelques qualités supérieures à la moyenne mais je n’étais pas destiné à faire une carrière professionnelle : je n’en avais même pas l’idée ! C’est alors que le district Rhône-Durance, qui était le district des alentours, organise une détection. Une détection très particulière, puisque le district demande à tous les petits clubs (puisqu’on était un petit club, on était au plus bas niveau) d’y envoyer leurs trois meilleurs joueurs. J’en faisais partie, et je me retrouve avec une centaine de gamins. À l’arrivée, 20 joueurs, dont je faisais partie, ainsi qu’un joueur de mon équipe, ont été conservés. Dans la foulée a eu lieu une autre détection contre la sélection Rhône-Durance, constituée des meilleurs joueurs du district. Je joue une mi-temps avec la sélection créée par les petits clubs au poste d’attaquant, et je marque un but. À la mi-temps, on vient frapper au vestiaire et on me dit : « on vient chercher Patrick Collot, il faut qu’il passe dans l’autre équipe ! ». Alors je passe de l’autre côté et je change de maillot. Et je marque ! Le match s’est terminé sur ce 1-1.

 

« Une carrière professionnelle ne tient à rien du tout »

 

Et c’est donc là que tu es « repéré » au niveau du district ? Que se passe-t-il ensuite ?

Il y avait là un entraîneur, qui n’était pas du district, mais de la MJC Avignon, qui était le meilleur club de jeunes de la région, d’où sont sortis Eric Di Meco, ou Laurent Paganelli. Il vient voir mes parents, qui étaient présents, et leur demande si je pouvais aller jouer dans ce club-là. Mes parents me l’ont autorisé. J’ai joué donc deux ans là-bas : d’abord un an en cadets 2e année et en cadets nationaux, donc le plus haut niveau, on jouait contre tous les clubs professionnels de la région : Nîmes, Nice, Monaco ; et une deuxième année en Juniors 1e année. Pendant ces deux années, j’avais un ami avec qui je me rendais souvent aux matches. Il a su en fin de saison qu’un joueur de notre équipe allait faire une détection à Toulon. À l’époque, Toulon venait de monter en D1 et devait créer son centre de formation, c’était une obligation. Et donc cet ami me dit : « Patrick, viens, on va demander si on peut faire la détection ». Je lui ai répondu : « qu’est-ce que tu veux qu’on aille faire à la détection ? Si tu veux, demande… Et si tu as l’autorisation, je t’accompagne ». Et finalement, comme Toulon était en recherche de jeunes joueurs, la MJC Avignon a été autorisée à envoyer trois joueurs au lieu d’un. Alors je pars faire cette détection de trois jours, et Toulon me recrute. C’est comme ça que je suis parti en centre de formation. Mais loin de moi l’idée de partir en centre professionnel ! Je pensais que ce n’était pas accessible. Moi, j’étais dans un petit village, j’avais mes amis, j’avais l’école. Je faisais du foot avec mes copains et voilà… Mais cette opportunité m’a permis de partir en centre de formation, alors que ce n’était pas dans mes projections. A partir de là, j’ai travaillé, puis Toulon m’a fait signer professionnel après quelques années, puis j’ai été aspirant, stagiaire…

Tu es lancé par Rolland Courbis. Dans quelles circonstances tu démarres en pro ?

Oui, ayant fait toute ma formation à Toulon, c’est Rolland Courbis qui m’a lancé. J’étais en fin de contrat stagiaire et vers le mois de mars-avril 1988, il y avait un match de Coupe de France contre Sète, en aller-retour. Sète était en 2e division, Toulon en 1e. Le match se passe mal, Toulon perd 2-0 à Sète. Au retour, Toulon gagne 2-0 mais perd aux penalties1. Rolland Courbis, en fin de saison, par rapport à cette non-qualification, écarte quelques joueurs de l’équipe première et fait appel à des jeunes. Et donc il fait appel à moi, et à d’autres. Et je fais mon trou, j’arrive même à marquer dès mon deuxième match, à Laval. Mais s’il y avait pas eu cette élimination, je ne sais pas s’il y aurait eu la volonté de m’inclure dans l’équipe première. Peut-être que je n’aurais pas percé, que je serais parti ailleurs. En tout cas, petit à petit, je passe pro, et je suis resté quelques années à Toulon. Mais le club a déposé le bilan, et je suis parti à Martigues.

Patrick-Collot-Toulon-FC-Martigues-Avignon-Lille-1993

Lorsqu’on va voir d’anciens joueurs et qu’ils nous parlent de leur parcours, on a l’impression qu’une carrière professionnelle tient à une série d’événements, de circonstances, si ce n’est de hasard…

Je ne connais pas l’histoire de tout le monde, mais je pense en effet que ça ne tient à rien du tout ! Il y a du travail, mais ce sont toujours des rencontres, des connaissances qui permettent de s’orienter. Mais si je suis aujourd’hui avec Vahid Halilhodzic à Nantes, c’est parce que Vahid me connaît de notre époque au LOSC !

Il y a forcément des qualités footballistiques au départ.

Oui. Mais aussi des rencontres. Le hasard des rencontres a fait que je suis devenu joueur professionnel. Bien sûr que si je suis devenu joueur professionnel c’est parce que j’avais certaines qualités ! Mais le fait d’être joueur professionnel, c’est plein de rencontres, et ça ne tient à rien. Ça ne tient pas du football.

 

« Rester dans le Sud, c’était la facilité. Je n’avais pas la bougeotte »

 

Revenons à Toulon : tu l’évoquais, le club a été rétrogradé sportivement et également administrativement. Est-ce qu’en tant que joueur, tu avais vent de toutes les « affaires » autour du Sporting Club de Toulon ?

J’étais jeune et je ne m’occupais pas de tout ça… Tout ce qui se passait autour, c’était un peu occulte mais je n’y faisais pas attention. Mon but était de jouer et d’être plus performant. Le club a eu des problèmes financiers, des problèmes de « caisse noire » a déposé le bilan. Certaines personnes ont payé en justice : Rolland Courbis a été emprisonné à cause de ça. Toulon, c’était un club dans le sud de la France qui n’était pas toujours très clair avec les personnes qui dirigeaient… Je suis parti à Martigues.

45258623_288609161988368_1497797388381716480_nL’équipe de Toulon, saison 1992-1993


Quand tu choisis Martigues en 1993 , tu as d’autres propositions ?

J’ai eu quelques possibilités, notamment venant de Newcastle, qui s’intéressait à moi quand j’étais à Toulon. Mais ça me faisait peur d’aller à l’étranger, avec une nouvelle langue. Et Nantes aussi ! Patrice Rio voulait que je parte à Nantes juste avant que je n’arrive à Lille.
Donc Martigues, c’était la facilité : je suis un enfant du Sud ! Je pouvais rentrer chez moi très facilement, j’habitais à côté de Saint-Rémy-de-Provence à 45mn. Toulon, c’était 1h15, 1h20 de voiture. Ça me faisait peur de partir loin, parce que j’avais mes attaches, mes connaissances, mes amis, mon fonctionnement. Donc un club juste à côté, ça m’allait bien ! Je n’avais pas la bougeotte.

Quels souvenirs gardes-tu de ton passage à Martigues ?

Je suis resté deux ans là-bas, de 1993 à 1995. Je suis venu de Toulon avec Philippe Anziani, on a pris le même chemin. J’étais aussi avec Thierry Rabat, que je connaissais depuis quelques années. En 1995, après une bonne saison [Martigues termine 11e], Martigues voulait me refaire signer. Mais je n’étais pas satisfait des conditions financières. Je n’avais pas un gros salaire, et on me proposait de le diminuer. Etant un peu orgueilleux, je suis parti. Un autre entraîneur est arrivé pour apporter un peu plus de plus-value à l’équipe, mais bon… l’année d’après ils sont descendus !

 

« À Lille, j’ai découvert un fonctionnement plus professionnel »

 

C’est donc là que tu prends la direction de Lille.

Thierry Rabat venait de signer ici à Lille, avec Jean Fernandez comme entraîneur. En échangeant avec Thierry Rabat, il demande s’il ne connaîtrait pas des joueurs qui pourraient jouer tel rôle… Et Thierry dit : « Patrick Collot pourrait ! ». Donc Monsieur Fernandez, par l’intermédiaire de mon agent, me propose de venir pour faire un essai2. Et moi, fier, j’ai dit : « jamais de la vie je n’irai à Lille ! Il fait toujours froid, il pleut ! Et en plus ils veulent me faire faire un essai ? Mais qu’ils aillent se faire voir ! ». Bon, moi, je n’avais pas dépassé Avignon : le nord c’était Valence ! On se fait des idées, on a des clichés : quand on vient du Sud, on parle toujours des régions au-dessus comme étant invivables…
Mon agent me dit de réfléchir. Sur le coup j’étais un peu énervé, mais après un week-end de réflexion, j’ai accepté. Ça ne coûtait rien. Je suis parti faire un essai de trois jours, et M. Fernandez m’a engagé, mais pas comme attaquant. C’est lui qui m’a reconverti milieu excentré, ou milieu à l’intérieur du jeu, et pas du tout attaquant comme j’étais à Martigues ou à Toulon. Voilà comment je suis arrivé à Lille. C’était une remise en question. Partir dans le Nord comme ça, loin de notre famille… Je suis arrivé avec mon épouse et ma petite fille, qui avait un an et demi. Et en 1995, il a fait un été de folie, un soleil jusqu’en octobre, novembre… C’est donc ça le Nord ?! On m’a toujours dit des bêtises ! Bon, après j’ai un déchanté, même si je me suis aperçu qu’il ne pleut pas tout le temps dans le Nord (rires) !

Germain Collot Cygan Rabat
Les premières recrues de l’été 1995 : Joël Germain, Patrick Collot, Pascal Cygan et Thierry Rabat

 

Quelle image avais-tu du LOSC avant d’y venir, et quel club as-tu trouvé ?

J’ai découvert un autre fonctionnement. Parce qu’à Toulon et Martigues, on était très…familiaux. On ne nous lavait pas les affaires ; on avait tous des affaires différentes. Quand je suis arrivé à Lille, notre casier nous attendait au stade. Quand on arrivait, on le prenait, on allait se déshabiller, on se changeait et on le remettait, et tout était pris en charge par un intendant. Je trouvais que c’était le top niveau, je découvrais un autre métier ! Chaque fois que je partais de chez moi, j’avais l’impression d’oublier quelque chose : « J’ai oublié mon sac ! Ah mais non, les affaires sont au club ! ». C’était une progression dans l’approche, dans un club plus professionnel. Et puis j’ai trouvé des personnes très attachantes. Il y a des qualités, des mentalités dans le Sud, mais il y en a aussi dans le Nord. Je me suis très bien adapté dans l’équipe et dans le club. Ca ressemblait à mes valeurs, à mon fonctionnement et c’était très agréable de trouver autre chose.

Et au-delà du côté sportif, le club souffrait à l’époque d’un gros déficit d’image, les dernières années avait été marquées par des problèmes financiers, une grande instabilité au niveau administratif, et le club ne pouvait recruter que des joueurs en fin de contrat, comme toi. Est-ce que ces incertitudes étaient une crainte en tant que joueur ?

Honnêtement, je n’avais pas cette connaissance de l’histoire du club. Je ne savais pas qu’il y avait des problèmes. On me proposait un contrat, et comme mon objectif était de venir jouer au foot en première division et de découvrir autre chose… Grâce à Thierry Rabat, mon intégration a été facilitée. Puis Jean-Marie Aubry nous a rejoints, on logeait à l’hôtel ensemble et on est restés amis : il est le parrain de mon premier fils. Plein de choses se sont créées très rapidement, mais je ne savais pas du tout quelle était la situation générale du club. On le découvre petit à petit.

Sur le plan sportif, tu l’évoquais tout à l’heure : tu ne joues pas vraiment attaquant à Lille. Mais tu venais quand même remplacer le chouchou des supporters, Eric Assadourian, qui venait de partir !

J’étais là pour jouer. Je ne me posais pas la question de savoir qui je remplaçais, si c’était difficile, si on me comparait à lui ou pas. J’étais à 1000 lieues de penser à tout ça. J’étais là pour jouer le mieux possible, d’apporter ce que je savais faire et puis c’est tout ! Si on se commence à poser des questions en disant « je remplace untel, untel, untel », bon… Chacun ses qualités et ses défauts ! Tous les joueurs sont différents. On peut toujours comparer quand on est supporter, de l’extérieur. Mais c’est pas du tout mon cas.

Qu’est-ce qu’on te présente comme projet quand tu arrives à Lille ?

Rien du tout ! On me propose de venir jouer à Lille ! Sur un plan individuel, M.Fernandez me dit : « je veux t’utiliser dans un rôle différent ». Je devais appréhender un nouveau poste, une nouvelle fonction, donc il fallait que je travaille certains aspects, notamment défensifs, alors que j’étais plutôt basé sur l’offensive. En tant qu’attaquant, il y a un replacement mais il n’y a pas véritablement un fonctionnement particulier tandis que sur un côté, il faut défendre, il faut fermer, il faut rentrer, il faut attaquer. C’était beaucoup plus compliqué pour moi au début ! J’ai mis un peu de temps pour appréhender le poste et être performant.

Rabat Collot


« Au Parc en 1996, pas une seconde je ne pensais marquer ! »

 

Ce début de saison a été collectivement difficile pour tout le monde…

Oui. Sur un plan personnel, c’était un grand bouleversement : changer de région, changer quasiment de travail, avec ce nouveau poste… Monsieur Fernandez ne m’a pas fait jouer tout de suite, car je me suis blessé au genou. Au bout de 3 mois, on est derniers, et Jean Fernandez s’en va. Quand Jean-Michel Cavalli prend la suite, il me fait confiance et il me lance dans l’équipe. À partir de là, j’ai commencé à jouer et à m’intégrer. C’était beaucoup plus facile. Peut-être que M.Fernandez m’aurait fait jouer s’il était resté, je ne sais pas. Mais au départ, je n’ai pas eu beaucoup de temps de jeu, à cause de blessures, de mon intégration, de mon changement de poste qui n’était pas aussi facile. Donc il y avait des raisons ! Après on a fait une saison où on s’est sauvés presque miraculeusement !

Notamment avec un but en fin de saison dont on se rappelle tous !

On m’en parle toujours ! Lille n’a plus gagné à Paris depuis ce match-là ! C’est un grand souvenir.

En plus de son importance, c’est un but pas banal !

C’est inespéré ! À cette époque, Paris a une super équipe, qui joue encore le titre, et qui 5 jours après joue la finale de Coupe des Coupes contre Vienne à Bruxelles, où je suis d’ailleurs allé, car mon ami Luc Borelli jouait au PSG. On a réussi à gagner à Paris alors qu’on ne pensait jamais prendre un point. Ça nous avait donné une grande bouffée d’oxygène pour pouvoir nous maintenir. C’est un des souvenirs les plus marquants de toutes ces années à Lille.

Finalement, on n’a jamais eu le fin mot de l’histoire : tu as voulu tirer ?

Alors… Je crois que c’est un ballon qui revient après un corner. Je suis sur le côté. J’ai voulu tirer, mais pas une seconde je ne pensais marquer. Dans ma tête, je me dis « le ballon me revient, je vais frapper, si je ne cadre pas, au moins on aura toujours le temps de se replacer ». Donc j’ai frappé, fort, presque les yeux fermés. Je pensais que j’allais casser les tribunes, mais ma balle part bien… Et après c’est Bernard Lama qui fait une erreur ! Il anticipe un centre, et à l’arrivée, il se la met dedans ! Mais jamais je pensais que j’allais marquer, sincèrement ! Il y a des choses bizarres dans le football… C’était incroyable. Le hold-up de chez hold-up ! Des supporters nous attendaient au retour de Paris devant Grimonprez. Un grand souvenir ! On avait tant ramé… Cette année-là, on n’aurait jamais dû se maintenir. Et l’année d’après par contre, on aurait dû se maintenir 100 fois, et on est descendus…


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« Le derby de novembre 1996 où je marque un doublé m’a autant marqué qu’il a marqué les supporters »

 

Précisément, la saison suivante, on a un scénario inverse : un début canon et une fin catastrophique. Comment on peut expliquer de tels écarts de performances sur une même saison ?

Quelques joueurs sont arrivés : Renou, Garcion, Banjac, et Becanovic qui marquait. On fait une très belle première partie de saison, c’est ça qui est incroyable ! Je me souviens qu’on devait être 4e ou 5e avec Lens à peu près. On se battait pour être éventuellement dans les places européennes. Et puis en 2e partie, on s’est complètement écroulés… Complètement… Et c’est une grosse déception, parce que cette année-là, on ne doit jamais descendre. Mais les problèmes internes de vestiaire, de fonctionnement, de rapports… Le groupe a complètement explosé et n’adhérait plus au discours de l’entraîneur. Il y a eu des problèmes relationnels entre les joueurs et le staff qui ont fait exploser le groupe. Il n’y avait plus d’unité.

Et ça bascule en cours de saison ?

C’est une usure. On avait des résultats en première partie de saison, mais il y avait des problèmes de vestiaire dès qu’on a commencé à avoir des difficultés sur le terrain. On n’a pas su se regrouper, faire l’unité. Le groupe a explosé. Ensuite, pour recoller les morceaux, c’est difficile, c’est très compliqué. Et on a tous payé les pots cassés.

Ca veut dire que lorsqu’il y a des résultats au-delà des espérances, il n’y a pas une dynamique qui permet de compenser les temps faibles plus tard dans la saison ?

Un groupe – les joueurs, le staff – c’est un équilibre très fragile. La force d’un groupe et son unité sont très complexes. Les résultats permettent de cimenter ce groupe, ou de cacher certaines choses. Les résultats ! Si un groupe vit bien, même si les résultats sont difficiles, il aura la possibilité de se serrer les coudes et de faire front face à la difficulté. Quand un groupe (comme j’en ai connu dans ma carrière, parce que je n’ai pas joué le haut du tableau très souvent, beaucoup plus souvent le maintien) n’est pas complètement soudé ou ensemble, c’est beaucoup plus difficile de pouvoir faire face à ces difficultés, de fédérer, de sentir la force individuelle du partenaire pour le collectif. C’est très difficile de changer cette dynamique quand on est sous pression de résultats. Quand ça va mal, on dit toujours que c’est la faute de celui-ci, de celui-là, de l’entraîneur, du président, de la secrétaire… C’est toujours la faute de quelqu’un, sauf de la sienne ! Et personne ne prend conscience que… C’est difficile à changer.

On peut opposer ce que tu décris aux années avec Vahid ?

Une force collective comme on a eue plus tard, c’est une force formidable ! Parce qu’on sait qu’on se bat tous pour le même projet, pour le même objectif, et on a encore plus envie qu’un autre ! Et ça, c’est un travail d’entraîneur, un travail pour créer cette dynamique. Puis les résultats facilitent cette dynamique. C’est ce qui est difficile à créer, parce qu’on juge toujours la qualité du joueur : bien entendu, il faut des joueurs ! Mais, au départ, c’est une histoire d’hommes : la réussite, c’est la qualité des hommes. Et même celle des joueurs qui ne jouent pas : ceux qui ne jouent pas sont très importants pour l’état d’esprit qu’ils amènent ou qu’ils mettent lors des entraînements pour que les titulaires soient les plus performants possibles. Si les joueurs qui jouent moins sont négatifs, les titulaires savent qu’ils n’ont pas de soucis à se faire, qu’ils vont rester titulaires, et que les remplaçants ne prendront jamais leur place.

Revenons à cette saison 1996-1997 : la victoire dans le derby en novembre a été un moment très important, peu après ton retour à la compétition.

Oui, ce match fait partie des moments importants de ma carrière à Lille. On a battu Lens 2 à 1, et je marque les deux buts. Je revenais après le drame que j’avais vécu. Je pense que… ce match a été fédérateur pour tous les supporters vis-à-vis de moi, par rapport à mon histoire et au club. Je crois qu’il m’a autant marqué qu’il a marqué les supporters. Et plus généralement, c’est vrai que les rencontres entre Lille et Lens, c’est très marquant. Nous dans le Sud, les derbies c’était contre Marseille, mais Marseille était trop fort par rapport à Toulon, on n’avait pas vraiment de rivalité sportive, il y avait trop d’écart ! Marseille était la grosse équipe du championnat la rivalité se traduisait surtout par une animosité entre les supporters.
Ici, il n’y a plus de derbies depuis quelques années, ce qui est malheureux. C’est une rivalité régionale, et c’est quand même sympa de pouvoir vivre ces matches-là. On parle encore plus de ces matches-là que d’autres. Et contre Lens en 1996, c’est vrai que sur ce match, je suis rentré un peu dans l’histoire du club. C’est toujours… un grand souvenir. Malheureusement, on était sur une spirale négative.

Collot4Patrick Collot porté par Jean-Marie Aubry après la victoire contre Lens, novembre 1996

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« Les débuts avec Vahid ont été compliqués… puis on a appris à se connaître »

 

Toi qui as connu les mauvais et les bons moments, comment expliquerais-tu l’inversion de cette spirale sur ces quelques années ?

Quand Vahid Halilhodzic est arrivé, on était au fond du trou. Au fond du fond ! On est 17e. On est à la rue. On venait de rater la montée pour pas grand-chose, 1 point. Les joueurs étaient dans une déception, un mal-être énorme. On avait une remise en question à faire. Thierry Froger est parti. Il fallait tout recréer. Et c’est là que Vahid Halilhodzic est arrivé avec un fonctionnement, une vision et une exigence importantes qui ont permis de recadrer tout le monde et de réunir toutes les forces en présence. Vahid a recréé une dynamique de travail, d’exigence, de respect, de fonctionnement qui a permis de remettre tout le monde dans le droit chemin et tout le monde en question. Et à partir de là, il a recréé une dynamique positive qui a permis, petit à petit, de recréer un groupe et de se découvrir individuellement, ce qu’on ne faisait pas quand le fonctionnement n’était pas aussi exigeant. Mais on était aussi fautifs, on savait ce qu’on faisait aussi ! Je pense qu’on avait besoin de quelqu’un comme Vahid, qui nous aide à rester sur le bon chemin dans le travail, dans l’état d’esprit. Ça a permis de rassembler les énergies pour pouvoir justement avancer et être performant.

Et là encore, au-delà de l’aspect sportif, tu avais aussi conscience de ce qui se passait au sein du club ? On entend beaucoup de bien de Pierre Dréossi et de Bernard Lecomte à l’époque qui ont aussi serré les vis.

C’est Monsieur Lecomte qui m’a fait signer mon contrat. J’ai beaucoup de respect pour Monsieur Lecomte, parce que je pense que s’il n’avait pas été là, avec la mairie, il n’y aurait plus de club à Lille et le LOSC n’existerait plus. C’est un peu plus tard que j’ai commencé à comprendre l’histoire du club. Monsieur Lecomte est un grand artisan de ce qu’est le LOSC aujourd’hui. Il faut le savoir ! Les gens oublient ! La base, la première pierre du nouveau LOSC, c’est Bernard Lecomte qui l’a posée ! C’est lui qui met en place Vahid, qui prend cette responsabilité, qui travaille en commun pendant 2 ans avant l’arrivée de MM. Graille et Dayan. Il a mis les bonnes personnes au bon endroit : c’est essentiel dans la réussite d’un club. Et je trouve que ce monsieur n’a pas été suffisamment valorisé par rapport à tout ce qu’il a fait. C’est désolant. C’est une personne formidable, méconnue par rapport à ses qualités humaines et de personne. Et s’il n’avait pas été là, il n’y aurait rien eu derrière.

Lecomte CollotAvec Bernard Lecomte, après la victoire contre Lens en finale du challenge Emile-Olivier, juillet 1997


Comment as-tu construit ta relation avec Vahid ?

Au début, ça a été compliqué… Cette période était consécutive au décès de mon épouse. Certaines personnes à l’intérieur du club lui ont donné des indications, des explications sur chaque joueur : qualités, défauts. On lui a dit que j’étais fini pour le football et qu’il ne fallait plus compter sur moi, par rapport à l’âge que j’avais – j’étais en effet un des plus anciens – et par rapport à mon vécu personnel. Vahid arrive donc avec une idée préconçue de qui j’étais : il ne voyait pas l’utilité que je reste à l’intérieur du groupe. Mais moi, orgueilleux et fier, je me suis dit : « attends mon garçon, je vais te montrer qui je suis » ! Et petit à petit, on a appris à se connaître. Parce que Vahid est un personnage aussi ! Orgueilleux, fier, avec un égo important ! Mais comme j’étais apprécié par mes équipiers, ça faisait quelques années qu’on était ensemble, ça a permis de passer cette période de turbulences et de créer une dynamique très positive avec tout le monde. C’est pas Vahid, c’est pas moi : tout le monde a réussi à apporter sa pierre à l’édifice, au fonctionnement, à créer cette dynamique. On a démarré et puis on a connu tout ce qu’on a connu ! On a eu aussi des moments difficiles, parce que quand on ne monte pas la première année au goal-average, ça a été une nouvelle déception. Même si on partait de loin et qu’on a finalement failli monter, il fallait recommencer les efforts et repartir en 2e division…

 

« 1999/2000 : ma plus belle saison en tant que joueur »

 

Sous sa direction, ton statut de joueur change un peu : tu joues progressivement moins. Tu as un rôle de relais.

C’est ça. J’étais le relais à l’intérieur du groupe, le tampon entre les joueurs et Vahid. J’avais un rôle de meneur, quelqu’un qui essayait d’apporter son expérience et de discuter, d’échanger. Et quand je jouais, j’essayais de faire ce que je savais faire aussi. Mais c’est vrai qu’à ce moment-là, il y avait un fonctionnement dans le groupe où j’étais le paravent du groupe, la protection du groupe : quand il y avait quelque chose à dire, il me revenait d’exprimer les choses avec Vahid. Ca n’a pas toujours été facile, parce qu’il a voulu me virer plusieurs fois quand même à l’époque  ! Petit à petit, avec ces frictions, il a appris à me découvrir, mon fonctionnement, mon état d’esprit. Ça lui a plu et il s’est « servi de moi » pour avoir ce relais à l’intérieur du vestiaire. Ce que je faisais avec grand plaisir, parce que mon objectif était que l’équipe fonctionne le mieux possible et qu’on ait les meilleurs résultats possibles.

Collectif14

Quelques mois après l’arrivée de Vahid, on sent qu’une équipe est née. Les résultats sont là dès la fin de la saison 1998/1999, mais même de l’extérieur, on sent qu’autre chose se joue. Dans quelle mesure on peut sentir qu’un groupe va réussir sa saison ?

Au départ de la saison 1999/2000, je pense qu’on savait qu’on allait faire une très, très, très belle saison. On était conscients de nos forces. Pourquoi ? Comment ? Je ne sais pas, ce sont des choses qui se sentent. C’est tout ce qu’on avait vécu ensemble, ce qu’on avait créé. On ne se sentait pas invincibles, mais pour nous battre ça allait être difficile ! On avait des choses et un ressenti à l’intérieur du groupe, une force collective, mentale et humaine aussi entre les joueurs : tout cela est facteur de réussite.
Il y a eu aussi des recrutements comme Johnny Ecker, Abdel Fahmi… Ces joueurs nous ont permis de nous solidifier. Fernando est arrivé en faisant un essai, presque comme un cheveu sur la soupe, et c’était une surprise formidable ! A ce moment-là, il s’est créé quelque chose et je dirais que tous les astres étaient alignés pour que ça fonctionne.
Je me souviens d’une réunion qu’on a eue en stage, avec Vahid. Il réunissait toujours les 4-5 personnes leaders du groupe. Il nous réunit et nous demande quels sont nos objectifs. Et il nous fait parler… Lui nous dit qu’il faut valider l’accession en première division et finir dans les 3 premiers. Et là j’ai une réflexion, je dis : « ah non, il ne faut pas finir 3e ! Il faut finir 1er ! » Il faut finir 1er ! Pas 3e ! Je ne sais pas si ça a créé quelque chose de le dire, de l’annoncer, comme une prise de conscience… Parce qu’ensuite il faut assumer aussi ce que l’on dit ! Est-ce que ça nous a donné une force supplémentaire ? En tout cas, ça a été très important de le dire, de partager la même idée avec le staff. Ça crée quelque chose lorsque les joueurs décident d’eux-mêmes. C’est mieux que si c’est l’entraîneur ou le club qui fixent tel objectif. Si un groupe n’est pas complètement intégré à cet objectif-là, mentalement, physiquement, je ne suis pas certain que ça puisse créer quelque chose. Et puis on a fait la saison formidable, la plus belle saison pour moi en tant que joueur ! Même davantage que quand on a joué la Ligue des Champions. Pour moi, c’était plus fort d’être champions de 2e division et de faire remonter le club.


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Seul buteur contre Louhans-Cuiseaux en août 1999

C’était effectivement une saison marquante, exceptionnelle. Le LOSC se retrouve en Ligue 1, on annonce le maintien comme objectif. C’est toujours compliqué d’afficher des objectifs beaucoup plus ambitieux, mais en même temps on sent une force dans cette équipe, comme si une machine était lancée.

C’est vrai qu’en 2e division, on se sentait forts ! Quand on monte, on se demande de quoi on est capables à l’échelon au-dessus. Au départ, le maintien était l’objectif principal. On ne s’était pas mis de barrières, mais pas de pression non plus pour dire qu’il fallait être dans les 10 premiers : si on pouvait se maintenir tranquillement, c’était l’essentiel. On était sur la dynamique de la montée, du fonctionnement du groupe, avec quelques renforts aussi, car chaque fois des renforts arrivaient quand même !
Et je dirais qu’il y avait aussi une dynamique à l’intérieur du club. Je me souviens qu’à cette période, cette tribune derrière les buts a été construite. On sentait un club qui commençait à bouger, à s’améliorer pour accueillir ses supporters dans de meilleures conditions. C’est bête à dire, mais c’est quelque chose que nous, joueurs, on ressent aussi : que le club évolue, qu’il fait des efforts, qu’il veut progresser. Cette dynamique positive se retrouvait dans tout le club : au niveau administratif, il y a eu aussi l’arrivée de M. Paquet, de M. Thuilot dans le fonctionnement, dans l’encadrement, lorsque M. Graille et M. Dayan sont arrivés. Toutes les idées étaient mises en commun pour faire grandir le club, et ça crée un effet boule de neige, pas seulement au niveau des joueurs.

Tribune

Lille/Monaco, 29 juillet 2000 : premier match avec l’extension de la tribune « Secondes », construite durant l’été

 

« En 2001, on n’était pas programmés pour être champions »

 

De retour en D1, on avait été surpris dès le premier match contre Monaco de la qualité de jeu, un jeu beaucoup plus varié que ce qu’on voyait en D2, contre un adversaire champion de France, et ensuite y avait eu le deuxième match où tu mets un doublé à Strasbourg…

Oui oui (rires) ! Bon, on était les premiers surpris de cette réussite. Après, c’était le début de saison, on ne voulait pas s’enflammer non plus. On sait très bien que, souvent, les équipes qui montent ont une dynamique par rapport à leur montée, dans leur état d’esprit, dans leur envie, dans leur volonté, donc est-ce que ça allait être éphémère ? On ne savait pas donc on profitait du moment et puis ça a duré pratiquement toute la saison. Parce qu’à 10 journées de la fin, on est premiers quand même ! C’est incroyable ! Et quand on y pense, ça s’est joué à peu de choses hein… à peu de choses !

 

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Dernier but en D1 contre Sedan, le 9 décembre 2000. Ci-dessus la vidéo, ci-dessous le son sur Fréquence Nord

http://droguebierecomplotlosc.unblog.fr/files/2016/11/collott.mp3

C’est vrai que plus le temps passe, et plus on se dit qu’on n’était vraiment pas loin.

Ah non ! Mais je pense qu’on n’était pas programmés pour ça. On prenait les matches les uns après les autres, mais on n’avait pas cette volonté je pense qu’avaient Nantes, Lyon, qui eux étaient plus programmés que nous pour aller chercher le titre. Et nous en plus on avait un effectif restreint, on n’était pas armés avec un effectif et un banc de folie, donc ça a certainement été pénalisant sur la saison. Mais à l’arrivée, dans les dernières journées, on a failli tout perdre, parce qu’on a failli ne pas être sur le podium. À la dernière journée, si Bordeaux gagnait à Metz, nous on finissait 4e ! ça aurait presque été une déception de finir 4e ! Ça aurait été terrible ! À l’arrivée, on arrive à gagner à Monaco et on termine 3e alors là c’était le bonheur. C’était merveilleux.

Il paraît que tu as fini nu dans le Méditerranée ce soir-là !

Oui, oui (rires)… Bon, j’avais aussi donné un peu toutes mes affaires au public qui était venu. Ouais bon… On devient un peu fou et un peu bête dans ces moments-là, on n’est pas toujours lucide (rires) !

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On a de grands souvenirs cette année-là, nous on était au match à Lens en février, qu’on avait gagné, enfin que vous aviez gagné, sur un but de Rool contre son camp. Le seul regret, c’est que je pense que si Rool la met pas, c’est toi qui la met derrière !

Oui ! Moi je suis derrière, mais il la met parce que je lui mets la pression (rires) !


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Un derby qui avait été marquant pour nous aussi, c’est celui de l’année de la remontée, avec les 2 buts en fin de match de Dagui Bakari et de Laurent Peyrelade.

Ah oui. Mais avec Vahid, on a gagné une multitude de matches dans les dernières minutes ! C’est incroyable !

On avait fait le calcul : à l’époque Vahid, en championnat, un quart des buts ont été marqués au-delà de la 80e minute.

Je me souviens qu’à la fin du temps réglementaire, tous les supporters se levaient pour les arrêts de jeu : ils pensaient toujours que quelque chose allait arriver ! C’était incroyable ! C’est fou ! Il y avait eu un match contre Montpellier, où on perd 0-1, et je me fais expulser à 10 minutes de la fin. On a gagné 2-1, deux buts dans le temps additionnel ! C’était incroyable. Ça s’est passé une multitude de fois.

Collot Strasbourg

 

« Rester dans le club et le remettre au niveau où il était, c’est une grande fierté »

 

Mais on imagine que c’est symptomatique de l’état d’esprit du groupe ?

Oui, bien sûr ! On était dans une période quand même assez faste. On prenait conscience de plus en plus de nos qualités, de nos possibilités. Donc quand des joueurs commencent à prendre conscience de ces qualités, ça fait quand même quelques années que je travaille avec Vahid et que je vois comment ça fonctionne, après on a une confiance, et on sait qu’on peut toujours y arriver. C’est ce côté là qui est… c’est incompréhensible et, en même temps, cette réussite se crée. Parfois, on se dit « c’est incroyable » comme si c’était irrationnel, mais je pense que ce sont plein d’événements qui se provoquent qui permettent de pouvoir arriver à faire de telles choses.

C’est quand même assez rare que ça se prolonge sur une période aussi longue, non ? Parce que finalement, sur une période de 3 ans, on a l’impression que le groupe sur-performe. Grégory Wimbée disait « on était des joueurs moyens de Ligue 2, on est devenus des joueurs moyens de Ligue 1 ». Et au final, il y a un titre de champion de D2 où vous battez tous les records, dans la foulée il y a une 3e place, un beau parcours en coupe d’Europe, puis une 5e place.

Oui, oui, c’est vrai. Comme le dit Greg Wimbée, c’est vrai qu’on n’était pas des joueurs d’un niveau « très élevé » entre guillemets, mais c’est là que la force collective, la force d’un groupe, et un projet commun permettent de rivaliser avec d’autres équipes qui sont mieux armées individuellement mais qui collectivement, certainement, ne sont pas aussi au point que nous, ou avec une mentalité aussi développée que la nôtre. C’était notre force, c’est une évidence ! Les Carl Tourenne, les Fernando D’Amico, ne sont pas des génies techniquement… On était des besogneux du football, mais avec une volonté et une rage de se battre ensemble. Et puis aussi des qualités hein, Bruno Cheyrou était un joueur de grande qualité, Pascal Cygan ça a été un joueur de très haut niveau pendant un moment quand il a été à Lille, c’était la tour de contrôle. C’était impressionnant, on avait l’impression qu’il attirait tous les ballons ! Greg Wimbée arrêtait tout ce qu’il voulait… On était au maximum de nos possibilités et on utilisait toutes nos forces et nos qualités.

Ce qui est frappant à cette époque, et maintenant que tu es entraîneur tu as sans doute un regard particulier là-dessus, il y a quand même des joueurs qui ont eu une progression fulgurante. Cygan a eu des difficultés à Lille ; quand Bakari est arrivé, c’était laborieux ; Grégory Wimbée a eu aussi des difficultés… Et ils ont atteint un niveau qu’on n’aurait jamais imaginé. Est-ce que ça s’explique autrement que par du travail ?

Par le travail, bien sûr. Quand Vahid est arrivé, je me souviens, il nous envoyait jongler. Dagui Bakari sortait de l’entraînement pour aller jongler ! Des jongles intérieurs et extérieurs pour assouplir les hanches. Le grand Wimbée, il a frappé maints et maints ballons pour placer son pied sous le ballon pour qu’il puisse mieux frapper, donc il y a eu du travail de fait. Mais après je pense que la réussite, c’est la réussite du groupe. Je maintiendrai toujours ça : c’est la réussite des hommes qu’il y avait à l’intérieur de ce groupe-là. Toutes les personnes qui étaient dans le groupe. Il y avait des personnes très importantes, comme D’Amico qui est arrivé, c’était un chien fou mais il apportait une rage de récupérer le ballon, de s’arracher ; Bruno Cheyrou avec ses qualités techniques, son sens du but ; Pascal Cygan a eu des difficultés à Lille, pourquoi ? Parce qu’au départ, il faut quand même savoir qu’il jouait arrière gauche ! Mais il n’a aucune qualité pour jouer arrière gauche ! Il faut le reconnaître quand même. Pour inventer ça… ! C’était une anomalie. Nous on savait tous que ce n’était pas possible qu’il joue là. Alors il essayait, mais dès qu’il a été replacé dans l’axe, il a commencé à prendre ses marques et ça a été un autre joueur. Un autre joueur ! On avait des joueurs à l’intérieur du groupe qui étaient mal utilisés, ou qui n’étaient pas en confiance, et qui ont été repositionnés à des postes qui correspondaient davantage à leurs qualités. Et donc avec le travail, les résultats, la confiance, ça permet aussi de se sublimer et d’améliorer la qualité des joueurs. Mais avant tout c’est le travail et la réussite d’un groupe de personnes.

Pour terminer sur cette période de footballeur, as-tu conscience de faire partie des joueurs qui ont le plus marqué les supporters quand on évoque le LOSC de cette époque ? Est-ce que tu ressens l’admiration qu’on te porte ?

Je sens que je ne passe pas inaperçu dans le cœur de certains supporters. Quand les gens me reconnaissent à Lille, ils sont heureux de me voir, d’échanger, de discuter ou de prendre une photo. Ce doit être lié à ma personne, car je n’étais pas un joueur talentueux. Je pense d’abord que mon histoire personnelle n’est pas commune, et qu’elle a marqué les supporters. J’ai connu des moments très difficiles. Quand j’ai vécu ce drame, j’ai été très soutenu par le club, son environnement, par les supporters, qui ont eu une attention et un regard beaucoup plus forts. Même si des personnes ont laissé entendre que j’étais « en difficulté » et qu’on ne savait pas si j’allais réussir à surmonter ce drame, mon travail, mon investissement, ma façon de jouer, ont permis que les gens fassent très certainement plus attention à moi. Je pense que les valeurs que j’ai affichées, l’état d’esprit, la mentalité, le courage, représentent aussi les qualités de la région. Tout cela a certainement permis aux supporters de m’apprécier, et moi en retour d’apprécier les gens du Nord et de me sentir bien dans ce club.
Et ensuite, je suis aussi resté quand le club est descendu en D2, je suis resté dans les moments difficiles, puis on est remontés. Quand on peut rester dans le club et le remettre au niveau où il était, c’est une grande fierté. Une grande fierté ! Je suis ensuite resté des années au club, j’y ai fait beaucoup de choses. C’est donc aussi une histoire collective. C’est l’histoire d’une personne, d’un joueur, dans un groupe et dans un club qui a eu de la réussite pendant plusieurs années, qui a créé cette relation très agréable. Je pense que les gens d’ici sont reconnaissants du travail, de l’investissement de quelqu’un qui n’est pas de la région, et qui est resté si longtemps pour donner au club. C’est un tout.
Maintenant, il y a plein de supporters qui ne me connaissent pas ! Les gamins de 15 ans, de 20 ans, ne m’ont jamais vu jouer. Mais dans l’esprit des supporters qui m’ont connu en tant que joueur, je sens que j’ai… (il réfléchit) J’ai marqué quelque chose, j’ai fait quelque chose, alors pourquoi, comment, je ne sais pas le définir précisément mais… c’est là.

La deuxième partie de l’interview, c’est ici

Vahid Collot

FC Notes :

1 Aller le 30 mars 1988, retour le 5 avril, avec des buts au retour de David Ginola (54e sp) et de Laurent Paganelli (81e) pour Toulon, 10-11 aux tirs aux buts.
2 On constate donc que, réellement, Thierry rabat.


Posté le 28 mars 2019 - par dbclosc

Roger Hitoto : « Je suis resté supporter du LOSC »

« Alors, comment ça va là-haut ? ». On ne sait pas si Roger Hitoto nous parle de géographie ou de classement quand il nous salue, mais dans les deux cas la réponse est « ça va bien ». Parce que le LOSC est 2e ; parce que par ailleurs, ça va bien, en effet, merci ; et parce qu’on rencontre Roger Hitoto, passé par le LOSC de 1994 à 1999.

Roger Hitoto, lors de son passage dans le Nord, c’est un milieu récupérateur hors pair, infatigable ratisseur de ballons, et c’est aussi un mec sympa : 25 ans après, quand on se remémore les longues matinées à attendre dans le froid les joueurs sortant du vestiaire pour l’entraînement, on a plutôt tendance à se souvenir plus particulièrement de ceux qui prenaient la peine de nous saluer ou de nous serrer la main, ce n’est pas grand chose mais, pour les gamins que nous étions, ça reste : Roger Hitoto fait partie de ceux-là.

En plus de ces bons souvenirs sur et en dehors des terrains, deux raisons nous ont poussé à le solliciter : il y a quelques temps, quand le blog en était à ses balbutiements et n’avait pas encore atteint la renommée mondiale qu’on lui connaît aujourd’hui, nous avions sollicité nos lecteurs et lectrices afin de déterminer leur « onze de coeur » : l’idée était de déterminer quels étaient les joueurs qui avaient le plus marqué les esprits, toutes époques confondues. Si Roger Hitoto n’apparaissait pas dans le 11 type, il n’était pas loin derrière, récoltant le même nombre de voix que des joueurs comme Dagui Bakari, Eric Assadourian, Vincent Enyeama ou Patrick Collot. Et c’était tout de même surprenant : même si on garde un excellent souvenir de lui, son passage remontait déjà à il y a 20 ans, à une époque pas franchement reluisante sportivement pour le LOSC, et Roger jouait à un poste « laborieux » dont on a parfois peine à évaluer l’importance. Depuis, l’Europe et le titre étaient passés par là, et on se disait que Roger Hitoto serait largement devancé par des joueurs plus récents… Il faut croire que notre souvenir du joueur et de l’homme sont largement partagés.

Dernière raison qui justifiait notre entrevue, en prolongement du paragraphe précédent : vous le savez, nous signalons régulièrement sur nos pages facebook et twitter les anniversaires des anciens Dogues, une bonne occasion de mesurer la côte que les uns et les autres ont laissée. Et, tous les ans, Roger Hitoto fait péter les « like », on nous demande si on sait ce qu’il devient, comme l’illustre cet échantillon de réactions après le dernier anniversaire, ce 24 février 2019 (on a paint et on en fait de belles choses) :

Hitoto1

Donc une bonne raison de savoir ce qu’il devenait, c’était d’aller le voir ! Et c’est ainsi que Roger Hitoto nous a accordé du temps en nous donnant rendez-vous sur son lieu de travail actuel, au stade Charléty à Paris. Avec lui, nous sommes revenus sur ses souvenirs d’enfance au Congo, son arrivée en France, ses débuts comme footballeur à Grigny puis au centre de formation de Rouen et, bien sûr, plus longuement sur son passage au LOSC. Solidement installé titulaire dès sa première saison, Roger Hitoto devient incontournable au milieu de terrain. Sa lourde blessure fin 1996 freine malheureusement sa progression et anéantit une partie de ses espoirs, une période difficile sur laquelle il s’exprime largement. Il garde notamment de Lille une grande estime pour Jean Fernandez et pour Bernard Lecomte, un peu moins pour Jean-Michel Cavalli et Thierry Froger, pour des raisons bien différentes. Quelques courtes expériences à l’étranger ensuite puis une dernière pige à Rouen concluent sa carrière de joueur professionnel.

Et comme sur notre blog, le football est parfois un prétexte pour parler d’autre chose, on tenait à parler avec lui du Congo et de la sélection, mais aussi de la façon dont il a vécu la guerre dans son pays à la fin des années 1990. Une façon de voir que Roger sait aussi être sérieux et ne fait pas que des blagues, des blagues d’Hitoto.

Hitoto2Première photo officielle sous le maillot du LOSC, saison 1994/1995

 

On va commencer par ta situation actuelle : tu nous donnes rendez-vous au stade Charléty. Que fais-tu ici ?

Je suis depuis un an manager général du football au Paris Université Club. De manière générale, le PUC est un club omnisports qui, en plus de ses ambitions sportives, porte des valeurs sociales et citoyennes. J’ai des tâches administratives, d’orientation des jeunes, et je suis également sur le terrain puisque j’entraîne spécifiquement les attaquants et les milieux de terrain. Et parallèlement, cela fait 8 mois que je joue au PUC en tant que joueur vétéran. Je joue le dimanche matin, et je continue avec le Variétés Club de France (VCF) le dimanche après-midi. Pour le VCF, j’ai été parrainé par Jean-Pierre Orts, qui est d’ailleurs passé au centre de formation du LOSC. Il a été plusieurs fois meilleur buteur de D2, notamment à Rouen, c’est là que je l’ai connu, il a même été mon entraîneur. Et là ça fait 9-10 ans que je suis au Variétés. Donc je m’entretiens physiquement !

Je suis ici 24h/24 et pour moi c’est un plaisir. Et de temps en temps j’ai la liberté de repartir au Congo puisque je me sens toujours concerné par tout ce qui se passe dans le football, et en dehors du football : 3 fois par an, je retourne au Congo et j’essaie de donner un coup de pouce, dans la mesure de mes moyens, à certaines associations et à certains clubs. J’amène des équipements, des maillots, pour que les enfants puissent se vêtir.

Ce sont des responsabilités officielles auprès de la fédération du Congo ?

Non, c’est personnel, je fais ça par plaisir et sans faire du bruit. En revanche, j’ai eu par le passé des responsabilités officielles auprès du sélectionneur Florent Ibenge, qui est aussi mon cousin ! Comme je voyage et sillonne beaucoup, je me suis dit que je pourrais me rendre utile en signalant aux autorités, aux gens de la fédération, les jeunes pépites congolaises. Ça s’est accompagné d’une nouvelle politique d’anticipation au niveau de la fédération congolaise. Auparavant, on attendait le dernier moment pour se signaler auprès d’eux et, malheureusement, après ces jeunes là, comme ils ont toujours évolué en France ou dans le pays où ils sont nés, ils ne connaissent pas le Congo. Donc ce partenariat est officiellement terminé mais je continue de leur faire signe… Il y a désormais au sein de la fédération une chaîne sur cette problématique, et cette détection est bien mieux anticipée et gérée.

Et tu as aussi été consultant dans différents médias.

Oui ! Cette année j’ai arrêté, mais j’espère reprendre. Je suis resté durant 6 ans en tant que consultant pour des médias africains : Canal Horizon, avant que ça devienne Canal +, Africa 24…

Hitoto3Avec le Variétés Club de France et Dominique Le Bon, ex-capitaine de Melun, octobre 2017

Dans quelle mesure tu as anticipé ces reconversions durant ta carrière de footballeur professionnel ?

Paradoxalement, quand j’ai arrêté le football, je ne pensais pas forcément y rester. Mes premières réflexions remontent au moment où je me suis gravement blessé en 1996, et je ne savais pas trop vers quoi me tourner. Pendant un temps, j’ai essayé de m’éloigner de ce milieu qui est très compliqué. Mon souhait, c’était surtout de ne pas perdre ma personnalité et, si je devais rester dans le monde du football, c’était seulement à condition de garder ma liberté, sans faire comme tout le monde. J’ai toujours été un peu à part dans la mesure où j’ai commencé le football par l’amusement, et je voulais rester fidèle à ma liberté de pensée, ma philosophie. Donc à la fin de ma carrière, j’ai essayé de prendre du recul, je me suis entretenu physiquement en faisant des matches de gala ou avec le VCF, je discutais, je faisais des rencontres… Par exemple, devenir consultant, c’est une reconversion que je dois à Karl Olive, aujourd’hui maire de Poissy. Il y a quelques années, il travaillait à Canal + ainsi que pour le Variétés Club de France, et il m’a demandé si ça m’intéresserait de devenir consultant de télévision. Je lui ai dit que je n’y connaissais rien, mais il m’a rassuré en me disant de seulement rester comme j’étais, et d’apporter mes connaissances sur le football africain. Et j’ai donc pu commenter la Coupe du monde en Afrique du Sud en 2010 : c’était compliqué ! Par la suite, j’ai pris l’habitude, et ça s’est enchaîné. Donc j’ai appris à être de l’autre côté, et c’est une richesse de voir les choses différemment et de pouvoir partager. Ce qui est difficile, c’est de rester impartial, de ne pas prendre parti : ça ce n’est pas évident.


« Enfant, j’étais plutôt porté sur la danse »

 

Alors, revenons à des événements plus anciens : tu es né à Mbandaka. As-tu des souvenirs de ton enfance ?

Je suis né à à Mbandaka, en République Démocratique du Congo, qui est ensuite devenu le Zaïre, et qui s’appelle à nouveau République Démocratique du Congo. C’est un village de pêcheurs, au bord du fleuve, je n’en ai que de vagues souvenirs : les enfants s’amusent, vont en forêt, les parents vont pêcher. On essaie de s’occuper comme on peut. Mais le centre-ville, je ne connaissais pas. J’ai été élevé dans ce village par mon grand-père. Mon père était à la capitale avec ma grande sœur et mes deux frères, à Kinshasa. Je n’ai pas connu de suite ma mère. Moi j’étais le dernier, et ils vivaient tous à la capitale, y a que moi qui étais villageois.

Le Zaïre a joué la coupe du monde 1974… Tu étais encore là-bas à ce moment-là ?

Quand le Zaïre a joué, honnêtement, je ne connaissais rien et je ne suivais rien au football. N’étant pas du centre-ville, on n’avait pas l’électricité, donc je vivais ça comme un gamin du village ! J’ai seulement rejoint la capitale après quelques années : j’y ai vécu deux mois, avant de rejoindre mon Papa ici en France. Mon père a commencé ses études de docteur à Kinshasa, et il les a terminées en France. Après avoir obtenu son doctorat, il a fait venir tout le monde en France. Donc la coupe du monde en 1974… j’en ai entendu parler, mais je ne l’ai pas vécue. J’étais un campagnard et ce n’était pas donné à tout le monde à l’époque d’avoir la télé. La plupart des gens suivaient ça par radio, et à l’âge que j’avais, je n’étais pas encore attiré par ça.

Est-ce que tu peux raconter comment tu en es venu au foot ? Tu viens de dire que ça t’étais venu « par amusement ».

Oui, « par amusement », c’est ça ! J’ai commencé le foot en arrivant en France, à l’âge de 7-8 ans, à Grigny. En Afrique, je ne jouais pas, et moi j’étais plutôt porté sur la danse. À vrai dire, il n’y avait aucune place pour le football durant ma petite enfance. Quand je suis arrivé en France pour rejoindre mon père, je me suis lié d’amitié avec des gens qui jouaient au foot. Au départ je les regardais jouer… Puis j’ai commencé à jouer avec eux. J’ai ensuite fait 2 ou 3 entraînements, et l’entraîneur qui était là se demandait : « mais lui, il a déjà joué au foot, non ? Il a les aptitudes, il a tout ce qu’il faut ». Peut-être que je voyais vite le jeu, je savais comment me libérer, je me déplaçais facilement, et ils m’ont proposé de les rejoindre en club. Je leur ai dit que c’était impossible car mon père, médecin généraliste, intellectuel, ne voyait pas le foot d’un bon œil. Pour lui, il n’y avait que les études intellectuelles ! Le club de Grigny m’a fourni des équipements et j’ai joué en cachette, mes parents ne savaient pas !


Le centre de formation de Rouen


On imagine que le secret n’a pas tenu très longtemps !

Ça a duré un an ! Et quand mes parents ont su, j’en ai pris pour mon grade, je m’en rappelle encore ! Mais j’ai continué, toujours en cachette. Après Grigny, je suis allé à Melun. Et là, je dispute un tournoi, où il y avait de gros clubs. Enfin, c’est ce qu’on m’avait dit, car moi je ne suivais vraiment pas le football. On affronte la réserve de Rouen on réussit l’exploit de la battre. C’est là que les dirigeants du FC Rouen m’ont abordé. Ils m’ont accompagné jusque chez moi… et là, mon Papa, qui me voit débarquer avec un grand bonhomme, pensait que j’avais fait une bêtise et a dit qu’il ne me connaissait pas ! Après avoir levé les malentendus, le dirigeant a présenté un projet pour moi. Mon père a dit qu’il fallait que je pense d’abord à mes études. Le dirigeant lui a dit qu’il y avait de quoi suivre des études au centre de formation, puis a expliqué qu’il y avait une détection deux semaines après. Il m’a pris un billet de train, sans que mon père ne le sache, et donc 2 semaines après je suis allé faire ces détections à Rouen. À l’issue des différentes épreuves, je suis sorti deuxième ou troisième. Il y avait Christophe Horlaville, Yann Soloy, David Giguel… tous les gars avec qui je suis entré au centre par la suite. Et voilà comment l’aventure a commencé.

Tu as donc d’abord intégré le centre de formation de Rouen.

Quand je suis arrivé en tant que jeune, je suis entré au centre, j’y ai fait toutes mes classes, ça a été assez vite. C’était un grand changement car jusque là, j’étais entouré de mes amis, et là on est enfermés dans un centre, il n’y a que du football. J’avais un entraîneur, Daniel Zorzetto, qui a tout fait pour moi, car j’ai eu des hauts et des bas, notamment des moments de nostalgie : il m’a formé. Quand ça n’allait pas, j’allais chez lui, j’étais très proche de sa famille. Je l’ai d’abord eu comme formateur au centre puis comme entraîneur en deuxième division. Je n’envisageais pas de devenir professionnel dans un premier temps. Mais je me suis accroché et j’ai commencé à m’entraîner avec les pros à 17 ans.

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Le FC Rouen 1989-1990

L’équipe de Rouen était très ambitieuse à cette époque.

Durant mes années à Rouen, on a toujours fini dans la première partie de tableau. Et par deux fois, on est passés très près de la montée. À l’époque, il y avait deux groupes en D2, groupe A et groupe B. En 1990, on a joué le barrage de montée mais on a perdu contre Strasbourg. Et lors de la saison 1992-1993, on joue de nouveau le barrage de montée, contre Cannes, et on perd. En fait, lors de cette saison, on a joué contre l’OM en coupe de France, et ce match a laissé beaucoup de traces dans le club.

C’est-à-dire ?

On a été en tête du championnat, très longtemps. Et en coupe, on avait sorti deux clubs pros, dont Lille ! On tournait très très bien, on avait une bonne équipe, très solide. Quand on rencontre Marseille, on avait encore 6-7 points d’avance en championnat, on se voyait déjà arrivés. C’était la grosse équipe de Marseille, future championne d’Europe, un grand événement pour Rouen, le match était retransmis sur TF1. Et là… On perd quelques joueurs, dont nos deux gardiens, blessés. Quelques minutes avant la prolongation, l’arbitre siffle un pénalty pour Marseille, pour une faute contestable, hors de la surface de réparation. On est éliminés. On avait tout donné et après, on a loupé la montée.

Image de prévisualisation YouTube Roger en gros plan, notamment à 2’05. L’ancienne ministre des sports, Valérie Fourneyron, est revenue sur ce match en 2013 dans So Foot.

J’ai encore fait une saison derrière à Rouen, car les ambitions restaient les mêmes, et la philosophie du club consistait à repérer et à engager des pépites de l’agglomération rouennaise, il y en avait tellement ! Mais la saison 1993-1994 s’est mal passée sportivement, comme si l’élan avait été coupé par le match contre Marseille. De nouveaux dirigeants sont arrivés, tout a été chamboulé, et c’est là que j’ai constaté que le langage d’auparavant n’était pas respecté. J’aurais aimé avoir tort, mais les faits m’ont donné raison puisque c’est parti en cacahuète avec un dépôt de bilan en 1995.

http://www.dailymotion.com/video/x43e33

On a rencontré Joël Dolignon, qui nous en a parlé.

Les dirigeants voyaient grand, certes… Pas mal de gens sont venus avec de grandes ambitions, mais ils se sont cassés la gueule. Désormais, c’est un club qui revit sainement, grâce à des personnes comme Arnaud Marguerite et David Giguel. Ils connaissent le club, son environnement, et les choses vont tout doucement mais sereinement. Là, ils sont premiers en National 3 et j’espère qu’ils vont remonter. Au mois de mai, c’est l’anniversaire du club, je m’y rendrai !


« Pierre Mankowski me voulait à Lille »

 

Est-ce que les premiers contacts avec Lille remontent à la confrontation en coupe lors de la saison 1992-1993 ?

Après le match contre Marseille, il y a eu quelques sollicitations de clubs de D1, mais je ne me rappelle pas que le LOSC ait été là de suite. C’est surtout durant la saison suivante que le LOSC est venu. Quatre clubs se sont montrés intéressés par mon profil : Lille, Lens, Le Havre et Caen. Moi, sincèrement, j’avais rencontré les dirigeants de Caen, et je voulais rester aux alentours de Rouen. Caen, j’aimais bien, j’y passais souvent des vacances. Au dernier moment, j’apprends que l’entraîneur de Lille, Pierre Mankowski, me veut absolument. Il a réussi à passer par la personne avec qui j’étais à l’époque, et ils ont mis l’option. Lors du dernier match, des dirigeants du LOSC sont venus à Rouen, l’agent avec qui j’étais a eu les mots qu’il fallait… Et ma petite amie était originaire de Valenciennes, elle voulait retourner dans le Nord, c’est comme ça que je suis venu à Lille, que je ne connaissais pas. J’ai signé dans un premier temps pour 4 ans.

Donc tu viens grâce à Pierre Mankowski que tu n’as même pas eu comme entraîneur à Lille, et qui est parti à Caen !

(Rires) Voilà, c’est ça qui est encore plus top ! Je donne mon accord pour Lille, je signe. Mankowski m’apprend lui-même par téléphone deux semaines après qu’il part à Caen, et répète qu’il me voulait absolument. Mais c’était signé avec le LOSC ! Et moi, dans mon cœur, c’est à Caen que je voulais aller, sans savoir que Mankowski y irait ! Mais ça ne s’est pas fait comme ça, et j’ai donc eu Jeannot Fernandez comme coach.

Tu as eu peur à ce moment-là que le club ou l’entraîneur ne te fassent pas confiance ?

Non, peur, non. J’avais l’excitation de découvrir. J’allais à Lille avant tout pour travailler. Je venais de deuxième division, un championnat réputé plus physique, plus rude, plus dur. Mais en première division, je savais qu’on valorisait d’autres aspects, comme l’anticipation ; il y avait des secteurs où il fallait garder le ballon et, à partir du milieu de terrain, c’est là qu’il fallait accélérer, donc il fallait être juste dans ce que tu faisais. Mais en même temps, je voulais tenter l’opportunité de me faire ma place. Je ne partais pas comme titulaire, j’étais déjà content d’être dans un club de première division, et puis je venais sans pression car on ne m’attendait pas ! Moi je venais de D2, y avait déjà des joueurs en place comme Jakob Friis-Hansen… J’étais là pour apprendre, mais s’il y avait la possibilité de jouer dès la première année, et ben pourquoi pas !

Tu as déjà indirectement un lien avec le LOSC, puisque ton frère est passé par le centre de formation ici !

Oui, mon grand frère Jean-Pierre Hitoto a fréquenté le centre avec Pascal Guion, Jean-Pierre Lauricella, Joël Henry. Je suis allé 2-3 fois lui rendre visite au centre, à une époque où le football ne m’intéressait pas encore. Mon frère était un surdoué du football, c’était inné chez lui, alors que moi j’y suis arrivé par le travail. Mais pour canaliser mon frère, c’était un gros problème. Il avait de gros problèmes de discipline, ses fréquentations n’était pas les meilleures… Quand on intègre un centre de formation, il y a une discipline à respecter, et Jean-Pierre ne l’avait pas. Charly Samoy l’aimait beaucoup mais à force, il a craqué ! Au bout de 3 avertissements, il a été viré du centre. Et de là, il est parti à Viry-Châtillon, en 3e division. Ensuite, il est allé dans des clubs amateurs. Il avait le potentiel sur le terrain pour aller plus loin que ça. Mais il y a certains sacrifices qu’il faut faire.. et qu’il n’a pas faits.

En arrivant à Lille, tu as également retrouvé Oumar Dieng, juste avant qu’il ne parte au PSG. On a retrouvé un article dans lequel tu dis : « on se retrouvait souvent l’été lors des traditionnels matches qui rassemblaient tous les blacks de France ». C’est quoi ça ?

(Rires) En fait, c’est l’équipe des Black Stars. Tu vois les 5 étoiles sur le logo ? Elles représentent les 5 continents. Tu peux venir de n’importe quel pays pour y jouer. Donc là y avait tous les géants du foot africain : Weah, Lama, Roger Boli, Joël Tiéhi… On faisait des matches de gala pendant les vacances, d’habitude c’était en décembre dans la période où on a 4-5 jours, dans des pays d’Afrique. Ce sont souvent des gouvernements qui nous invitaient. À l’époque, pour y entrer, il fallait être international ou jouer en Premier division, mais pas en deuxième division. J’étais le seul qui jouait en deuxième division ! Donc on faisait des matches de gala et les stades étaient toujours pleins. On a dû faire quelques matches ici en Europe quand même, mais les matches les prestigieux avaient lieu en Afrique. Donner cette ferveur aux jeunes, qui voyaient la plupart de ces joueurs à la télé, le jour où ils venaient jouer dans leur pays au stade… c’était un grand événement. On amenait pas mal de choses, on visitait des hôpitaux… Et on reversait l’argent qu’on récoltait à des associations. Donc on donnait du plaisir de cette façon là.


« L’ambiance du derby… »

 

OK ! Donc pour revenir à Lille : en 1994, tu es la première recrue à l’entraînement le jour de la reprise, car Christian Pérez, qui a signé aussi, n’arrive que le lendemain. Tu es accueilli comment dans le club ?

Ah, très bien ! Mais moi j’étais timide, j’étais quelqu’un d’un peu réservé, et quand j’arrive je dis « bonjour Monsieur, bonjour ceci… », ben oui ! Finies les habitudes de Rouen, tout était nouveau. Donc j’arrive, et j’écoutais tout ce qu’on me disait. J’apprenais ! Je suis nouveau donc on me dit : « tu dois être là », oui OK ! ; « tu dois faire ça », oui OK ! J’observais, j’avais envie d’apprendre, j’avais cette soif de conquérir mes coéquipiers d’abord, qu’ils aient confiance en moi, après le reste viendrait.

Hitoto5Juin 1994, premier jour d’entraînement avec le LOSC


Et donc tu arrives pendant les matches amicaux à convaincre Fernandez de te titulariser, parce que le premier match de championnat, tu es titulaire… Tu te rappelles où c’était ?

À Lens…

Il y avait quelle atmosphère ?

On a vite entendu parler de ce match, d’abord parce que c’était la reprise, mais aussi parce que c’était le derby. Chez moi, j’avais connu Rouen/Le Havre, mais c’était… rien à voir. À une semaine du match, les supporters nous parlaient, je n’avais jamais vécu ça. Trois jours avant, le mercredi, j’ai commencé à appréhender. Je ne dormais déjà pas bien, et je voyais ce derby approcher… Je commence à me poser des questions, mais il ne faut pas faire ça ! Non ! C’était di-ffi-cile ! Non mais je ne croyais pas que c’était comme ça ! On arrive à Lens, les supporters étaient chauds. Et quand j’entre dans le stade, gros coup de pression qui commence à monter… Je dis « mamma mia, ça va être quelque chose ». En plus, Lens à l’époque était très bon, y avait mon pote Roger Boli, ils avaient une équipe qui allait à 100 à l’heure, c’étaient les mêmes gars qui étaient remontés 3 ans avant et ils se connaissaient les yeux fermés, et ça poussait comme pas possible dans les tribunes.

Hitoto6Premier Onze de la saison 1994-1995, avec une ouverture du championnat au stade Bollaert à Lens


Et ce match-là s’est bien passé !

Oui oui ! Comme disait Fernandez, je me rappelle : il ne fallait pas perdre ce match. Il ne fallait pas perdre ! Match nul, tout ce que vous voulez, mais on doit rentrer chez nous sans avoir perdu. Et le schéma qu’il a mis en place était défensif. Il ne voulait pas que les milieux de terrain montent trop. Comme j’aimais bien aller de l’avant, il m’a dit « tu prends ton joueur et tu restes là. Tu prends, tu donnes, tu prends, tu donnes ». Il jouait beaucoup la prudence, et ça lui a donné raison, puisque ce match là a bien tourné. On est restés bien solides et on ne repart pas bredouille, donc ça c’était un point positif.

Et le deuxième match de la saison, il est aussi mémorable pour toi !

Le premier but contre Strasbourg, du gauche (Rires) Oh, purée !

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À Lens, avec Antoine Sibierski, Clément Garcia, Philippe Levenard et Eric Assadourian,
29 juillet 1994


« Jean Fernandez, un passionné »

 

Et dans l’ensemble, Lille a été plutôt solide toute la saison. 1-0, c’était le score favori cette saison là. Comment ça se fait que l’équipe gagnait autant 1-0, c’était quoi le schéma de jeu ?

En ayant Jeannot comme entraîneur… Il était un milieu défensif, c’était déjà quelqu’un qui aimait travailler, de façon très disciplinée. Il avait mis un bloc, avec en plus 2 ou 3 joueurs qui avaient la liberté de faire ce qu’ils voulaient devant. Mais il fallait d’abord des travailleurs derrière pour les libérer. Et nous, au milieu de terrain, c’était très limité au niveau du jeu offensif, on pouvait rarement apporter un plus. Donc OK, on fermait, on pouvait sortir avec un match nul et parfois il y a une occasion qu’on arrivait à mettre au fond, mais lui son schéma, c’était la prudence, il ne fallait pas prendre de but. Si on ne gagne pas, on ne perd pas. On repart avec 1-0, ça suffit.

On prend du plaisir quand on est joueur dans ce genre de schéma ?

C’est vrai qu’à un moment, c’est un peu embêtant, parce qu’il y a des situations où tu sais que tu peux apporter davantage, mais le coach t’a demandé de rester à ta place. Mais Jean Fernandez arrivait à faire passer un message avec rigueur. Il était un passionné : c’était extraordinaire, il n’y a plus des comme ça : des entraîneurs qui arrivent à donner, à te transcender, à te pousser, sans pour autant que tu te bloques. Il a réussi à inculquer quelque chose. Cet entraîneur, c’était un battant, il ne lâchait pas, et il a réussi à transmettre ça. C’était sa façon d’être et j’étais proche de lui. Donc c’était le coach, avec ses hommes.

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À Sochaux en août 1994, avec Thierry Bonalair, Henrik Lykke et Arnaud Duncker


Cette année-là, à Grimonprez presque tous les gros sont tombés : Paris, Monaco…

Parce qu’on avait une âme et on se battait. Et puis dans l’équipe, il y avait des aînés qui à chaque ligne assuraient un rôle de leader. Derrière, c’était Nadon, au milieu c’était Friis-Hansen et Bonalair, et devant c’était Assad. C’est important dans un groupe d’avoir des aînés, et cette saison là, quand les aînés parlaient, on se taisait. Quand Nadon parlait, on se taisait. Quand on faisait les efforts, les autres suivaient. Que ce soit au milieu ou derrière, chacun devait se battre pour ceux qui avaient la liberté devant, pour les mettre dans les meilleures conditions. Donc il fallait ne pas prendre de but, et essayer de les trouver. Il y a des jours, ça passait, on trouvait la faille, et quand on n’y arrivait pas, il fallait au moins repartir avec un point.

Et toi plus particulièrement, cette première année, tu étais souvent au milieu avec Friis-Hansen et Arnaud Duncker, c’est bien ça ?

Oui j’étais souvent avec Jakob. Après ça a pas mal tourné, Philippe Levénard est venu ensuite. On n’avait pas réellement un milieu type. Je me rappelle même avoir joué latéral ou stoppeur lors de certains matches. Ça dépendait du ressenti ou du besoin que Fernandez avait.

En 1995-1996, tu as davantage joué, 32 matches. Cette saison a très mal démarré. Il a fallu attendre la 10e journée pour signer une première victoire, Fernandez a été viré, Cavalli est devenu n°1… Tu te rappelles ce début de saison ?

Oui… C’est parfois difficile de comprendre pourquoi la mayonnaise n’a pas pris. Déjà, lors des matches amicaux, on avait des difficultés, c’était déjà mauvais signe. Il n’y a pas de vérité, tu peux louper les amicaux et bien rebondir en championnat, mais là on est restés dans cette continuité ça a été très compliqué, et on vivait ça mal. Est-ce qu’il y avait trop de leaders ? Est-ce qu’il y a des messages qui ne passaient pas auprès des joueurs charismatiques qu’il y avait des cette équipe-là ? Je ne sais pas. Après on nous a mis devant nos responsabilités, c’est nous qui sommes sur le terrain. Pour moi, on ne faisait pas tous les efforts en même temps. J’avais l’impression que le message ne passait plus. Ça s’est arrêté à un moment, sincèrement ça ne passait plus. Le vestiaire vivait très mal cette situation.

Jean Fernandez expliquait qu’il avait misé sur l’expérience lors de cette intersaison, car il fait venir des « vieux » : Rabat, Périlleux, Simba…

Si on revient en arrière, regardons : la première année avec Jeannot, il n’y avait pas tant de joueurs expérimentés que ça, mais ils étaient là depuis longtemps. Et la deuxième année, il a dû se dire « maintenant on met des joueurs qui ont un vécu ». Tu prends des joueurs qui ont un vécu, mais si ton football est trop défensif… à un moment donné, il y en a sur le banc qui disent « mais on ne touche pas assez de ballons ! », les joueurs commencent à râler ! Nous on était jeunes, on se taisait, mais quand tu as des Simba, Friis-Hansen, Périlleux, ils ont envie de jouer au ballon ! Et Jeannot avait peut-être trop tendance à miser sur le physique, le physique, le physique. À un moment donné, quand ils ne voyaient pas le ballon, les anciens se sont dits « ben on joue pas ».

Hitoto9Août 1995 contre le FC Nantes de Reynald Pedros


Et ça a changé quand Cavalli est arrivé n°1 ?

Alors Cavalli était jusque là n°2 et, à cette position, tu vois à peu près ce qu’il se passe dans le groupe. Même si Fernandez est ton collègue, et même plus que ça car je me rappelle quand ils se sont présentés à mon arrivée, ils se disaient amis et très proches, tu vois que ça ne marche plus. Donc il parlait beaucoup avec les joueurs quand il était n°2, surtout avec les joueurs expérimentés. Quand il a su qu’il allait reprendre l’équipe, je me souviens avoir reçu un coup de fil : ça m’a étonné qu’il m’ait appelé mais ça m’a fait plaisir. Il a appelé certains cadors et il a vu certains joueurs, parmi les anciens. Je lui ai dit que j’étais lillois, qu’on était là pour tout donner, qu’on vivait mal cette situation ! Je crois qu’il avait besoin de s’assurer de ma loyauté. Et il m’a donné une confiance inouïe en milieu de terrain. Il s’est appuyé donc sur certains joueurs, il a mis sa patte, petit à petit et les résultats sont arrivés, on a réussi à s’en sortir.

C’était chaud cette saison-là ! Heureusement, il y a cette victoire inattendue à Paris en fin de saison…

Le but de Patrick Collot ! Oh, Bernard… Je l’ai tellement charrié. Je lui ai dit « t’as pas voulu qu’on descende, hein ? ». Il était mal ! Il me dit « arrête, arrête, c’est bon… ».

Hitoto10Avril 1996 après la miraculeuse victoire du LOSC au Parc des Princes


« Avec ma blessure, j’ai tout pris sur la tête »

 

Et la saison suivante en 1996/1997, c’est tout l’inverse. Un super début de saison et une fin calamiteuse. Mais le LOSC était 4e en novembre, c’était incroyable.

Cavalli avait créé une équipe pour jouer. On a tous pris plaisir en début de saison. Au milieu, on a fait un boulot de fou : il fallait libérer les espaces pour Banjac, qui trouvait Becanovic très facilement. Les automatismes étaient là.


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Août 1996 face au FC Metz de Robert Pirès

Et malheureusement, tu as vécu la fin de saison en spectateur.

En décembre, notre dernier match avant la trêve, c’était à Nice, un vendredi. On fait 1-1, je marque. Et c’est là que j’ai tout pris sur la tête. Deux jours après, je prends l’avion pour aller en sélection et jouer contre le Congo-Braza. Arrivé en sélection, je me brise la jambe. C’est là que mon ami… comment il s’appelle déjà ?

Cavalli ?

Jean-Michel Cavalli s’éclate en disant que si l’équipe en est là, c’est de ma faute, parce que j’étais parti en sélection. Et… j’ai très mal vécu ça. Lui, il avait déjà son équipe-type, tout allait bien, des automatismes étaient en place. Et désormais, il manquait une pièce. C’est là que l’équipe n’a plus tourné, à la reprise en janvier. Quand il a fait cette déclaration… je l’ai toujours en travers de la gorge. Il dit que les contre-performances de l’équipe étaient de ma faute car j’étais parti en sélection. Pour lui, tout venait de là !

Il t’a tout mis sur le dos.

C’était très compliqué parce que moi, de l’autre côté, on me dit qu’il n’est pas sûr que je remarche ou que je recoure. On me présente les choses en me disant que si je remarche, j’ai de la chance. Donc rejouer, c’était impensable. En fait, dans ma tête, c’était fini : j’avais oublié le foot. J’ai fait mon deuil. Et alors quand j’ai vu ce que Jean-Michel avait dit… je me suis complètement détaché. Je regardais désormais ça de loin. Là, dans ma tête, ma préoccupation c’était « sur quoi je vais bien pouvoir rebondir dans ma vie ? ». Et puis je ne l’ai plus jamais eu au téléphone. C’est aussi dans ces moments-là que tu apprends et que tu grandis. Quand tu es valide, il y a du monde hein… mais quand tu es out, même s’il me restait 1 ou 2 ans de contrat, tu es complètement à part. Voilà. Donc ce qu’il s’est passé sur le terrain en cette fin de saison, j’avoue que j’ai zappé. C’est là qu’on est descendus ?

Oui.

J’ai pas suivi, sincèrement. J’étais complètement à l’écart.

Hitoto12Jamais rassasié, il tacle même ses coéquipiers


Au-delà de l’entraîneur qui te laisse tomber, comment se comporte le club envers un joueur blessé comme toi, sur une longue durée ? Tu as quand même un suivi médical du LOSC ?

J’étais d’abord à Saint-Jean-de-Monts en Vendée, je suis resté là-bas plus longtemps que prévu parce que ça ne se remettait pas. Et après, oui, j’étais en lien avec les médecins du club, mais je me sentais un peu étranger. Je ne fréquentais que la salle où il y avait le kiné. Le club vivait déjà un moment difficile, je ne voulais pas faire pleurer sur mon sort mais encore une fois, je me demandais si je pourrais remarcher. Déjà, marcher c’était important. Jouer, dans ma tête, ce n’était plus possible. Remarcher correctement, ça a pris plus de temps que prévu. Je venais quand il n’y avait personne. Quand je savais que le stade était vide, je venais aux séances, ou je venais les jours où il n’y avait pas d’entraînement… J’étais mal à l’aise.

Tu as l’impression d’avoir été arrêté à un moment-clé de ta carrière ?

Oui, clairement. J’ai l’impression parfois de ne pas être allé au bout de ce que j’étais capable de démontrer. En fait, entre le match à Nice et le moment où je prends l’avion pour rejoindre la sélection, j’ai vu Jean Tigana, qui entraînait Monaco. On s’était mis d’accord sur un contrat de 4 ans. Qu’est-ce qui se serait passé…?

 

« Je n’ai pas oublié l’hommage du public lillois »

 

Le LOSC descend en D2. Quand le nouvel entraîneur, Thierry Froger, arrive, tu es sur le flanc. Dans ce cas-là, est-ce qu’il t’informe de ce qu’il compte faire avec toi ?

Il est en effet arrivé quand j’étais en convalescence. Froger est venu avec ses idées, et avec ses hommes du Mans : il a fait venir Bob Senoussi et Laurent Peyrelade, des hommes sur qui il voulait s’appuyer, ce qui est tout à fait normal. Tu viens d’arriver, tu prends des joueurs valides ! Moi j’étais encore sur le côté, je revenais tranquillement, heureux de voir que je pouvais courir, mais je n’étais pas pressé : j’étais déjà aux anges. Donc je suis devenu supporter ! Je poussais les gars, pour faire remonter cette équipe, et donc Froger ne comptait pas sur moi au départ, je devais faire mes preuves.

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En l’occurrence, tu les as faites, puisque tu as joué souvent avec Froger. Tu étais souvent aligné avec Bob Senoussi. Vous donniez souvent l’impression d’avoir le même profil.

Froger voulait qu’on reste là comme ça (il fait un signe « sur la même ligne ») Si Bob va là (devant), je viens secourir (derrière). Si moi je vais là (devant), Bob passe derrière. Il voulait qu’on occupe le milieu de terrain, et les autres avaient une liberté totale. On devait rester l’un à côté de l’autre, et si l’un décroche, l’autre se positionne au milieu du milieu. Il ne voulait pas que le milieu offensif adverse puisse revenir. Donc il y avait ce milieu de terrain à 2, avec un travail très physique pour nous 2.

Tu as retrouvé les terrains en novembre, contre Nice. Tu te rappelles ton entrée en jeu, très applaudie ?

Ah… Sincèrement, j’étais bluffé. Je savais pas que le public allait me rendre cet hommage. Ça je n’ai pas oublié. J’ai joué avec les larmes aux yeux ce jour-là. Je ne m’y attendais pas. J’étais déjà content d’être là. J’avais déjà eu ma victoire : être là sur le terrain. J’étais un peu perdu.

Hitoto14Le retour de Roger Hitoto contre Nice : l’image en haut ; le son ci-dessous, avec la voix d’Olivier Hamoir sur Fréquence Nord :

http://droguebierecomplotlosc.unblog.fr/files/2019/03/entree-hitoto.mp3

Quelques minutes après, Roger est à deux doigts de marquer :

http://droguebierecomplotlosc.unblog.fr/files/2019/03/frappe-hitoto.mp3


« La fin de saison 1997-1998, c’est presque une erreur professionnelle »

 

Est-ce que tu as une explication sur la fin de saison, où l’équipe s’écroule ? Sur les 30 premières journées, Lille n’a perdu que 4 fois. Puis 7 fois sur les 12 dernières.

Sincèrement, je ne sais pas. Honnêtement, je voudrais bien te répondre. Je n’ai pas la langue de bois ! Mais franchement… Je me rappelle que certains disaient qu’on choisissait nos matches. Ben non ! Contre des petites écuries, peut-être qu’on prenait les matches à la légère. Ce qui est certain, c’est qu’on aurait dû faire différemment, car c’est presque une erreur professionnelle. Mais je n’ai pas de mots.

Thierry Froger était très contesté par le public. Qu’en était-il dans le groupe ?

On ne partageait pas grand chose. Thierry Froger ne parlait pas, et prenait des décisions sans les expliquer. Donc à partir de là, on ne cherche même plus à comprendre. On est des hommes, je pense que le plus important, ce n’est pas nous, c’est le club et le meilleur moyen de le faire fonctionner. Je ne fonctionne pas avec des états d’âme, mais j’aime la droiture : quand tu es droit, quand tu es franc, tu peux prendre des décisions qui seront respectées. Par principe, on a du respect envers un coach. Mais ne sois pas sournois, apprends à t’exprimer… Si tu parles clairement, entre hommes, à partir de là, oui, y a pas de souci. Mais on ne savait jamais ce qu’il avait en tête, le lendemain ça changeait…

Et sur la saison suivante, ta dernière à Lille, le début de saison n’est pas bon non plus. Il y avait quelle ambiance ?

Le groupe avait éclaté, parce que certains joueurs trouvaient que Froger donnait la priorité aux joueurs qu’il avait fait venir. Il n’y avait pas de vraie concurrence et, dans le vestiaire, on vivait ça très mal. Certains ne « méritaient » pas d’être là, mais il les faisait quand même jouer car il les connaissait mieux. Certains gars du vestiaire l’ont lâché. On s’est dits « il est pas honnête dans tout ce qu’il est en train de faire ». Et je me rappelle un jour à l’entraînement, un supporter l’a frappé. Quand il y a eu cet incident, il n’a rien dit, il est parti. Et entre joueurs, on se disait « mais il aurait dû au moins se défendre ! ». En fait, il a réagi comme avec nous : alors que ça n’allait pas, il ne disait rien. Récemment, il est parti entraîner chez moi, dans mon pays, au Mazembé. On m’a demandé mon avis, et j’ai dit qu’il n’était pas fait pour l’Afrique.


« Bernard Lecomte, un grand président »

 

Tu vois ensuite débarquer Vahid Halilhodzic. Tu gardes quel souvenir de cet homme ?

Forte personnalité, avec beaucoup d’idées en tête. Il voulait surtout ouvrir une nouvelle ère, parce qu’on était quelques-uns à avoir vécu des choses pas marrantes avec le club, la descente, la montée ratée… Mais lui et moi, ça a pas collé. Faut être clair dans la vie, lui et moi ça a pas collé du tout ! Il y a eu des tensions entre lui et moi, on s’est vraiment pris la tête. Bon, c’était lui le patron… Donc je me suis rapproché de Pierre Dréossi : il me restait encore 2 ans de contrat, il fallait casser le contrat. À mon âge, je ne voulais plus me prendre la tête avec quelqu’un qui arrive avec des idées.

Hitoto15Face à futur Dogue, Ted Agasson


Tu avais l’impression de quitter une équipe qui irait loin ? Que les bases étaient bonnes ?

Quand il est arrivé, il savait qu’il y avait beaucoup de choses à faire. Il avait des idées, et le club, avec Bernard Lecomte et Pierre Dréossi, lui a donné les moyens de les réaliser. Parce que tu peux arriver avec des idées, si tu ne peux pas les appliquer… Là, on lui a donné le pouvoir. À partir de là il a pu faire un bon boulot et ça a permis de rehausser l’image du LOSC, c’était magnifique. Je suis resté supporter du LOSC. C’est marrant parce qu’on se voit de temps en temps au Variétés, mais on ne parle pas de cette époque (rires) !

Ça a été instable au niveau des entraîneurs, mais le président est resté le même : quel souvenir tu gardes de Bernard Lecomte ?

Magnifique. Pour le décrire, je dirais que c’était quelqu’un qui était très à l’écoute, avec beaucoup de sagesse et de recul. J’ai eu quelques tracas, et lui a toujours été là, a cherché des solutions pour m’aider, et aider pas mal de joueurs. Un grand président, qui avait Lille et le LOSC dans le cœur. Avoir un président comme ça aussi passionné et juste… C’est très rare.

Hitoto16Beaucoup ont tenté d’imiter le style capillaire de Roger Hitoto, la plupart ont lamentablement échoué. Ici, Bruno Cheyrou.


« J’ai peu à peu perdu l’envie »

 

Tu quittes Lille, et là on perd un peu ta trace… Tu pars en Chine ?

Quand j’ai quitté Lille, Beauvais s’est de suite manifesté. Mais je n’avais plus trop la tête au football. J’ai pris le temps, pendant un mois. Et puis un des agents que je connaissais m’a dit qu’en Chine, on me voulait à tout prix, et on m’a fait une proposition. Cet agent me dit : « ils veulent que tu ailles faire une détection de 4-5 jours ». J’arrive là-bas, il y avait de grands joueurs internationaux, qui ont fait des coupes du monde : Valderama était là ! La Chine à l’époque, c’était nouveau au niveau football. Et arrivé sur le terrain, je vois des gens qui courent, je demande « mais ils font quoi ? » ; et on me répond : « tous les clubs attendent ». Voilà comment ça se passait : il fallait d’abord faire un test de Cooper. Les clubs sont là sur le côté, et ils s’en foutent de ton nom : celui qui court le plus longtemps au test de Cooper a le meilleur contrat ! Je dis « Mais qu’est-ce que c’est que ça ? ». Et je te promets : celui qui fait le plus de tours, ils vont tous se battre pour le prendre ! On est comme des chevaux. Mais comment tu peux demander à un joueur comme Valderama de faire le Cooper ? Lui il s’est barré (rires) !

Tu as joué le jeu ?

Oui, j’avais fait un bon truc. 3 clubs se sont manifestés, et après je me mets d’accord avec l’un d’eux, et on m’annonce qu’on doit partir « dans un camp ». Je demande si je peux retourner dans mon hôtel, on me dit « non, on part au camp ». Bon.. On est allés au camp, on a fait des tests là-bas et on y dormait, pas moyen de retourner à l’hôtel, et le stage devait durer 10 jours. Attends, 10 jours ici ? Y a rien ! C’est un ancien camp de… je ne veux même pas savoir. Il paraît qu’ils ont l’habitude. Au bout de 3 ou 4 jours, j’ai craqué, j’ai dit « non, pardon… je ne peux plus ». J’avais plus cette envie-là, de batailler… Non, stop, je suis rentré.

Donc tu n’as pas joué en Chine.

Je n’ai fait que des matches amicaux. En 4 jours au camp, on a fait 2-3 matches. Ils voulaient que je reste, mais je n’avais plus cette mentalité à vouloir me battre.

Et après alors… Qatar ?

Je suis allé au Qatar, où je suis resté un mois et demi, 2 mois. Et après j’ai fait Dubaï, et ça s’est passé de la même manière.

Tu n’avais plus envie ?

Non. Là-bas aussi, quand je suis arrivé, j’ai commencé le stage, mais on n’a fait que des matches amicaux ! Énormément de matches amicaux, et tous les jours, de nouveaux joueurs arrivaient. À l’époque, seuls deux joueurs étrangers pouvaient jouer le match. Donc tu pouvais en avoir autant que tu voulais dans ton effectif, mais seulement deux jouaient. Pfff ! À Dubaï, il y avait un prince qui avait sa petite ville, le désert tout autour. Et un peu plus loin, un autre prince, désert tout autour. Une vie comme ça… Honnêtement, je n’avais plus le moral ou l’envie de faire des efforts. Donc j’ai voyagé, je suis resté 1 mois, 1 mois et demi, j’ai joué des matches amicaux et puis je suis rentré.

Et tu es revenu à Rouen.

J’ai d’abord pris quelques mois au cours desquels j’ai voulu zapper avec tout ça, et j’ai repris avec les matches de gala avec les Black Stars, que George Weah avait repris en main. Là, c’était ici en France. Je ne m’entrainais plus, je ne fais que ces matches-là. Et on vient jouer un week-end près de Rouen, on a fait un big match. Les dirigeants du FC Rouen, le président et l’entraîneur, m’ont approché en présentant leur projet : c’était en 2001, le club était en CFA et voulait remonter en National. Je me suis entretenu 40 minutes avec eux, je les ai écoutés, et j’ai dit : « OK, je suis rouennais, et c’est l’équipe qui m’a permis d’évoluer en tant que pro, donc c’est avec un grand plaisir. Mais si vous voulez qu’on monte réellement, j’ai 2 soldats : Pierre Aubame, un meneur d’hommes, le papa de Pierre-Aymerick Aubameyang, et Bernard Héréson qui a joué au PSG ». J’ai demandé ces deux joueurs car je savais qu’ils étaient des colonels, des guerriers, et qu’ils allaient pouvoir amener leur expérience. Ils m’ont fait confiance et à partir de là on est montés tout de suite. Et après quand on est montés, j’ai vu qu’ils ne gardaient pas mes deux amis. Je n’ai pas voulu aller trop loin, parce que le club montait, et entretemps j’étais en instance de divorce… Mais je suis parti aussi. Je suis retourné jouer à un niveau amateur. Puis le FC Rouen, qui avait fait venir Philippe Chanlot, a retrouvé la deuxième division en 2003.

Hitoto17
Le FC Rouen 2001/2002


« Transmettre l’histoire de son pays »

 

J’aimerais qu’on parle de la sélection nationale, et aussi d’autre chose que de foot, du Congo et de son histoire. La ville dans laquelle tu es née s’appelait Coquilhatville à l’époque coloniale, du nom d’un lieutenant belge. Est-ce que l’histoire, la politique t’intéressent ?

Oui, ça m’intéresse. Avec un père très porté sur les livres, sur les aspects intellectuels, j’ai appris à réfléchir à travers les bouquins, à comprendre le passé et à connaître mon pays. Si tu sais d’où tu viens, tu sauras où tu vas, c’est ma philosophie. Et comprendre l’histoire de mon pays demande beaucoup de recherche. Pendant longtemps, beaucoup d’épisodes m’échappaient, je voulais comprendre, pourquoi ceci, pourquoi cela, pourquoi ces différences dans mon propre pays, pourquoi autant d’ethnies, pourquoi s’appuyer sur « l’ethnie », par rapport à quoi, par rapport à qui… ? Quand tu n’as pas cette richesse, la connaissance de ton pays, il est compliqué de savoir où tu vas. C’est ma façon de voir les choses et j’ai cherché à comprendre. Grâce aux bouquins, j’arrive à plutôt être en paix par rapport à certains événements qui se passent ou se sont passés dans mon pays.

Qu’a t-on en héritage sur le plan politique quand on naît en 1969 dans un pays anciennement colonisé et tout récemment conquis par Mobutu ?

La part de l’héritage quand on est dans un pays comme ça, si je dis « néant », je mentirais. J’aurais aimé que le Congo valorise son passé, et que les enfants qui sont nés de parents congolais puissent rentrer pour comprendre leur histoire. Je pense qu’on ne transmet pas assez l’histoire du Congo, avant que ça ne devienne le Zaïre [en 1971]. Pourquoi c’est devenu Zaïre ? Qu’est-ce qui s’est passé ? La plupart ne connaissent pas cette histoire car les médias actuels sont dans une espèce d’euphorie du présent. Curieusement, on cherche plutôt à transmettre l’histoire de l’Europe que l’histoire du Congo. Si je prends l’exemple des jeunes que je forme, j’ai ici deux jeunes Congolais qui partent signer en pro : ils ne connaissent rien. C’est comme s’il n’y avait pas eu de transmission. Et à partir de là, ils sont toujours à la recherche de quelque chose. Il y aura toujours un vide. Si on ne comble pas ce vide, s’ils ne peuvent pas comprendre d’où ils viennent et qui ils sont, il y aura toujours de quoi satisfaire leur quotidien, mais ils seront perdus. Ils deviendront des suiveurs, pas des leaders. On devient leader quand on a la connaissance de cette histoire, qui permet de poser des bases : tu sais ce que tu es en train de faire. Mais si tu n’as pas ces bases-là… Tu es comme une feuille : tu vas de gauche à droite, tu ne sais pas le pourquoi ni le comment. Tu ne peux pas amener quelque chose de frais en étant seul. Ne pas avoir d’histoire, ne rien savoir de ton propre pays c’est ça qui me fait un peu mal. Être footballeur n’est pas une excuse.

Comment tu as vécu les événements de 1996 et 1997 au Congo ?

C’était difficile… Je ne vais pas faire comme beaucoup de gens qui disent « je ne veux pas faire de politique, je ne fais que du foot ». Là, même si je n’avais pas voulu, la politique s’est imposée à moi. Petit, je n’avais pas grandi avec ma maman et, quand je l’ai retrouvée, c’est devenu le grand amour. Durant la guerre en 1996 et 1997, elle était là-bas et, à l’époque, il n’y avait pas de whatsapp, il n’y avait rien ! J’avais vent des informations, des massacres à Mbandaka. Et je n’avais aucune nouvelle de ma maman qui était au pays. Il fallait éviter de se faire des idées, rester positif, se dire que tout va bien… mais je me mentais à moi-même parce qu’on est un être humain, et tout ce que je faisais à ce moment-là, c’était à moitié, car je ne savais rien sur ma famille. Là, tu commences à penser au pire.


« En 1998, le Congo avait une génération extraordinaire »

 

Est-ce que ça a eu des répercussions sur ton rapport avec l’équipe nationale ?

Mon père est très attaché au Congo. Quand je suis arrivé à Rouen, chaque fois que je faisais des détections, j’arrivais toujours dans le dernier carré mais on pouvait pas aller plus loin parce que j’étais Congolais ; or il fallait avoir la nationalité française pour aller au-delà. Mais mon père a refusé : il voulait que je reste Congolais. Les dirigeants ont insisté, en disant que ça m’aiderait, et mon père a fini par céder en partie : il a accepté que j’aie la nationalité française, mais il voulait que je garde la nationalité congolaise. Quand j’ai obtenu la nationalité française, à peine une semaine plus tard, les équipes nationales de jeunes sont venues me voir. Cette fois, mon père n’a pas voulu : il acceptait que j’aie ma nationalité française, mais pas que je joue pour l’équipe de France. Donc je n’ai fait que des présélections au niveau français. J’ai fait les catégories de l’Essonne, Seine-et-Marne et après pour l’équipe de Paris, mais là, non, il fallait être français.

Alors, comment as-tu attiré l’oeil de la sélection du Zaïre, puis du Congo ?

Avec Rouen, on a joué un match contre Valenciennes, où jouait mon ami Santos Muntubile1. Bon, on ne se connaissait pas à l’époque. Chaque fois qu’il dribblait, je revenais, et à un moment il m’a insulté en dialecte congolais en me disant… « espèce d’idiot », quoi. Et moi j’ai compris ! Alors je lui ai répondu, en français. Il me dit : « mais attends… t’es congolais toi ? Nous on te prenait pour un Camerounais parce que « Hitoto », tes cheveux etc ». Après le match, on a discuté, et là il a prévenu les gars de la fédération, qui ont fouiné, et ils ont bien vu que mon père était Congolais, que ma mère était Congolaise. Et donc quelques mois après, mon histoire a commencé avec l’équipe nationale.

Avec la sélection, tu as notamment joué la CAN en 1996 et 1998.

Ce sont de très bons souvenirs, même en 1996 en Afrique du Sud, où on n’a pas brillé Cette CAN-là était spéciale par rapport à l’Afrique du Sud, tout ce qui s’y s’est passé, on était tous heureux d’être là, en plus de revoir des amis du championnat contre qui on joue. Il y avait une super ambiance. Mais là où il y avait encore plus d’ambiance, c’est en 1998. On avait une génération extraordinaire, et mon but était de parvenir à amener la plupart des joueurs à venir jouer ici en Europe parce qu’il y avait un talent fou. Et surtout, on a fini 3es de cette CAN, dans des conditions incroyables contre le Burkina-Faso puisqu’on perd 0-3, puis 1-4 à 5 minutes de la fin, et puis on revient et on gagne, ce match-là c’était la folie. Et puis l’ambiance au pays, il y a eu des morts, ils ont fait une fête comme pas possible.

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Le 27 février 1998, pour le match pour la 3e place de la CAN, les Congolais, menés 1-4 à la 88e minute, inscrivent 3 buts en 100 secondes !

Il y a eu des morts ??

Ah il y a eu des morts ! À l’époque, quand on parlait du Congo, on voyait des enfants avec des fusils, il n’y avait plus de vie, plus d’ambiance, plus rien. Avoir fini 3es pendant cette CAN, après avoir remonté 3 buts, finir 3e, ça a donné de l’énergie, et les Congolais se sont identifiés. C’était une semaine de folie. Ça tombait bien, même pour moi, car l’organisation de la sélection était chaotique. Tu veux toujours faire pour ton pays et puis… L’erreur c’est de dire : tu es professionnel, il faut comprendre, c’est ton pays, bats-toi pour ton pays. Tu te bats, tu prends ton billet d’avion car on te dit qu’on va te rembourser, tu fais ça 1 fois, 2 fois, 3 fois. Au bout de la 5e fois, il y a un souci ! Tu arrives à l’hôtel, il n’y a personne à l’hôtel, il faut aller à tel endroit… à un moment, je me suis demandé pourquoi je courais. Quand je me suis blessé, c’est le LOSC qui a payé mon billet d’avion pour que je revienne en France ! En plein conflit, on voulait me faire passer par Kinshasa…. OK, c’est mon pays, mais c’est pas parce que je suis professionnel et qu’il faut que je sois bien vu que je dois faire des efforts qui ne sont pas récompensés. Non, à un moment j’ai dit stop, on arrête parce que votre philosophie là, y a un moment j’en peux plus quoi.

On a une dernière question, une question que se posent tous les supporters lillois : est-ce que tu as toujours ta Porsche rouge ?

(Rires) Non, je ne l’ai plus ! Je l’ai revendue juste avant de partir à Dubaï.

 

Note :

1 Santos Muntubile était la star du Zaïre avec Mobati dans les 80′s. ils ont même joué ensemble en club à Bilima.

hitotoo

Merci à Roger Hitoto pour son accueil et sa disponibilité.


Posté le 12 septembre 2018 - par dbclosc

Dominique Carlier : «Il y a la performance, et l’accompagnement de la performance »

Chose promise, chose due : on vous annonçait dans notre compte-rendu de Lille-Lyon que nous aurions bientôt l’occasion d’évoquer la nouvelle saison de la section féminine avec un peu de recul, comme on l’avait fait l’année dernière en compagnie de Rachel Saïdi. Nous sommes donc allés à la rencontre du nouveau coach, Dominique Carlier, afin de connaître tout d’abord mieux son parcours. L’officialisation de son arrivée a eu lieu en juin, après que Jérémie Descamps a annoncé son départ en fin de saison dernière. Né en 1959, Dominique Carlier a d’abord eu une carrière de joueur professionnel, en deuxième division, avec des passages par Dunkerque, Châteauroux, La Roche-sur-Yon, Thonon-les-Bains et Châtellerault. Puis il découvre le métier d’entraîneur progressivement, en étant d’abord entraîneur adjoint-joueur de Châtellerault durant une saison, avant d’en devenir le coach à plein temps. Il poursuit son parcours à l’Union Sportive Stade Tamponnaise (La Réunion), puis à Wasquehal, en deuxième division, pour son passage sur un banc que l’on connaît probablement le plus ici, notamment parce que l’ESW a été un coriace adversaire du LOSC durant ces années, et surtout l’une des 4 équipes a l’avoir battu en 1999/2000, au Stadium ! Une excellente occasion de se plonger dans nos archives et de voir Dominique Carlier époque « moustache ».

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Simultanément à ses expériences sur le banc, Dominique Carlier intègre la DTN, en compagnie de Gérard Houiller ou d’Aimé Jacquet. De 2002 à 2016, il met le terrain entre parenthèses, et monte sa structure d’accompagnement de sportifs et sportives de haut niveau, une expérience qu’il nous relate et dont il dit désormais s’inspirer dans sa pratique d’entraîneur afin de répondre aux exigences d’un métier qui s’est complexifié et demande des compétences plus étendues que la seule gestion du domaine sportif. Un profil qui traduit en actes les « missions » récentes que s’est données le LOSC quant à l’accompagnement de ses jeunes, et dont nous parlait Rachel Saïdi l’an dernier. Rappelé par le LOSC en 2015 pour s’occuper des jeunes stagiaires, il retrouve son activité de coach un an plus tard en prenant en charge l’Iris Croix, en Nationale 2.

Sur le terrain, Dominique Carlier se dit « formateur dans l’âme ». Précisément, après le match d’ouverture contre Lyon qu’on met de côté, le LOSC s’est imposé à Rodez (3-2) avec une équipe particulièrement jeune : une moyenne d’âge de 22,3 ans. Et les entrées de Chrystal Lermusiaux et de Maïté Boucly n’ont pas vraiment augmenté cette moyenne (celle de Laëtitia Chapeh, un peu). Une traduction rapide de la mise en valeur de la jeunesse lilloise… et de l’importance de sa gestion, sur laquelle insiste Dominique Carlier dans l’entretien. Il nous présente enfin les 4 recrues engagées cet été : Carla Polito, Morgane Nicoli, Lina Boussaha et Danielle Tolmais. En cliquant sur leurs noms sous leurs photos, vous accéderez à leur présentation individuelle réalisée par le club.

Carlier2

On va commencer par votre parcours jusqu’ici au LOSC. Vous avez commencé à Châtellerault, il me semble comme manager.

Oui ! C’était en 1988. Cela faisait 12 ans que j’étais joueur professionnel. Le club de Châtellerault m’a proposé d’être entraîneur de D2, de suite. Mais à seulement 29 ans, j’avais encore envie de jouer. Et par ailleurs, je considère qu’on ne peut pas être entraîneur et joueur de D2 à ce niveau-là : ce n’est pas crédible vis-à-vis des joueurs. Donc on m’a proposé d’être joueur et entraîneur-adjoint de Prudent Bacquet, qui a exercé au LOSC (comme par hasard !). Nous avons donc fait une première année en binôme. La deuxième année, Prudent Bacquet a souhaité partir. Châtellerault m’a alors demandé si ça m’intéressait de prendre la place. Il y avait une décision à prendre. Un peu difficile, mais quand on s’engage dans cette carrière-là, ce n’est pas par hasard non plus ! On a une certaine idée derrière la tête.

C’est donc là que vous avez pratiqué pour la première fois votre « reconversion ».

Ça m’a permis, pendant 8 ans, de faire mes armes en tant qu’entraîneur, mais aussi de manager, de responsable de club, de structuration de club. Au niveau sportif, on a fait de très bonnes saisons en National, on a manqué de peu plusieurs fois de retrouver la D2 [Note DBC : Le Stade Olympique de Châtellerault compte une saison en D2, en 1987/1988]. C’est donc là en effet que j’ai vraiment appris le métier. Et, parallèlement, j’avais aussi l’honneur d’intégrer la DTN (Gérard Houllier me l’avait demandé) pour former des entraîneurs. Après, c’est Aimé Jacquet qui m’a demandé de venir avec lui. Et je peux vous assurer que passer chaque année (la France était championne du monde et championne d’Europe) un mois avec Aimé Jacquet, Henri Michel et tout le staff, c’est une sacrée formation.

À quel point le métier a changé depuis 30 ans ?

Le métier a changé sur le plan technique : on est avant tout des techniciens, car on se doit d’avoir des connaissances et des compétences. Maintenant, le métier a énormément évolué sur deux plans : sur le relationnel et au niveau de la communication. Au niveau relationnel, c’est la population avec qui on exerce : je parle ici des joueurs et des joueuses, du pré carré. Bien sûr, je ne vais pas vous apprendre que les générations ne sont pas les mêmes ! Donc il y a une approche qui est différente. Quant à la communication, ou l’entraîneur de haut niveau, homme ou femme, mais aussi au niveau amateur, se doit d’être communicant. Parce que le message n’est plus seulement passé dans le sacro-saint du vestiaire, mais il est aussi véhiculé par les médias, sur des réseaux toujours plus nombreux. L’entraîneur ne se doit pas nécessairement de maîtriser cette communication, mais au moins d’en être conscient. Et certains techniciens peuvent être très compétents et avoir de grandes difficultés à déployer ces compétences. Peut-être moi le premier ! Ces compétences ne sont pas naturelles.


Nicoli
Morgane Nicoli, défenseure centrale, prêtée cette année par Montpellier


« Je pense m’être enrichi de mon expérience d’accompagnement de sportifs et sportives de haut niveau »


Si on comprend bien, le métier s’est diversifié, et vous y avez trouvé l’opportunité d’y développer des aspects qui vous intéressaient particulièrement.

Durant mon parcours, j’ai cheminé. Quand l’aventure s’est terminée avec Wasquehal, j’avais cette idée d’accompagner la personne. Je me reconnaissais plus ou mieux dans l’accompagnement de la performance que dans un entraîneur « classique ». Dans l’approche relationnelle, je ne pense pas être quelqu’un de fort communicant. Je pense être meilleur, parce que je pars de loin. Mais la relation en interne m’a toujours intéressé. Et petit à petit, je me suis rendu compte que dans la performance, avant tout on accompagnait la personne. Maintenant, j’en suis sûr ! Au haut niveau, on accompagne la personne ! Et chaque personne a son environnement de performance qui lui est propre. Et plus la personne est proche de son environnement de performance, plus ça va être fort et durable. Cet aspect m’intéressait, oui.

Ce sont des compétences que vous avez appliquées en dehors du football aussi. En fouillant un peu sur internet, on vu que vous êtes cadre en RH…

Oui, je suis cadre en RH, on peut dire ça. J’ai créé ma structure d’accompagnement de sportifs et sportives de haut niveau.

Ça signifie qu’aujourd’hui votre nouvelle fonction au LOSC, c’est être davantage qu’un entraîneur ? Vous êtes vraiment dans une dimension plus large, plus qu’entraîneur, comme un gestionnaire de la section féminine avec Jules-Jean Leplus ?

Le rôle qu’on m’a proposé d’avoir cette année, c’est celui d’entraîneur de l’équipe première de D1, donc je suis avant tout dans une optique de compétition et de performance. Ma mission première, c’est maintenir l’équipe première en D1. Après, j’ai bien entendu des relations avec Jules-Jean, on discute… Mon approche, ce que je veux apporter à ce groupe D1 élargi, est plus large parce que je me suis enrichi de ces 12 ans d’accompagnement de sportifs et de sportives de haut niveau, quelle que soit la discipline. Et pas seulement dans leurs performances propres, mais aussi dans leur progression dans la vie ! Cela m’a permis de mieux connaître la relation féminine, parce que j’ai accompagné principalement des sportives, et de connaître aussi les approches des différentes disciplines : quand vous accompagnez la championne d’Europe de tir à l’arc, ça vous apprend plein de choses, en termes de concentration par exemple. Je pense m’être enrichi de tout cela.

Vous revenez donc à la compétition, dans le Nord. Il me semble que cet ancrage local est également important pour vous.

Quand j’ai été débarqué de Wasquehal, le premier à m’avoir appelé est Aimé Jacquet. Il me dit « Dominique, tu viens, j’ai de quoi faire pour toi, tu vas à aller à l’étranger ». Mais moi j’étais revenu à Wasquehal parce que c’est ma région. J’ai commencé à Dunkerque, et mon père était mineur dans le Pas-de-Calais. Je la fais pas Zola hein, mais c’est ma région. Mais quand on est joueur professionnel ou entraîneur, on est partout sauf dans sa région. Quand Wasquehal m’a appelé, j’étais en Afrique. J’étais à La Réunion pour faire la Coupe d’Afrique. On m’a demandé si reprendre l’ESW m’intéressait. Si ça avait été ailleurs que dans le Nord, j’aurais dit non. Quand je suis revenu, c’était pour m’ancrer. Quand j’ai été limogé de Wasquehal, je pouvais repartir. Je continuais mon métier, mais je repartais. Deux ans ailleurs, deux ans là… C’est pas grave, c’est pas le métier le plus difficile ! C’était peut-être pour moi le moment de faire de cette difficulté une opportunité, avec ce projet d’accompagnement Et je reviens à ce que je vous ai dit : les 12 ans que j’ai passés, j’ai toujours été dans le football (le relationnel), mais je me suis enrichi de ce que j’avais envie d’avoir. Et cet enrichissement, j’ai envie aujourd’hui de le transmettre. Mais dans la compétition, parce qu’on se refait pas !

Comment avez-vous été approché par le LOSC ?

Ça s’est passé très simplement il y a 2-3 ans : le LOSC n’avait pas de stages pour ses jeunes. Le club est alors venu vers moi en 2015 : « est-ce que ça vous intéresserait ? ». Les jeunes ça me plaît bien, je me suis dit que ça allait me faire redécouvrir un peu les choses, et le déclic a eu lieu avec la redécouverte du terrain ! Mais avec une envie différente. Je ne sais pas si je vais réussir, mais je sais que je n’entraînerai plus comme j’entraînais auparavant. Non pas que j’entraînais mal, mais j’entraînais comme je savais. Aujourd’hui, j’ai envie d’apporter au groupe dont j’ai la responsabilité l’approche que je vous ai évoquée. Parce que pour moi, c’est source de performance.


PolitoCarla Polito, milieu de terrain défensive. Elle a joué 16 matches avec Arras en D2 la saison dernière, et 6 matches lors de la coupe du monde U20 cet été, au cours de laquelle la France a terminé 4e.


« La transmission avec Jérémie Descamps a été naturelle »


Patrick Robert, lorsque vous avez été nommé, a évoqué l’idée de « participer au développement de la section féminine ». Est-ce qu’on vous a demandé d’intégrer des joueuses formées par le LOSC ? Cette année, Julie Dufour et Maïté Boucly ont rejoint l’équipe première. Est-ce qu’il y a un objectif comme dans l’équipe professionnelle masculine d’intégrer des jeunes ou est-ce que c’est trop tôt ?

Non, ce n’est pas trop tôt ! On n’a même pas eu besoin de me demander ! C’est peut-être aussi pour ça que l’intérêt est arrivé sur moi. Pour moi, c’est une évidence. Ma vision consiste aussi à pouvoir valoriser le travail du club, donc de la section féminine. Et je ne connais pas d’entraîneur qui se prive de qualités si celles-ci sont apparentes. La qualité, le talent c’est peut-être un grand mot, n’est pas une question d’âge. On l’a bien vu lors de la Coupe du Monde ! Après, c’est la gestion de l’âge qui doit être différente. Savoir gérer des talents précoces/jeunes est très important, parce que c’est dangereux de les griller, de les « cramer ». Gérer des talents vieillissants est tout aussi délicat. Pourtant, ce sont des talents ! Mais à un moment donné, ils vont apporter quelque chose. Et si on demande trop à des talents vieillissants ou trop vite à des talents naissants, ça ne marchera pas.

La première chose que j’ai voulu connaître en arrivant, ce n’est pas le groupe D1. C’est le groupe élargi D1. Pendant la préparation, j’ai ouvert le groupe plus largement à des U19. Vous parlez de Julie et Maïté : Chrystal Lermusiaux et Lise Michalak sont venues parce qu’il faut qu’elles puissent voir. Et moi j’avais besoin aussi de découvrir. Et s’il y en a d’autres, on les prendra. J’ai toujours fonctionné comme ça. Mon regard est large. Mais mon objectif est clair : je ne fais pas de la formation ; je fais de la compétition. Cela n’empêche pas d’avoir un œil de formateur, car je suis un formateur dans l’âme. Claude Puel, pour ne citer que lui, n’est-il pas l’un des plus grands formateurs de France ? Ça ne l’a pas empêché d’entraîner les plus grands clubs, et on a vu Leicester jouer contre Lille, les jeunes sont là… Pour moi, ce n’est pas antinomique.

On en vient à cette saison avec l’équipe première. Comment ça se passe dans ces cas-là ? Est-ce que vous avez eu votre mot à dire, avec un travail en amont ? Ou est-ce que c’est le staff déjà en place l’année dernière ?

Ça s’est très bien passé parce que la transmission a été vraiment naturelle. Jérémie Descamps a ouvert son expérience de groupe. Il m’a fait un tableau de chaque joueuse. Dès que j’étais en situation d’intérêt, je me suis documenté, j’ai vu des vidéos pour connaître les joueuses. Ma préoccupation était de savoir si le staff voulait continuer avec moi. Il ne fallait pas qu’il continue parce qu’il était en place ! Donc c’était ma première question, individuellement : « est-ce que tu souhaites continuer et dans quel cadre ? Voilà ma façon de fonctionner, mes principes ». Je pense que c’est important parce qu’il va y avoir une évolution. Je n’y vais pas avec mes gros sabots, mais chacun apporte sa propre personnalité.

DiPwlvfW0AA7bSwJulie Dufour et Maïté Boucly


« Le LOSC a quelque chose de très important à offrir : la structure »

 

L’effectif a été pas mal modifié : 8-9 départs pour 4 arrivées. Est-ce que vous êtes à l’origine des arrivées ?

Il me semblait très important que les filles aient des repères, qu’il n’y ait pas une révolution, un bouleversement qui aurait pu être difficilement vécu. Qui plus est dans un groupe qui avait vécu des choses difficiles, mais qui avait réussi ! Donc très concrètement, c’est la première chose que j’ai dite aux filles le premier jour : « je suis content, parce que toutes celles qui sont là, j’ai souhaité que vous soyez là ». Après, en termes de recrutement, l’objectif très rapidement était de fixer des priorités avec quelque chose de très difficile : le budget ! Le LOSC a quelque chose de très important à offrir : la structure. Que ce soit Morgane Nicoli, Lina Boussaha, Danielle Tolmais, Carla Polito qui a fait la Coupe du Monde… s’il n’y avait pas ce projet du club, cette structuration qui monte en puissance, cette qualité de structure, de terrains, de staff, d’encadrement, elles ne seraient pas venues ! À leur âge, elles veulent avoir des conditions pour se développer. De ce côté-là, on est riches de propositions. Au niveau du recrutement, on a pris 4 joueuses. J’ai dit aux joueuses que pour faire aussi bien que l’année dernière, il faudra être bien meilleures ! Le football féminin évolue très vite car il profite de toute la structuration des années de formation du football masculin. Ici, depuis trois ans, c’est incroyable tout ce qui a déjà été mis en place, mais parce que ça existait déjà au niveau masculin.

BoussahaLina Boussaha, milieu de terrain offensive, prêtée cette saison par le PSG. Et derrière, Aurore Paprzycki, partie à Reims lors de l’intersaison.


« Ces filles-là ont du caractère »

 

Et du coup, au niveau de la structuration, on peut penser que ça va s’accélérer avec l’arrivée de droits TV sur Canal  ?

Je n’en sais rien. Sportivement, c’est une mise en avant. Même Lyon a besoin de ça. J’ai entendu Reynald Pedros après le match contre nous. La première chose qu’il a dit, c’est « on était sur un bon terrain, mais on était devant Canal + devant des gens qui ne nous regardent pas d’habitude et il fallait absolument montrer ce qu’était le football féminin de haut niveau ». Ils sont au taquet parce qu’ils savent que l’image aujourd’hui va être exposée. C’est mobilisateur !

Pour terminer, est-ce que vous pouvez nous dire un mot sur les 4 recrues ?

On va commencer devant : Danielle Tolmais est une vraie compétitrice. Elle est Franco-américaine, avec cet esprit américain, universitaire, formée pour ne jamais renoncer, et elle a aussi des caractéristiques qui pourront être très complémentaires et valorisantes pour Sarr et Coryn (qui s’est malheureusement blessée), qui ont des caractéristiques différentes. Elle va nous permettre de diversifier notre potentiel offensif. L’année dernière, il était relativement ciblé. Les adversaires ne sont pas fous, ils ont ciblé très vite où était le problème.

TolmaisDanielle Tolmais, arrivée de Soyaux, où elle a inscrit 4 buts en championnat et 6 en coupe de France en une demi-saison. Elle est internationale B.

Lina Boussaha est véritablement une joueuse d’avenir du PSG. Les relations avec le PSG (via Bruno Cheyrou) et Jules-Jean ont facilité les choses. Elle voulait du temps de jeu, elle travaille pour en avoir (elle est très jeune, U19). C’est quelqu’un qui peut franchir un palier dans une équipe comme le LOSC cette année. Alors qu’au PSG, elle serait bloquée.

Carla Polito est pour moi une des grandes espoirs du football des Hauts-de-France. Elle est U19, elle a fait la Coupe du Monde en U20, je ne pense pas que Gilles Eyquem [le sélectionneur] soit un inconscient. Elle a des qualités. Elle a encore à se former, elle vient de D2. Le rythme de D1 est déjà beaucoup plus rapide. Il serait inconcevable qu’elle ne soit pas au LOSC : les meilleures jeunes filles des Hauts-de-France doivent venir au LOSC !

Et puis Morgane Nicoli, après un bon début à Montpellier où elle s’était fait une place, a eu une opération du genou. L’année dernière, elle est revenue. Et aujourd’hui, si elle veut retrouver le niveau qu’elle avait à un moment donné, elle doit retrouver du temps de jeu. On n’est pas déçus, parce qu’on pensait que son caractère de Corse correspondait à cette volonté qui existe déjà dans le groupe. Cette ténacité… Les filles sont allées chercher la D1 l’année dernière ! Il a fallu montrer du caractère. Je pense que Morgane ne dévalorise aucunement cet élément-là. Et avec Maud [Coutereels] et Laëtitia [Chapeh], c’était difficile de repartir uniquement sur un duo en défense centrale, avec la saison qui nous attend.

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 Merci à Dominique Carlier et à Frédéric Coudrais pour leur disponibilité.

Crédits photos : LOSC


Posté le 15 novembre 2017 - par dbclosc

Arnaud Duncker : « Valenciennes, mon club formateur ; Lille, mon club de cœur »

La célèbre équipe de DBC, au complet, poursuit ses entretiens pour mettre en lumière la non moins célèbre grandeur losciste, qui saute déjà aux yeux : au tour d’Arnaud Duncker d’évoquer ses souvenirs !

Pour rappel, on est allés voir Rachel Saïdi en août sur l’actualité de la section féminine et, du côté des mecs, Fernando D’Amico et Grégory Wimbée durant le premier semestre. Si ces deux derniers sont associés à une période sportive exceptionnelle pour le LOSC, on ne peut pas dire que les années durant lesquelles Arnaud était Lillois (1994-1998) furent associées à du beau jeu et à des résultats faramineux. Ce qui ne signifie pas, loin de là, que c’est une période que l’on n’a pas appréciée. On l’a souvent écrit ici : quand, enfant, on effectue sa socialisation footballistique dans les années 1990 à Grimonprez-Jooris, il reste toujours un on-ne-sait-quoi d’amour pour le football laborieux, les tribunes vides, les 0-0 pas contre le cours du non-jeu. Dans un collectif moyen, c’est aussi le temps où les teigneux sur le terrain peuvent particulièrement s’épanouir. Et Arnaud Duncker était bien de ceux-là : on se rappelle son activité débordante, son endurance au-dessus de la moyenne, ses chevauchées-bulldozer côté droit, ses récupérations de balles spectaculaires et parfois peu académiques. Mais il n’était pas que ça : on se rappelle aussi sa capacité à apporter du danger offensivement, et sa qualité de centre et de passe. Et on se souvient qu’il a marqué sans doute un des plus beaux buts de l’histoire du LOSC, du moins d’un point de vue collectif, performance d’autant plus exceptionnelle à cette époque. C’était contre Caen, son premier but à Lille, et le résumé du match se trouve ci-dessous, juste avant le début de l’échange.

C’est donc d’abord pour l’excellent souvenir de l’ensemble de son œuvre footballistique que nous l’avons sollicité. Mais aussi pour revenir plus généralement sur la vie au LOSC durant les 4 années qu’il y a passé, l’ambiance dans les groupes, les relations avec les entraîneurs, le public, le jeu pratiqué. Ces quatre saisons ont chacune leurs singularités – n’oubliez pas de cliquer sur les liens qui renvoient à nos bilans saison par saison quand c’est souligné et en gras, comme ça : une saison correcte mais irrégulière en 1994-1995, un maintien acquis de justesse en 1995-1996, la descente en 1996-1997 malgré un départ en trombe, et enfin une saison en D2 et la 4e place avec Thierry Froger. D’ailleurs, on sent bien chez Arnaud une certaine nostalgie de ce temps – du moins, sur certains aspects liés à l’évolution du football – et, corollairement, un propos plus critique sur le LOSC actuel.

Arnaud nous évoque aussi dans cet entretien ses débuts au centre de formation de Valenciennes, ses années à l’USVA, notamment marquées par le match contre Marseille en mai 1993, qu’il a joué. Et l’après-LOSC : son départ avorté en Angleterre, le retour à Valenciennes, puis le foot en amateur en Belgique.

Probablement, beaucoup l’ont rencontré ou sont allés le saluer dans les années 2000 quand il tenait un magasin de sport dans le Vieux-Lille. Arnaud nous parle également de cette première reconversion, et de sa situation professionnelle actuelle. Et si DBC peut servir à jouer les entremetteurs, il y a comme une petite annonce en fin d’entretien ! En tout cas, on a pris beaucoup de plaisir à discuter avec Arnaud, et on espère que ses recherches seront vite fructueuses.

L’entretien a eu lieu juste avant le match de Metz. On discutait alors à bâtons rompus du match à venir, et l’entretien commence sans question précise. On est comme ça nous.

Image de prévisualisation YouTube 23 septembre 1994, le jour des 50 ans du LOSC, Arnaud Duncker inscrit son premier but avec le LOSC, son deuxième en D1, après une belle action collective. Par la suite, Kennet Andersson lui balance un ballon et se fait expulser, puis Amara Simba égalise. LOSC représente.


Si tu ne gagnes pas à Metz, même si Metz est dans une situation similaire, tu as du souci à te faire. Je n’ai jamais vu autant le LOSC passer à la télé depuis 6 mois, sur TF1, à Téléfoot, partout ; j’ai même vu Patrick Collot à la télé (rires) ! Le club a beaucoup communiqué vers l’extérieur depuis 6 mois. Mais en fait on nous explique quoi ? Quel est le projet ? L’année dernière, j’étais avec les anciens du LOSC en Angleterre. On apprend que le club recrute 7 joueurs au mercato. 7 joueurs ! Probablement des joueurs que Bielsa avait déjà validés. On fait venir Passi, et maintenant, Bielsa, qu’on présente comme le meilleur entraîneur du monde. Pour le moment, je n’ai rien vu. J’ai vu un argument com’, il y a 6 mois, et l’envie d’attirer de nouveaux publics autour du nom « Bielsa ». Mais ça ne suffit pas ! J’aurais préféré qu’on prenne un Kombouaré par exemple. Quand je vois ce qu’il a fait à Valenciennes… Depuis qu’il est parti, on voit qu’il faisait du boulot ! Quand je vois ce qu’il fait à Guingamp, ce qu’il a fait à Lens ! Il s’est fait virer du PSG mais il était quand même premier ! J’aurais préféré un mec comme ça.

Ne penses-tu pas qu’il s’agit avant tout d’une question de temps avec Bielsa ?

Du temps… En attendant, on entend beaucoup parler d’argent. Le club a un nouvel entraîneur, très connu. J’ai du mal à comprendre sa communication. Déjà, il ne parle pas français. On nous dit qu’il est le meilleur entraîneur du monde ? Franchement, il n’a aucun palmarès, excuse-moi. Après c’est peut-être un bon technicien, un bon tacticien, mais je ne sais pas si c’est un bon entraîneur. Il y a aussi une attitude à avoir ! Quand je vous parle de communication, c’est vis-à-vis des supporters. Autant le club communique beaucoup vers les médias, autant il y a un manque de communication flagrant au sein du club. Je pense qu’il y a un manque de communication en interne, et que l’équipe professionnelle est séparée du reste du club. Je voyais aussi que récemment, il y a eu un petit problème avec Pascal Cygan par exemple, qu’on envoie en Belgique avec Arnaud Mercier.

 

 « On parle beaucoup d’avenir et peu de présent »

 

Tu crois qu’il peut y avoir un problème pour que les supporters s’identifient ?

Exactement, il y a un problème d’identification. Je regarde tous les matches du LOSC, soit directement au stade, soit la télé. Je veux bien qu’on recrute des jeunes ; la moyenne d’âge de l’effectif est très basse. Je n’ai rien contre les joueurs individuellement, mais je ne m’y reconnais pas. Il n’y a pas encore de confirmation des espoirs placés dans les joueurs. Après, sur la durée, peut-être que ça prendra… On montre aussi de l’impatience parce qu’on a été habitués à être en haut de l’affiche, mais aussi parce qu’on nous a vendu un projet. Mais quel projet ? Indéniablement, il y a eu des erreurs. Bon après, il y a eu des blessés…

ADOn doit à Arnaud Duncker un de nos tweets rigolos. Enfin nous, on trouve ça rigolo. D’ailleurs, il avait été repris dans Réservoir Dogues : si c’est pas un signe…

Quand on est joueur et que, peut-être, on ne comprend pas bien le projet du club, on est dans quel état d’esprit ? C’est peut-être quelque chose que tu as aussi connu toi, à une époque où ce n’était pas très clair non plus.

L’état d’esprit… On essaie d’y croire ! Mais on est à la 10e journée, il va falloir se grouiller un petit peu ! Parce que là, on parle beaucoup d’avenir et assez peu du présent. Bon là, c’était pas mal contre Marseille ! Ça n’a pas été un grand truc encore mais il y a du mieux. Mais on a une moyenne d’âge de 22 ans, et j’aurais aimé qu’on garde un ou deux cadres. Des gens plus expérimentés par rapport à la panique qu’il doit y avoir. Là, qui va relever le niveau ? Quand je vois des joueurs confirmés, les Mavuba, Balmont… Champions de France, vainqueurs de la coupe de France, et on les laisse sur le côté ? « Allez dégage, on n’a plus besoin de toi » ? On a le sentiment que c’est devenu un football-business, du business total. Et ça, tu le vois aussi à la manière dont est configuré le stade : les gens qui prennent les loges, c’est pour faire du réseau. C’est aussi un moyen de faire du business. La dernière fois, il y avait Lille-Monaco : y avait le match en bas, et je le regardais à la télé ! Parce que des mecs arrêtaient pas de me parler. Et pourtant le match était en bas…

Et tu situes cette évolution avant l’arrivée de Gérard Lopez, ou c’est vraiment associé à lui ?

Je l’associe à l’arrivée de Gérard Lopez. Quand c’était Seydoux, on était dans une certaine continuité dans la progression. Quand je jouais au LOSC, on avait l’habitude de jouer la deuxième partie de tableau, on n’était même pas des trouble-fête, et l’identité était celle-là. On avait notre stade, même s’il n’y avait pas grand monde, mais il y avait des valeurs. Maintenant, le football, même un stagiaire est riche ! Je n’ai pas gagné grand chose en comparaison. Le plus que j’aie gagné, c’était en 1998, c’est entre 55 000 et 70 000 francs. C’est déjà pas mal ! Le football évolue, bien sûr. Mais là, sur le terrain, je ne vois pas grand chose. Le rapport entre ce que je vois sur le terrain et la valeur marchande, je ne le vois pas. Je pense que Seydoux a fait ce qu’il fallait : champion de France, dans les 3 premiers pendant quelques années, des sacrés joueurs, une belle équipe… Des entraîneurs, Puel et Garcia, qui ont aussi compris qu’à un moment c’était limité, donc ils sont partis autre part. Et là, je reviens là-dessus, quel est le projet ? Est-ce que c’est de faire venir des jeunes pour les revendre dans 2 ans ?

En même temps, les dernières années avec Seydoux, c’était ça aussi.

Oui mais c’était moins flagrant.

Quand on recrute Sehrou Guirassy plutôt que de faire jouer un jeune du centre de formation… Il est recruté à Laval pour 1 M€, il est prêté une demi-saison à Auxerre et il est revendu 6 M€. Est-ce que c’est pas la même chose ?

Après si t’as une opportunité… Là, c’est clairement du bénéf ! Mais s’agissant de la situation actuelle, l’année dernière t’as 7 joueurs qui ont signé, quelle est la plus-value là ? Qui est au-dessus ?

Mais est-ce que, vu ce qu’est devenu le foot, cette transition du LOSC vers du foot-business, c’est pas une condition de survie ? En gros c’est ça ou être condamné à jouer la 15e place tous les ans ?

Je pense que cette année t’iras pas plus haut, hein (on rit) ! Quand je vois Lopez qui dit « on vise le top 5 », attention ! On ferait mieux de regarder derrière, plutôt 15-20. Encore une fois, on parle d’avenir mais là, il y a urgence. Et difficile pour les joueurs de le dire. Maintenant, si tu ouvres la tronche… Avant tu pouvais l’ouvrir un peu et maintenant c’est tellement médiatisé que le moindre truc prend des proportions énormes. Avant t’étais plus cool, t’étais relax, on était à Grimonprez avec les supporters, du bois de Boulogne jusqu’à la porte du vestiaires quasiment ! Tu me parles de Grimonprez, quand je vois les deux petits terrains qu’on avait, et là maintenant tu vois Luchin, tu vois les caviars que c’est !

Donc tu es critique sur le LOSC actuel, mais tu restes un de ses supporters !

Bien sûr ! Le LOSC est un grand club. Je suis critique aujourd’hui parce qu’il n’y a pas de résultat ! S’il y avait des résultats, je dirais peut-être l’inverse… Peut-être que dans 6 mois-1 ans, ils seront dans les 3 premiers, et je dirai que je me suis trompé ! Et puis je joue toujours avec les anciens Dogues. Si on fait appel à nous, je réponds présent parce que ça reste des potes. Même si je n’ai pas joué avec eux, c’était juste après moi, il y a aussi la génération des Wimbée. On fait une dizaine de matches dans l’année. Je joue aussi parfois avec les anciens de Valenciennes, car c’est mon club formateur. Valenciennes, c’est plus compliqué, car il n’y a pas autant de joueurs qu’à Lille. Mais c’est probablement ma dernière année avec les anciens Dogues. Avec le temps qui passe, je connais de moins en moins de monde ! Et j’ai aussi plus de mal à me retrouver dans le nouveau projet. Je suis très attaché à Michel Castelain – et j’en ai récemment parlé avec lui-, à Patrick Robert, et à notre secrétaire, Sandrine, mais place aux jeunes ! Je vais avoir 47 balais…

Duncker (3)


« J’ai été viré du centre de formation de Valenciennes… »


On va revenir sur ton parcours plus personnellement ! Tu nous rappelais ta formation à Valenciennes. Tu débutes donc là-bas en équipe de jeunes.

Mon premier club, c’est Pérenchies. Puis je suis parti une année au LOSC, en Cadets 1e année. À l’issue de cette saison-là, j’avais le choix entre intégrer le centre de formation du LOSC, à l’époque dirigé par Charly Samoy, et le centre de formation de Valenciennes. Et comme je suis parti au sport-études Le Quesnoy, près de Valenciennes, j’ai choisi Valenciennes. C’était en 1986. Je n’y habitais pas à l’époque, mais c’est là que vivait toute ma famille aussi. C’était le plus pratique. C’est un parcours assez typique, que je partage avec mon ami Jérôme Foulon. On a fait toute notre formation ensemble, en sport-étude et au centre de formation. Mais lui a commencé à jouer pro un an avant moi.

Et tu gardes quels souvenirs de tes années de formation ?

J’ai eu plusieurs entraîneurs : Léon Desmenez, Roger Fleury, Daniel Leclercq, Alexandre Stassievitch. Et je me rappelle avoir été viré du centre de formation ! Les jeunes années, quand t’as 15 ans-16 ans, ça part un peu dans tous les sens. Daniel Leclercq et Alexandre Stassievitch ne m’aimaient pas trop. Et j’ai une anecdote avec Alexandre Stassievitch : lors du premier entraînement, je lui ai fait une passe à 10 centimètres de son pied, et il me dit « vas-y, tu peux retourner aux vestiaires ! ». Je pensais qu’il plaisantait, mais il m’a vraiment demandé de retourner aux vestiaires. Je venais d’arriver là, j’avais 15 ans, je venais de décrocher un titre de vice-champion de France de cadets nationaux avec Valenciennes. J’étais le seul à être mis sur le côté. Viré ! Et en fin de saison, je joue un match amical avec la régionale de Valenciennes, contre des Belges au stade Nungesser. Je ne fais que la deuxième mi-temps, parce que comme j’étais viré, je ne faisais plus grand chose. Victor Zvunka, entraîneur de l’équipe première, est là. Il vient me voir à la fin du match et me dit : « demain matin, 9h avec les pros ». Bon, d’accord ! Et le lendemain matin, je fais l’entraînement avec les pros, premier ballon, centre d’Olivier Legret, reprise de volée, lunette ! Tout le monde m’a regardé, je me suis dit « oh putain…». Je pensais avoir déconné. Parce que je peux te dire qu’à l’époque, les vieux tu les respectais ! C’étaient les jeunes qui portaient les plots ! Et donc le premier match que j’ai joué, c’était à Abbeville, avec Victor Zvunka. J’avais 16 ans, et Victor Zvunka m’a lancé alors que j’étais viré du centre de formation. Et c’est parti, ensuite l’évolution de la carrière que j’ai faite avec Valenciennes.

Duncker ValenciennesAvec le maillot valenciennois


Et donc tu passes pro en 1991, c’est ça ?

Oui, en 1991. Je fais 3 ans en pro avec Valenciennes. En 1991, l’USVA est en D2. Et on monte en première division à l’issue de la saison 1991-1992, avec Francis Smerecki.

Une montée, suivie d’une descente immédiate en 1993.

L’année de… Valenciennes/Marseille.

 

« Jacques Glassmann n’a pas voulu trahir le club »


Tu étais sur le terrain ce jour-là. Tu as quel souvenir de ce match ?

Ben… Un souvenir bizarroïde. La veille, on faisait la mise au vert dans un hôtel sur Vieux-Condé. Et on savait déjà, ça commençait à parler. On entendait des bruits, mais c’est surtout le lendemain que ça s’est confirmé. On faisait réunions sur réunions, entre joueurs, avec les dirigeants… On disait que des gens auraient été payés pour laisser passer le match.

Et vous décidez de jouer.

Oui, on décide de jouer, mais l’ambiance était vachement tendue. Super tendue. À la mi-temps, il y a la réclamation posée par Jacques Glassmann. Après, sur le terrain, c’était pas flagrant ! Oui, tu peux toujours dire, au bout de 10 minutes de jeu, Christophe Robert se blesse. Bon. On ne peut pas deviner que sa blessure est imaginaire. Et je n’ai pas vu Burruchaga ne pas aller de l’avant. On a été entendu par la justice, lors de l’audition, j’étais juste à côté de Christophe Robert, avec son plâtre ! C’étaient des joueurs avec qui je m’entendais bien. Mais pourquoi tout ça ? À l’époque, 25 briques… c’était 25 briques. Aujourd’hui, c’est que dalle, même en euros ! Et après, c’est tout con, mais tu te demandes ce que ça aurait pu donner, rien qu’un match nul ! Un match nul, on se sauvait, et c’est Lille qui descendait !

Comment tu expliques que Jacques Glassmann ait été à ce point vilipendé ? Comment se fait-il que, sur le coup, il ait été considéré comme un traître ?

Quand j’étais footballeur, je ne veux pas te dire que j’allais au bureau. Au contraire, c’est le plus beau métier du monde ! Tu te lèves le matin, tu penses ballon, tu vas jouer au ballon… C’est un métier, j’ai été payé pour ça. Il y a quoi de plus beau ? Mais si j’ai très peu d’amis dans le foot, Jacques est un de mes meilleurs amis. Je l’ai très souvent au téléphone. C’est lui qui s’est occupé de ma reconversion, car il s’occupe des joueurs de l’UNFP en reconversion. Jacques est resté fidèle à ses principes. Il ne voulait pas tromper, et il a dit non. Non, on ne fait pas ça. Jacques, en plus, était là depuis longtemps, il faisait partie des cadres, il a fait des montées. Ce club nous a apporté, et il n’a pas voulu trahir le club. Le club ne lui a pas rendu. Je trouve qu’il aurait dû lui rendre. Avec les galères qu’il a vécues après… Ça a été la descente aux enfers pour lui. Tout le monde l’a laissé tomber. Je l’ai toujours soutenu. Il a révolutionné le foot parce que… C’est quand même lui qui a dénoncé les malversations qui existaient depuis longtemps dans le foot. Les dessous de table, en fin de saison, ça se faisait. Ça a un peu épuré tout ce football.

USVA

L’équipe de Valenciennes 1992-1993. Arnaud est au centre, au 3e rang. Dans la rangée du milieu, on reconnaît Jacques Glassmann et son inimitable coiffure. Et Jérôme Foulon, au premier rang.


Et au niveau des autres joueurs, quelles étaient les réactions vis-à-vis de Jacques Glassmann ?

Je pense que des joueurs lui ont dit qu’il était con de faire ça. Il y en a qui auraient dit oui. Déjà parce que c’était l’OM. À Valenciennes, je connaissais des gens qui supportaient Marseille, parce que Marseille à l’époque, c’était Waddle, Mozer, Barthez… C’était une belle équipe, et tout le monde la supportait. Moi-même, quand ils ont gagné la coupe d’Europe une semaine après, j’étais content ! Jacques a refusé. Nous, les anciens, c’est-à-dire Jérôme Foulon, Stéphane Grosselin, Dominique Corroyer et moi, on a toujours été dans cette optique là. Valenciennes, c’est mon club formateur, tu vois ? C’est ce que je dis tout le temps : Valenciennes, c’est mon club formateur, Lille mon club de cœur. Jacques n’a pas été soutenu : au niveau des instances nationales, au niveau de la présidence du club, Michel Coencas n’a rien dit. Le groupe Valois [principal sponsor de l’USVA] n’a pas réagi. Jean-Louis Borloo était juste derrière, on peut dire qu’il est le bonhomme du valenciennois, mais à l’époque il était l’avocat de Tapie, alors qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? Ensuite, on ne parlait même plus de football, quand tu vois l’argent planqué dans le jardin, les aventures de Mellick… Tu vas au-delà du foot quoi. Tu voyais bien que c’était aussi pour atteindre une personne, Bernard Tapie.

 

« On se faisait siffler partout parce qu’on faisait partie de l’équipe de Valenciennes 1993 »


À ton niveau, quelles conséquences ce match a eu sur ton parcours ?

Ben déjà, on descend en D2. Sportivement, l’année d’après a été catastrophique. On a eu un mélange de galères sportives et des conséquences de l’affaire. Beaucoup de joueurs sont partis, d’autres sont arrivés. Mais il n’y avait pas d’entente, pas de vestiaire. Même les supporters, je pense, ne s’y retrouvaient plus. C’était vraiment chaotique. Quand on se déplaçait, c’était l’enfer. L’enfer total. Tu ne pouvais pas te déplacer sans les flics, sans ceci, sans cela… Quand on est allés à Nice, on nous a balancé des pièces depuis les tribunes… Même à Dunkerque on se faisait insulter et cracher dessus. T’imagines ? Plus personnellement, j’ai dû changer de numéro de téléphone. Je recevais des appels anonymes. J’ai reçu des courriers avec des cercueils chez moi. Tu paniques, hein. Bon, je n’étais pas encore marié, mais j’avais ma future femme… Ça prenait des proportions énormes.

Tu quittes le club en 1994.

Déjà en 1993, après la descente en D2, je devais partir. J’étais sollicité, déjà par Lille, et aussi d’autres clubs. Mais on n’a pas voulu me laisser partir. J’ai accepté de rester une année, avec en échange la garantie que j’aurais un bon de sortie à la fin de la saison. Et on est descendus en National… Je ne voulais plus rester. Le club dégringolait dans tous les sens. Et les dirigeants disent qu’ils veulent me garder encore, malgré ce qu’on s’est dit l’année d’avant ! Alors j’ai fait du Thauvin : je ne suis plus allé à l’entraînement. Mais bon, je n’étais pas dans les journaux ! Je ne suis pas allé à l’entraînement pendant 15 jours. En plus, Lille me voulait vraiment. Donc les négociations ont commencé entre mon agent, Marc Roger, et le directeur sportif de l’USVA, qui était Jean-Pierre Tempet à l’époque.

Donc tu signes à Lille durant l’été 1994, en même temps que Jérôme Foulon. On imagine que tu es heureux de sortir de la galère valenciennoise.

Oui, mais même quand je suis arrivé à Lille, on me parlait encore de Valenciennes. On se faisait siffler quand on jouait dans le Sud. On se faisait toujours siffler parce qu’on faisait partie de l’équipe de Valenciennes d’avant !

Duncker Dindeleux


« Si tu es moyen mais que tu te défonces… les supporters sont contents »


Tu as eu un accueil difficile pour ça, par des joueurs lillois ?

Non ! Nous, on n’était pas dedans de toute façon. Au contraire, l’accueil à Lille, exceptionnel ! J’ai toujours été bien aimé là-bas. Quand on est au taquet, qu’on mouille le maillot… D’ailleurs c’est ce que je regrette et que je ne retrouve plus au club : dernièrement je voyais un Balmont, putain ! Un mec comme ça, c’est exceptionnel ! Il se défonce ! Après, ça reste un joueur moyen, mais il se défonce ! Il y a deux ans, c’était encore un des meilleurs sur le terrain. Et quand tu te défonces, les supporters sont contents. Moi à Lille, c’est ce qui s’est toujours passé. J’ai eu des hauts et des bas, mais voilà, le samedi, j’étais à 3000%. C’était clair. Fallait arracher la prime !

En arrivant à Lille, tu as retrouvé des joueurs avec qui tu avais joué en équipes de jeunes ?

Non, mais je me rappelle avoir joué contre Fabien Leclercq, Frédéric Dindeleux, Cédric Carrez, Antoine Sibierski… C’est un moment où le LOSC refaisait confiance à sa formation et n’avait pas trop le choix. Mais c’est pas mal ! Quand je regarde les uns et des autres, il y a eu de belles carrières !

Et aujourd’hui avec ces joueurs-là, tu n’as plus de contact ?

Si ! Fred, je le revois de temps en temps. Cédric aussi quand il revient, parce qu’il est sur Gap, il est même entraîneur. Fabien, je le vois de temps en temps. Celui que je vois le plus en fait, c’est Jérôme Foulon.

Ton poste a évolué à Lille : la première année, il me semble que t’as plutôt joué milieu défensif. Parce que c’était justement Jérôme Foulon arrière droit. Et après, on t’a fixé arrière-droit, c’est bien ça ?

Jean Fernandez me faisait en effet jouer milieu de terrain, aux côtés de Roger Hitoto. Roger, c’était un mec sur qui tu pouvais compter. C’était un battant, un mec de devoir ! Il ratissait beaucoup de ballons, et était apprécié dans le vestiaire aussi ! C’est dommage, je n’ai plus de contact avec lui.

Duncker3 (2)2 août 1994 : premier match d’Arnaud Duncker à Grimonprez-Jooris sous les couleurs du LOSC, contre Strasbourg. Lille s’impose 1-0 grâce un but de… Roger Hitoto. Pour info, dans le même temps, Lens s’incline à Paris.

 

« Initialement, Cavalli ne comptait pas sur moi »


Cette saison-là, 1994-1995
, c’est particulier, c’est-à-dire qu’il y a deux saisons en une : à Grimonprez-Jooris, c’était super : on était la quatrième équipe à domicile ! Il y a eu 12 victoires à la maison, dont 10 sur le score de 1-0. Et à l’extérieur ça marchait pas : seulement 1 victoire et 8 points pris. Tu as une explication à ça ?

C’est vrai que cette année-là, on ne lâchait pas beaucoup de points à domicile. Je pense que cette année-là, on bat Monaco [Oui, 1-0, but d’Arnaud Duncker d’une belle tête plongeante !] et le PSG à domicile. Et à l’extérieur, on jouait différemment. Et ça ne marchait pas. On jouait un système, on va dire, défensif mais explosif. On avait Éric Assadourian qui allait à 3000 à l’heure devant, donc si on avait le ballon, on pouvait compter sur lui, c’était tranchant. Après, à mon époque, on n’a jamais eu de grands attaquants ! Cette saison-là, on a Clément Garcia, et Frank Farina mais sur le déclin. Donc on comptait plus sur une force collective au milieu de terrain avec Assadourian qui partait. Tandis qu’à l’extérieur, on faisait du défensif ! On n’avait pas réellement de point de chute d’attaque. À part Assad, mais il était tout seul, c’était galère !

C’est dommage, celui qui avait été recruté pour apporter du poids devant et qui avait fait une bonne préparation, c’était Christian Perez, mais qui s’est blessé lors du premier match à Lens… Il a finalement très peu joué.

Il a très peu joué alors que c’était quelqu’un qui nous aurait amené quand même un peu plus d’expérience. C’est dommage, parce que qu’on avait beaucoup à apprendre de lui. Je me souviens, deux ans auparavant, il jouait encore en équipe de France ! Il s’est blessé et n’a jamais su revenir. Manque de confiance après avec le coach, parce qu’il était particulier Fernandez ! Si t’étais pas costaud, c’était pas la peine. Fernandez l’a jeté. Je ne pense pas que Christian Pérez ait de bons souvenirs de Lille.

équipe9596

Ensuite, ta deuxième saison à Lille, 1995-1996, démarre d’une façon assez catastrophique. Là c’est une photo collective, c’est le Challenge Emile-Olivier au Stadium. On ne gagne pas avant la 10ème journée, je ne sais pas si tu te rappelles.

Exact, c’est la saison où Jean Fernandez se fait virer. Et Jean-Michel Cavalli le remplace. Cavalli me convoque dans son bureau et me dit « pour moi t’es pas titulaire. Si tu veux partir, tu pars ». Sauf que Jérôme Foulon était parti à l’intersaison. Puis Fabien Leclercq se blesse : donc on n’a plus d’arrière droit. Et finalement, Cavalli me met arrière droit, et j’ai joué toute la saison sur le côté, et même jusqu’à mon départ de Lille. Donc je n’avais pas de grosses affinités avec Cavalli, et après voilà, ça se passe sur le terrain. Je faisais le travail.

Tu avais déjà joué latéral ?

Oui, enfin tu sais, moi je suis multipostes. Sauf dans les buts ! J’ai joué à gauche, à droite, stoppeur…


« Nos qualités ? C’était se battre, chaque saison »


Sur un plan collectif, l’analyse qu’on avait faite, c’est que
l’intersaison avait été mal conduit : on avait recruté beaucoup d’anciens qui étaient finalement sur le déclin… On n’a rien contre eux personnellement, mais on ne peut pas dire que Germain, Rabat ou Simba aient laissé un grand souvenir à Lille. Quant à Frank Pingel, le Danois, la légende…

…qui s’est battu une fois avec Rabat ! Un truc de fou. On est en boîte. A l’époque, on pouvait sortir, sauf les veilles de match. On se fait un repas. Puis on va en boîte, du côté de Moulins. Et ils se mettent sur la gueule. Truc de fou ! Ils se sont foutus sur la gueule. Ils ne s’entendaient pas. Thierry Rabat, on peut dire ce qu’on veut de lui, mais c’était un professionnel. Sur le terrain, c’était un professionnel. J’aimais bien. On ne parle pas de technique là, car ces années-là, mis à part Sibierski qui avait du talent à l’époque, dis-moi qui est technique dans cette équipe ? Dindeleux était élégant. Mais techniquement, par rapport à ce qu’on voit maintenant… Hormis Sibierski qui avait les qualités requises, on savait qu’on n’allait pas jouer les cinq premières places, on savait qu’on devait se battre. C’était ça nos qualités.

Cette altercation Pingel-Rabat, est-ce que c’est significatif d’une mauvaise ambiance à l’époque ? Ce qui pourrait aussi expliquer le mauvais début de saison…

Oui, clairement. Là, je vois Meszoly sur la photo, un super mec. Et à côté, une espèce de coalition des deux Danois… Aujourd’hui c’est une époque qui est fort médiatisée, donc tu ne peux plus rien faire, même dans le couloir ! Moi je me souviens d’avoir mis une claque à Giuly ! Avec Fabien Leclercq, on lui a dit pendant le match : « tu vas voir, on va te choper là-bas ! ». En fait, quand on sortait du terrain à Grimonprez-Jooris, il y avait 3 marches à descendre, et après il n’y avait pas de caméra. C’est quand on a joué contre Lyon en Coupe de France [février 1997]. Jean-Claude [Nadon], toujours aussi froid…

Il est à Lens maintenant !

Il paniquait tout le temps ! C’était le plus ancien, il avait toujours peur ! Je ne sais pas si c’est une question de peur ou de concentration… On avait l’impression qu’on ne pouvait pas lui parler.

Tu parles pour toute sa carrière ou juste cette année-là ? Parce que cette année-là, il a pas fait un bon début de saison…

Non, non, toute sa carrière ! Laisse tomber, Jean-Claude au début était d’ une froideur ! Froid à mort ! Quand je suis arrivé de Valenciennes, il était froid ! Et puis après, on est devenus potes. Moi je rigolais dans le vestiaire, il faut rigoler ! Simba, c’est dommage… Je lui ai dit « tu fais une bicyclette au club, tu verras, tu vas être le roi du club ! Fais ça en match ! Tente, tu verras, t’auras tout le public qui sera avec toi ! ». C’était Monsieur Bicyclette quand même. Il l’a jamais fait ce con !

Après, Simba, en fin de saison, il a mis les deux buts qu’il fallait. Enfin il a mis quatre buts dans la saison, dont deux décisifs. Mais bon… C’est quand même une période où on des bons souvenirs parce qu’on était gosses, on partait pas forcément gagnants, mais quand il y avait quelque chose qui se passait sur le terrain, même une égalisation de raccroc contre Martigues à la 88e, on était contents.

Moi j’allais vers les DVE. Pour les matches à l’extérieur, on avait des places, je leur filais. Il y a un lien qui s’est créé avec les supporters. J’allais sur le parking discuter avec les gens et tout. Maintenant, t’as l’impression que tu ne peux plus les approcher. Même les gars du centre de formation. Il n’y a plus ce respect qu’on avait avant. Avant, tu bronchais pas avant avec les anciens. Tu vois, je parlais de Nadon, je le respectais. Fallait pas lui dire « t’es un enculé ! ». Tu disais ça, laisse tomber, là tu te mettais tout le monde à dos !

Boutoille Duncker 2

Février 1997, coupe de France, Lille-Lyon, avec Djezon Boutoille, le buteur du soir (voir le résumé de la rencontre plus bas). Et donc juste avant de mettre un taquet à Giuly.


En tout cas, cette saison 95-96, le maintien est acquis de justesse en fin de saison, notamment grâce à
un but improbable de Collot à Paris, je sais pas si tu te rappelles ? Le centre raté…

Merci Bernard ! Un ancien Lillois… Cette année-là, le maintien est miraculeux.

 

« En 1996-1997, on s’est laissé griser par

le bon début de saison »

Equipe9697


Et la saison suivante
nous intrigue beaucoup, encore aujourd’hui, parce qu’il y a un départ canon, complètement inattendu : au tiers du championnat, Lille est 4ème après la victoire contre Lens, avec un doublé de Collot. Après 15 journées. Et puis une deuxième partie catastrophique, et la descente à l’arrivée.

Oui, un début de saison superbe [On regarde la photo, Lille-Metz, août 1996]. Je jouais milieu de terrain ce jour-là, je me souviens [d’ailleurs, Arnaud fait la passe décisive pour Miladin Becanovic, et Lille s’impose 1-0]. Lui, Banjac, pouah… Exceptionnel ! Quand il voulait ! Il me disait « Moi aujourd’hui Arnaud, grand match ! » Je lui dis : « putain, tous les jours tu dois faire un grand match ! ». On était bien copains. C’est dommage, on a fait un super départ canon. Et on s’est effondré. Alors qu’est-ce qui s’est passé ? On s’est peut-être crus arrivés à un certain moment. Cavalli aussi s’est cru trop vite arrivé. On est 4èmes, on entend parler de Coupe d’Europe, et on s’est peut-être laissé griser. On s’est laissé griser.

Image de prévisualisation YouTube Coupe de France 1997, derniers coup d’éclat d’une triste fin de saison : en l’espace de 4 jours, le LOSC élimine Marseille puis Lyon. Arnaud est très offensif, manquant de marquer à deux reprises, mais il sait aussi revenir quand il faut sauver un ballon sur la ligne.

L’équipe ne manquait pourtant pas de qualités, parce qu’en fin de saison, il y a ces deux matchs de Coupe : contre Marseille à Valence et contre Lyon où à nouveau on retrouve l’équipe de début de saison. Mais seulement en coupe ! Par contre en championnat, c’est la cata, avec pour point d’orgue la défaite contre Montpellier 0-4 à domicile.

Catastrophe… Qu’est-ce qui s’est passé ? Bah voilà, je te le dis, on s’est cru trop vite arrivés… On parlait déjà de transferts… Moi déjà cette année-là, Lens qui me voulait parce que Foé partait à Lyon. Vas-y, je vais pas aller à Lens, je ne vais pas rejoindre Daniel Leclercq ! Les boules, ils sont champions de France ! Mais bon, non, je ne serais pas allé à Lens. On s’est cru trop arrivés parce qu’on a fait six mois, on va dire jusque décembre, fantastiques. Et après on s’est cru arrivés. C’est là où on a eu un manque d’expérience. On était trop jeunes, beaucoup trop jeunes. Il y a eu tous ces trucs… Ce garçon-là [montrant du doigt Garcion]…

Oui, David Garcion, il a été suspendu pour dopage.

Il sautait plus haut que moi à la tête ! Je me demandais quoi, c’était exceptionnel ! Ce garçon était exceptionnel. Cette année-là, il était au bataillon de Joinville, avec Franck Renou. Il était au service militaire cette année-là ! On ne le voyait que le vendredi et le samedi ! En fait, il ne s’entraînait jamais.

Du coup, tu es en train de nous dire quoi ? Ça n’a jamais été très clair. Lui a toujours dit « je n’ai rien pris ».

Je dis que ses débuts étaient exceptionnels. Je ne comprenais pas qu’on ne le garde pas, parce que putain… C’est quoi ce mec-là… Je te dis, on s’est cru trop vite arrivés.

Quand on regarde, on se dit qu’il y avait quand même une belle équipe.

Et là, il y avait une putain d’ambiance, c’est ça qui est fou ! On s’entendait tous bien… Il y avait le petit groupe des Sudistes, avec Cavalli, Rabat, Collot… Et Jean-Marie Aubry faisait le lien entre tout le monde, entre jeunes et anciens. Duncker12Tiens, j’aimais bien chambrer Pascal Cygan ! Heureusement que Vahid l’a recadré stoppeur, il ne savait pas faire un centre ! Je lui disais : « je sais pas, achète deux pieds ! ». On en rigole encore quand je joue avec les anciens. Malheureusement, on a très mal fini. Autant Patrick Collot est un gars du Sud qui s’est acclimaté ici, autant Thierry Rabat ne s’est pas acclimaté. Il a été pris en grippe à la fin. C’était tendu. Je me souviens du dernier match, tout le monde le sifflait, il me dit « Je peux plus jouer Arnaud »… Je dis « vas-y, on a besoin de toi ! ». « Non, non, je peux plus jouer ». Comme quoi… Un mec avec de l’expérience quand même, qui a joué au haut niveau… Moi ça m’est arrivé de me faire siffler, l’année où on est en première division à Valenciennes, je me suis fait siffler pendant six mois, par mon public, alors que l’année d’avant, on fait une saison fantastique, on se fait applaudir dans tous les sens.

Pour quelle raison tu as été sifflé à Valenciennes ?

La raison c’est qu’une interview du Bosniaque, qui est l’adjoint de Wenger actuellement…

Boro Primorac

…Dans une interview dans la Voix du Nord, il est allé dire que j’étais son fils ! Voilà. C’est tout con. Dans un moment où on n’avait pas de résultats, où j’étais en concurrence avec Dominique Corroyer qui revenait. Quand tu te fais siffler toutes les semaines chez toi, t’as les boules. Tu le vis mal.

De manière générale, tu étais très apprécié par le public à Lille. A Valenciennes, il y a eu des périodes aussi intenses ?

Au début, jusqu’à la montée, j’étais très apprécié parce que j’étais un mec du club. Et quand je suis parti à Lille, j’avais l’impression que je ne l’étais plus. D’ailleurs on avait fait un match amical pour mon transfert, et là les gens m’ont pris en grippe parce que j’étais parti à 50 bornes de là, alors que je restais encore dans la région de Valenciennes ! Je faisais la route tous les jours pour aller sur Lille.

Il y a pas eu aussi un amical en août 95, Lille-Valenciennes, où t’es expulsé ? Une bagarre avec Carl Tourenne, qui jouait à Valenciennes… ?

Oui ! Ce jour-là je l’ai shooté. J’étais connu dans ces choses-là, c’était ma mentalité. J’ai pu me battre avec Cyril Rool à Bastia alors qu’après il venait après dans mon magasin quand il jouait à Lens. Sur le terrain, il savait que j’étais là. J’étais pas un sans-couille. Excusez-moi d’être couillu, mais je préfère dire les choses.


« La saison avec Thierry Froger, un gâchis »


Et ta dernière saison à Lille, en 1997-1998, se fait donc en D2.

Ça ne s’est pas bien passé. En 1997, je devais partir de Lille et signer à Bordeaux avec Courbis. J’ai eu des contacts en février-mars. Je l’ai eu au téléphone avec mon agent. J’étais en fin de contrat. Et moi, comme un con, parce qu’à l’époque tu signais pas des gros contrats, je dis « bah on va attendre le mois de juillet, la fin. On verra bien. » Alors qu’en mars je pouvais déjà signer ! Manque de bol pour ma tronche, Courbis se barre à Marseille ! J’étais dans les petits papiers de Courbis, mais à Bordeaux ! Pas à Marseille, parce que c’était au-dessus et ils avaient déjà ce qu’il fallait. Ça a été une erreur de ma part. Et j’ai re-signé à Lille, ça s’est fait sur un parking à Petite-Forêt avec Charly Samoy. D’ailleurs en 97-98, je n’ai pas fait une grosse saison. J’avais pris du poids, on le voit à ma gueule. J’étais pas en forme. Je ne sais pas ce que j’avais foutu, je crois que j’avais fait trop de guinzes. J’avais pris 3-4kg.

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Et sur le plan collectif ? Parce que l’objectif de montée n’est pas atteint.

L’effectif était pas mal quand tu regardes un petit peu ! Mais cette année-là, on doit être dans les trois premiers ! On l’est quasiment toute la saison, et puis tu te plantes à la fin parce que l’autre [Thierry Froger] prend des décisions de merde. On ne comprenait pas.

C’est quoi les décisions de merde ?

On a joué à Toulon, qui était dernier, dans un système de jeu qu’on n’avait pas travaillé. Donc on perd. Au retour, contre Toulon à Grimonprez, Toulon est toujours dernier, et encore un système de jeu qu’on comprenait pas. Donc on perd encore. Ce jour-là, j’étais fou. Alors qu’on était bien durant la saison, on était super bien ! On devait remonter ! Tu ne dois pas attendre Vahid pour remonter, tu dois remonter cette saison-là ! C’est honteux ce qu’il nous a fait !

Le LOSC a 6 points d’avance sur le 4e à 6 journées de la fin.

Si tu regardes, je pense qu’il nous avait écartés durant deux ou trois matchs, avec Anthony Garcia, Franck Renou, Jean-Marie Aubry… On avait perdu en coupe à Boulogne. Du coup, je suis parti une semaine voir mon pote David Régis, qui jouait à Karlsruhe. J’avais loupé une semaine, de la merde, j’en avais marre ! Aubry a eu une altercation avec lui, il a cassé la porte ! Aubry remplaçant, BOUM ! Il lui pète la porte. Ca a été loin, hein ! Il nous écarte, et l’équipe perd : il nous rappelle. Je m’en souviendrai toujours : on est dans les 3 premiers toute la saison. On doit monter. Ça a été un gâchis. Un gâchis !


« Bernard Lecomte, un homme exceptionnel »


Ce qui est vraiment étonnant, c’est que Lille ne perd que 4 fois sur les 29 premiers matches… Puis 7 fois sur les 13 derniers !

Je lui ai dit ce que je pensais : « attends, ce truc-là, on n’aurait pas pu le faire avant ? » Il faisait chier ! En plus, il n’arrêtait pas de me faire chier avec mon poids. Je passais à la balance matin, midi et soir, j’en avais marre ! Et mes problèmes de genou commençaient. J’aurais dû me faire opérer, mais j’ai été mal soigné. Donc on a souvent été dans les trois premiers, mais ça n’a pas été une bonne année. Même au niveau de l’ambiance. J’ai préféré la saison d’avant où on a galéré, où on descendus, mais franchement on s’entendait mieux.

Et au-delà de ses options tactiques, comment Thierry Froger gérait le groupe ?

Je pense que c’est sur le terrain que tu gagnes ta place, pas en allant dans le bureau de l’entraîneur.

Il y a eu une constante à Lille durant ton passage, c’est la présidence du club. Que peux-tu nous dire sur Bernard Lecomte ?

Un homme exceptionnel. C’est le sauveur du club. C’est lui qui a remis le club dans le droit chemin, économiquement. J’espère qu’on le considère. Je ne le vois pas trop. Un bonhomme, et pas que dans le football. Je sais qu’à mon mariage, il a offert des fleurs à ma femme, ça prenait tout le bar ! C’est quelqu’un proche des joueurs. Il a essayé de faire fonctionner tout à la fois : les supporters, la vie du club, la vie de l’équipe, les jeunes…Il fait partie de ces gens qui se sont impliqués pour faire revenir le LOSC. S’il y a eu cette évolution avec Vahid, c’est grâce à lui ! Sinon le club serait pas là où il est ! Pourquoi après il y a des investisseurs ? Cette période a fait que vraiment le club a décollé, parce que le fonctionnement interne du club était sain, du bas jusqu’en haut. Parce que je considère que le club, c’est tout le monde : le gens qui travaillent dans l’administration font partie du club. Bien sûr, une vie de groupe, ce n’’est pas pareil, le sportif et l’administratif. Mais ce sont des salariés du même club. Quand on allait en haut au petit restaurant de Grimonprez, tout le monde était là, à Noël, en début de saison, en fin de saison.
Peyrelade Duncker


« Je dois signer en Angleterre… et mon genou lâche »


Tu es en fin de contrat en 1998 à Lille, et là on perd un peu ta trace. Tu pars en Angleterre en fait ? Comment ça s’est passé l’intersaison ?

Pas mal de clubs de D2 française me sollicitaient, mais je ne voulais pas y aller. Par exemple, Hervé Gautier est à Laval et me demande de venir. J’avais changé d’agent, j’étais avec Bruno Satin. Il m’envoie à Ipswich, Ligue 2. Ça se passe bien, je fais une super semaine, j’ai un bel article pour mon dernier match. Il y avait une telle différence par rapport à chez nous : les stades étaient pleins pour des matches amicaux, 20 000, 25 000 personnes ! Je passe deux semaines là-bas. Et comme c’est même retransmis à la télé, mon agent me dit que Bolton veut aussi me faire passer un essai. Per Frandsen y jouait. Il était adulé ! Il jouait dans un rôle que je ne lui connaissais pas, car quand je jouais contre lui avec Valenciennes et qu’il était à Lille, il jouait n°10. C’est moi qui l’avais sur le dos ! Là, il avait le n°6. Heureusement qu’il était là, je ne parlais pas trop anglais. Je reste une semaine, mais je ne sens pas les mêmes affinités. Le groupe était un peu bizarre, le club venait de monter, il y avait beaucoup de joueurs, énormément de joueurs. Lors de mon premier entraînement, je vois un tchiot qui me pique mes pompes ! « Woh ! Rends mes pompes ! ». Et Per me dit « t’inquiète, il va te les cirer et te les ramener ». En fait, les jeunes là-bas s’occupent des chaussures. Je pensais qu’il me les chourrait ! Même les fringues, c’était les tchiots qui te les prenaient et t’avais tout… Professionnel quoi, ça commençait déjà à l’époque. Attends, au Reebok Stadium, t’avais une maternité à l’intérieur !
On fait un match contre le Celtic. Je joue. Et je me pète. Une semaine avant, ils voulaient me faire signer. Mon agent est là, ma femme est là. Et je me pète.

Le genou qui te faisait mal depuis un moment ?

Oui. Je me le pète. Retour en France. Ils m’ont laissé six mois, puis me demandent où j’en suis. Mais impossible de jouer : j’avais tibia, fémur, genou, plateau tibial… J’ai fait quatre opérations en deux ans. Au bout de six mois, je suis repassé sur le billard. J’avais 14 broches, une cicatrice comme ça de là à là, et voilà. Finalement, un an et demi de galère. Là, j’ai encore des contacts avec Bolton, mais au bout d’un moment, un an et demi comme ça, tu n’es plus le même, ne serait-ce que mentalement.

Et là, est-ce que tu te demandes si tu vas arrêter ta carrière ?

Je voulais continuer. Je n’avais même pas 30 ans. Mais mentalement, je n’y étais plus. Je me suis arraché pour revenir. Arraché, arraché, arraché… Je m’entraîne. J’ai sollicité Valenciennes, à l’époque ils étaient en National. Je demande à Ludo Batelli si je peux m’entraîner avec eux les six derniers mois. Et voilà, ça revient. Je fais six mois avec lui, superbes ! Je ne faisais pas partie du groupe, j’étais à côté. Et Ludo Batelli qui me dit qu’il aimerait me prendre pour la saison suivante. Et en fin de compte, Ludo se fait virer, alors qu’il a failli monter en D2 : l’accession est manquée d’un point pour une connerie, un match nul je sais pas trop où… Mais je signe quand même à Valenciennes, avec pour entraîneur Didier Ollé-Nicolle. Il y a un gros recrutement, avec pas mal de gens du coin, Emmanuel Clément-Demange.
La saison se passe. J’avais un contrat fédéral, qui est comme un contrat pro. Je jouais quasiment libéro là. On est pas mal à la trêve, mais on n’est pas dans les objectifs, être dans les trois premiers de National pour monter, vu l’équipe, vu l’argent investi. Et là, descente aux enfers aussi, parce qu’on a un entraîneur qui est con. J’étais capitaine en plus cette année-là. Je dis « écoute, reprends ton brassard si tu veux pas m’écouter », parce qu’à la trêve on est sixièmes je crois, on revenait bien parce qu’on avait fait un mauvais départ. Et après il repart en couille. J’avais deux ans de contrat, mais d’un commun accord, j’ai arrêté au bout d’un an.

 

« Une carrière de footballeur passe très vite »


Donc là on est en 2001 ?

Oui. Là j’arrête, à 31 ans. Mentalement je n’étais plus dedans. Revivre une saison comme ça… Autant j’ai supporté tout le monde, des crises de nerfs dans tous les sens, des bagarres, des joueurs qui n’avaient pas le niveau et qui jouaient, mais là stop.

Que deviens-tu alors à ce moment-là ?

Donc fin de carrière, chômage, et je suis parti jouer en Belgique, à Ath, durant une saison, en 2002-2003. Je suis ensuite allé à Tournai en 2003-2004, puis j’ai été transféré à Lessines… Vraiment un parcours en deux ans de temps : Ath, Tournai, Lessines, et de nouveau Ath parce que les clubs avaient fusionné.

Et ça c’est de la D2 ? D3 ?

3ème division. Ça se passait bien ! Les deux clubs avaient fusionné. Maintenant Tournai joue au stade Luc Varenne. Je jouais là, ils avaient ramené beaucoup de Flamands, mais ils ne s’entendaient pas avec les Wallons. D’ailleurs ils sont descendus. Moi j’étais parti à la trêve. Je suis redescendu, parce que t’as la D1, D2, la 3ème, et puis t’as la…

Provinciale.

Oui ! Et j’ai joué en Provinciale. C’était costaud, j’étais surpris ! J’ai joué n°10, j’apportais l’expérience. Ça m’allait très bien. J’y suis resté 4 ans. Et parallèlement, en 2003, j’ai lancé un magasin de chaussures de sport avec ma femme dans le Vieux-Lille.

Quand tu montes ton magasin, cette reconversion, c’est quelque chose auquel tu avais pensé quand tu étais joueur ? Ça s’anticipe comment ?

DunckerNon, ce n’était pas anticipé du tout. Quand j’ai arrêté le foot professionnel en 2001, ma fille est née. Donc je me suis occupée d’elle pendant un peu plus d’un an. Durant cette transition, j’ai passé des diplômes d’entraîneur. Et après fallait trouver quelque chose ! Pendant un an, j’ai fait des démarches. Et j’ai bénéficié de l’aide de Jacques Glassmann, pour avoir un peu de contacts. J’étais en cours de BE et j’ai arrêté parce que j’ai monté mon magasin. J’ai eu un autre projet. J’ai connu un mec sur Paris ça s’est bien goupillé. Et donc on s’est lancés avec ma femme en 2003, jusque 2011. Ça marchait bien, mais on s’est séparés, et le magasin a commencé à couler. On a essayé de le faire revenir, mais quand tu laisses un peu couler, après tu sais pas revenir.

Tu parles de la reconversion en disant que ce n’était pas quelque chose de prévu. Est-ce que durant ta carrière de joueur, on t’a sollicité, on t’a dit de penser à ta reconversion à un moment ? Aujourd’hui c’est le cas…

Oui, l’année où on est montés [1992]. Mon coéquipier Eugène Ekéké, qui a fait la coupe du monde 1990 avec le Cameroun, m’a mis en garde. Quand j’y repense… Ses paroles me restent. J’ai même l’image en tête, dans le vestiaire à Nungesser. Je faisais partie des joueurs qui restaient tard au club après l’entraînement. À l’époque, tu n’avais qu’un entraînement par jour. Je lisais le journal, je discutais avec tout le monde… Il me dit : « fais attention Arnaud, ça va très vite une carrière. Fais attention à tout ce que tu fais ». Et quand je regarde en arrière, c’est passé super vite. Quand vous me montrez ces vieilles images, j’ai des souvenirs, mais je n’en ai plus trop. Ça passe ! Quand j’ai monté mon magasin, je ne me suis que ce serait mon dernier métier. J’étais sûr que…voilà ! Voilà, la preuve ! Alors je ne dévoile pas ma vie, mais ma vie professionnelle actuellement c’est pas terrible. C’est compliqué.

Et donc après, quand il n’y a plus eu ce magasin, tu as fait quoi ?

Chômage… J’ai vécu un peu sur mes acquis. J’ai travaillé pour la mairie de Valenciennes il y a deux ans. J’ai eu une idée, je me suis présenté et j’y ai bossé sept mois, c’était la durée de ma mission, sur les commerces vacants. J’ai répertorié tous les commerces vides, et j’ai contacté tous les propriétaires. C’est une loi : au bout de deux ans, trois ans, si ton commerce est vide, la mairie peut taxer le propriétaire. Même ici sur Lille, ça commence à se faire. J’ai été pris pour ça, et ils ont récupéré quoi, 130 000 € ? Il y avait plus de 180 commerces fermés dans la région valenciennoise, mais je me suis concentré sur les 40 plus gros. C’était une bonne expérience, d’autant que j’étais souvent à l’extérieur, pendant 70-80% du temps. Et mon bureau me servait à saisir par écrit ce que j’avais répertorié, avec rapports et dossiers.

Tu m’as donné une carte il y a six mois, c’est « Arno Diffusion ».

Oui, j’ai une société de biens de services dont je ne m’occupe pas trop. Je ne pense pas que ce soit mon truc. Je faisais l’approche par rapport à des fournisseurs, je travaillais avec Cdiscount. J’essayais de trouver moins cher pour ensuite revendre et essayer de faire des marges. Mais je m’aperçois que c’est très compliqué si tu n’as pas du gros volume. Il faut du réseau, beaucoup de réseau, et c’est difficile de mener ce travail en tant que particulier. Pour le moment, c’est en stand-by.

Donc concrètement aujourd’hui, t’es en reconversion pro. Enfin tu cherches quelque chose…

Oui, je cherche. J’aimerais travailler dans le football, mais pas forcément sur le terrain. Parce que ça n’a jamais été mon objectif d’être entraîneur. J’ai pourtant mes diplômes. Je préférerais un boulot d’observation des matches par exemple, de recrutement au niveau des jeunes, parce que je pense avoir de l’expérience et des qualités pour ça.

Merci de nous avoir consacré du temps. On est très heureux de t’avoir vu. On ne sollicite que des joueurs qu’on a vraiment appréciés. Et on espère que ta situation professionnelle va s’arranger.

Faut toujours garder espoir ! Je vous offre un verre !

 

FullSizeR_7Merci à Arnaud et à Milo pour leur disponibilité (et pour les bières !)


Posté le 24 août 2017 - par dbclosc

Rachel Saïdi : « Le LOSC forme aussi bien des joueuses de haut niveau que les femmes de demain »

En lecteurs attentifs que vous êtes, vous aurez remarqué qu’on parle beaucoup du LOSC sur ce site. Nous faisons même l’hypothèse audacieuse que c’est la principale raison pour laquelle nous sommes lus. Mais le LOSC, c’est aussi une section féminine, dont l’équipe première est montée en première division à l’issue de la saison dernière : on avait même rédigé les comptes-rendus des 2 matches contre La Roche-sur-Yon auxquels nous avons assisté, le premier ici, et le second à rejouer ici. Et si nous nous sommes contentés de ces résumés de matches, c’est précisément parce qu’on connaît moins l’équipe féminine : non professionnelle, moins « bling-bling », moins médiatisée, ces facteurs s’alimentant les uns les autres, c’est quasiment un autre monde. L’équipe est en outre toute récente puisqu’elle est issue d’une fusion d’avec Templemars-Vendeville, alors en D2, en 2015 : on a alors moins de souvenirs à raconter.

Il n’y a pas longtemps, on constatait, si l’on en croit les statistiques que Facebook met à disposition de ceux qui administrent des pages, qu’environ 95% de nos « fans » étaient des hommes. Alors certes, le football, qu’on le pratique ou qu’on supporte une équipe, reste probablement un secteur où les hommes sont largement sur-représentés. Certes1, la quasi-totalité de nos articles évoquent les équipes masculines : à ce titre, on contribue sans doute à amplifier la tendance « masculine » du foot. Mais tout de même, 95%, ça nous a un peu chiffonnés. Remarquez cependant que si nos articles sont rarement dans le feu de l’actualité (de même, notre page facebook et notre compte twitter ne servent ni à relayer la communication officielle du club ni la moindre rumeur de transfert), on s’efforce de retweeter l’actu de la section féminine, histoire de compenser (un peu) sa sous-exposition. Et on n’oublie pas l’anniversaire des joueuses, aussi !

Ce qui se passe au sein de la section féminine n’est donc pas moins intéressant : elle a ses spécificités, dues entre autres aux quelques raisons évoquées ci-dessus, mais est aussi partie intégrante du projet global du LOSC. Les joueuses ont repris l’entraînement fin juillet. Si vous suivez l’intersaison, vous savez que quelques joueuses ont rejoint l’effectif : sur son site, le LOSC fait un bel effort de présentation de ces nouvelles recrues et de la préparation des filles. Se sont jointes à l’effectif : Ouleymata Sarr, une attaquante du PSG ; Charlotte Saint-Sans Levacher, défenseuse d’Arras ; Aurore Paprzycki, milieu de VGA Saint-Maur ; Julie Pasquereau, milieu de l’ESOF ; Anne-Laure Davy, attaquante de Soyaux ; ainsi que Elisa Launay, gardienne de Bordeaux, Héloïse Mansuy, défenseuse du FC Metz et, surtout, Lewandowski. Bon, Camille Lewandowski, mais Lewandowski quand même, attaquante d’Hénin-Beaumont. La présentation de ces trois dernières joueuses est à retrouver ici.

C’est pourquoi, alors que la saison va reprendre le 3 septembre pour les Lilloises (contre Bordeaux), il nous a semblé opportun de parler des filles du LOSC afin de comprendre très concrètement comment la section féminine – y compris chez les plus jeunes donc – s’organisait. Et pour ce faire, nous avons sollicité Rachel Saïdi. Dunkerquoise d’origine, Rachel Saïdi a débuté le football à l’US Tétéghem, puis à Malo. Jusque là en mixité, c’est à Gravelines qu’elle rejoint une équipe féminine en 2003. 6 ans plus tard, elle rejoint la D1, avec l’équipe d’Hénin-Beaumont, puis rejoint Arras, pour une saison, en 2014-2015. Elle est donc arrivée au LOSC au moment de la fusion en 2015.

Mais Rachel Saïdi est également salariée du club, en tant que coordinatrice de la section féminine, des U7 aux U19. Elle nous semblait donc particulièrement bien placée pour nous parler des thèmes que nous voulions évoquer : pêle-mêle, le sentiment du groupe lors de la fin de saison dernière, la préparation de la nouvelle saison, son rôle de coordinatrice au LOSC, la place réservée aux filles dans le club, la manière dont le club s’y prend pour « repérer » de jeunes joueuses, ce qu’est être footballeuse aujourd’hui, les performances françaises à l’Euro et leurs conséquences, l’état du football féminin français en général, et les projets du LOSC à travers sa section féminine.

USBCO - LOSC (0-7)

 

On va commencer avec la saison qui s’est achevée, avec la montée en D1. Comment, globalement, tu as vécu la saison ? Est-ce que c’était l’objectif ou est-ce que c’était « simplement » l’ambition ?

C’était plus une ambition, parce que l’objectif du club et du staff, c’était le podium. Ce n’était pas forcément l’accession directement. La section féminine au LOSC est très récente : on entre maintenant dans la troisième année d’existence. On a fusionné avec Templemars qui était déjà en D2, donc c’était plus facile aussi d’atteindre l’élite plus rapidement. J’ai connu la D1 avec Hénin et Arras et le fait de finir – comme je suis en fin de carrière – mes dernières années en D1, c’était l’objectif. Après on ne voulait pas se précipiter, mais on savait qu’on aurait les moyens qui nous permettraient de monter rapidement. On est toujours restées vigilantes et on a eu de la chance parce que les choses se sont bien goupillées : le recrutement a été bon, même si ce n’était pas forcément des joueuses qu’on connaissait sur le plan mondial. Finalement, la mayonnaise a pris très rapidement.

 

« La saison dernière, il y a eu beaucoup de frustration et de colère à l’égard des instances »

 

Cette fin de saison qui a quand même été particulière… On suppose qu’il y a quand même dû avoir une inquiétude quand le match contre La Roche-sur-Yon a été rejoué ?

Il y avait plutôt de la colère, de la frustration, parce qu’on pensait qu’on méritait vraiment cette montée, car on avait été presque régulières sur la saison, même si à l’extérieur on a été moins performantes qu’à domicile. Mais ce qui m’a le plus frustrée, c’est que ça a été remis en question par rapport à une joueuse qui n’a pas fait la totalité de la saison avec nous, qui a fait quelques matchs. Il y a eu beaucoup de colère en fait par rapport aux instances. Ce n’est pas la première fois qu’il y a des petits couacs comme ça, mais voilà, il fallait se remobiliser rapidement et dire qu’il restait 90 minutes ! À Arras, on aurait déjà pu éviter tous ces problèmes, mais on n’a pas su faire la différence lorsqu’on avait encore les cartes en main2, et c’est de notre faute.
C’était une saison qui était assez longue. On était toutes fatiguées mentalement. Et au final, on a eu surtout un public derrière nous… On a eu des parents de joueuses, notamment chez les U9, très présents ! On a fait des animations avant, etc, pour vraiment toucher du monde. Et l’engouement qui s’est créé, ça nous a vraiment
touchées émotionnellement, et c’est pour ça qu’on a réussi à aller chercher la victoire !

Une des recrues, Julie Pasquereau, vient de La Roche : vous en avez parlé avec elle ?

On l’a vannée ! Quand elle est arrivée, on a commencé à la chambrer ! Mais Julie a une très bonne mentalité : aucun souci ! Elle a dit qu’on avait mérité cette montée-là.

 

« En D1, nous serons mises à rude épreuve dans l’impact athlétique »

 

Vous avez repris l’entraînement fin juillet, le championnat reprend début septembre. À quelle fréquence ont lieu vos séances d’entraînement, et comment s’organise la préparation ?

On a un entraînement quotidien : du lundi au vendredi, et parfois le samedi. Ça dépend si on joue à domicile ou à l’extérieur. 5 matchs amicaux sont prévus, le premier match amical s’est déroulé hier [dimanche 13 août, victoire 3-0 contre Rouen]. On enchaîne mercredi, dimanche prochain, mercredi prochain, re-dimanche prochain3. On a pas mal de matchs amicaux, y compris contre des garçons : c’est un choix de l’entraîneur parce que, dans l’impact athlétique notamment, on va être mises à rude épreuve et bousculées par rapport à la D2. Donc même les séances sont orientées sur l’aspect athlétique, en termes de force de duels. On beaucoup travaillé en salle de muscu. On y a accès tout le temps. Avec Hicham, le préparateur athlétique, on a un gros travail de renforcement haut et bas de corps. C’est différent de l’époque où on était en D2.

Le club a recruté à toutes les lignes, notamment une gardienne de but, Elisa Launay. Elle vient pour être n°1 ?

Oui, c’est dans les propos du coach. Il a été clair avec les deux gardiennes, parce que c’est vraiment un poste délicat. Donc il y a une n°1, Elisa Launay, et une n°2, Floriane Azem. Mais Floriane dispose des mêmes conditions de travail qu’Elisa. Elles ont des spécifiques, et parfois elles vont à Luchin pour faire des séances supplémentaires. Ce sont les mêmes conditions de travail, mais une hiérarchie a été établie.

Sans Gregory Wimbée, qui est parti avec la réserve masculine.

Oui. On a cette année Philippe Maréchal, qui a entraîné pendant très longtemps Hénin-Beaumont en D1, qui est aussi chez les garçons à Arras. Et en plus, le jeudi matin, les gardiennes sont avec Jean-Pierre Mottet, l’ancien entraîneur des gardiens des pros garçons, et Pierrick Mottet.

LaunayElisa Launay, nouvelle n°1 dans les buts

On suppose que dans un premier temps, l’objectif sera le maintien, même s’il y a déjà quelques joueuses qui ont connu la première division. Il y a eu pas mal de recrues, principalement venues de France cette fois-ci, et pas de recrues venues de Belgique comme il y a pu avoir l’année dernière. Comment ça se passe le recrutement dans un club, dans une section féminine ? Parce qu’évidemment, les moyens sont pas du tout les mêmes… Est-ce qu’il y a des recruteurs qui sont présents à temps plein ?

Au LOSC, pour l’instant non. Il n’y a pas de recruteur à temps plein sur la section féminine uniquement. Par contre, depuis la saison passée, les recruteurs des équipes jeunes garçons ont pour mission de signaler aussi les filles qu’ils croisent sur les terrains d’U7 à U15. C’est une richesse qui nous permet d’avoir un répertoire des joueuses existantes dans le district et dans la région. S’agissant des séniores, c’est encore différent : on a maintenant les agents qui, eux, démarchent directement le club.
Ensuite, le staff peut s’appuyer sur des vidéos pour analyser certaines joueuses qui les sollicitent ou non. Dans les clubs comme Lyon et le PSG, il doit certainement y avoir des recruteurs chargés uniquement de la section féminine.

Et ces gros clubs comme Paris, Lyon ou Juvisy ont aussi des recruteurs ici en Flandre alors ? Le LOSC n’a pas le monopole sur la région en fait ?

Je sais que Lyon a déjà recruté une joueuse U16 de notre région à l’époque pour son groupe U19 nationaux. Après vous dire qu’il y a des référents chargés d’observer les compétitions des plus jeunes, ça je ne pourrais pas vous dire.

C’est comme Claire Lavogez, qui était à Gravelines, puis Hénin-Beaumont et qui part rapidement à Montpellier en ayant quasiment pas joué en équipe première.

Le top 4 de la D1 est déjà bien armé. Ensuite Claire a été certainement vue lors des matchs en D1 qu’elle a effectué à l’époque avec Hénin.

 

« D’un point de vue budgétaire, le LOSC est à mi- tableau »

 

Revenons plus précisément à la vie du LOSC : d’un point de vue budgétaire, où est-ce que le club se place aujourd’hui en première division ?

On a fait un peu l’état des lieux au niveau des budgets l’année passée. Le plus petit budget de la D1, c’est Rodez-Albi. C’est du 300 000, 350 000 € par saison. Mais il y en a qui ont des avantages en nature à côté, il y en a qui arrivent à avoir du travail, des emplois, des contrats via leurs partenaires. Après il y a Guingamp, la fourchette du milieu de tableau de D1, de la 6ème à la 8ème place on va dire, qui sont autour de 500-650 000€. Et après vous avez le top 4, Marseille en remontant jusqu’à Lyon, qui sont à des 1M€. On monte jusqu’à 8M€. On va dire que la différence sur le terrain se fait là aussi. Vous voyez, les chiffres sont différents, donc il n’y a pas de miracle ! Ces filles-là s’entraînent deux fois par jour, parce qu’elles ont l’opportunité de le faire. Nous, on est obligées d’aller travailler. On s’entraîne à 19h30 ici tous les soirs.

Et donc au niveau du LOSC, budgétairement, je suppose qu’on est quand même au-dessus de Rodez, mais on est quand même bien en-dessous du top 4…

Le club a choisi d’être dans le milieu de tableau, tout en ayant comme objectif d’accompagner les joueuses dans un double projet. Elles ont l’opportunité de choisir une formation proposée par le « LOSC Formation », dirigé par Sébastien Pampanay4. Ce choix de fonctionnement permet à l’ensemble des joueuses de pouvoir anticiper l’avenir et de se couvrir sur l’après-carrière.
Le LOSC Formation propose un BPJEPS [Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Education Populaire et du Sport], une formation en anglais, un DU [Diplôme universitaire] en management de clubs sportifs. Il y a une multitude de formations. L’année passée, Camille [Dolignon] et Charlotte [Sailly] se sont inscrites pour le BPJEPS, elles entament leur deuxième année. Caroline La Villa a fait le DU.

36551183882_e5742ef165_o(1)Encore quelques petits soucis de coordination pour Julie Pasquereau, qui entame une célébration de but avant même d’avoir marqué (Photo : Patrick Vielcanet)

 

« Les conditions de travail sont vraiment optimales »


Oui parce qu’il me semble qu’au centre de formation, pour la section masculine, il y a par exemple la possibilité de passer une licence en deux ans quand on est en réserve.

Tout à fait, c’est la même chose chez les filles.

D’accord, donc vous avez les mêmes conditions.

On est dans les mêmes classes et donc dans les mêmes conditions. On retrouve aussi bien des joueuses que des joueurs du centre de formation.

La section féminine profite un peu du développement du LOSC en général, avec tous ces changements récents, et en même temps peut-être que les filles restent un peu dans l’ombre des garçons. Comment on se positionne dans cet entre-deux ?

Ayant travaillé avec la Ligue et en ayant vécu des années en D1 avec différents clubs, je peux affirmer qu’on est quand même bien aidées ! Les conditions sont vraiment optimales : nous avons accès aux soins médicaux à Luchin et au Stadium, pour les plus grandes ; nous sommes écoutées lorsqu’on a des besoins pour filmer des matchs ; nous mutualisons les moyens sur les actions éducatives pour les équipes jeunes filles et garçons ; nous véhiculons toutes les jeunes joueuses U12 à U18 à partir de septembre pour l’entrée en section sportive…
Après, en termes de communication, je trouve qu’on communique assez bien sur l’équipe première, que ce soit sur les réseaux sociaux ou le site officiel. Frédéric Coudrais prend le temps de nous mettre en valeur.

L’accès aux soins, ça a toujours été le cas, ou c’est une nouveauté depuis le rachat en février ?

L’accès aux soins est quasi inexistant dans les clubs de la région. Ou alors on a une connaissance qui fait qu’on peut aller dans un cabinet, mais on paie de notre poche… Et depuis la fusion entre Templemars et le LOSC, on a eu l’opportunité d’aller aux soins à Luchin en tant que joueuses séniores. Chez les petites, on a un médecin et un kiné référents.
Dès la rentrée 2017 en septembre, on ouvre des sections sportives du collège (à Lavoisier) au lycée (à Jean-Perrin) à Lambersart. Là, on a un médecin et un kiné directement sur les infrastructures. Donc les jeunes filles sont vues le lundi par le médecin et trois fois par semaine par le kiné.

Et alors sur ton cas plus personnel, pour savoir ce qu’être être footballeuse aujourd’hui : tu n’es pas sportive professionnelle, et tu travailles à côté pour le LOSC. Quel est ton parcours professionnel ?

J’ai travaillé 4 ans pour la Ligue du Nord-Pas-de-Calais de foot, notamment pour le développement du football féminin, quand je jouais à Hénin-Beaumont. À la fin de ma dernière année, le LOSC m’a proposé un projet sur 3 ans très intéressant pour un poste de coordinatrice U7F aux U19F nationaux.
Parallèlement, j’ai obtenu mes diplômes d’entraîneur jusqu’au DES [Diplôme d’Etat Supérieur], qui me permet d’entraîner une D1 féminine.
Dans ce métier, on est tout le temps dans le court terme : les contrats d’entraîneurs sont quasiment toujours des contrats à court terme ! C’est un choix de vie. Pour le moment je me concentre sur le travail à effectuer au LOSC, j’essaie d’évoluer dans les missions qu’on m’a données. On verra où ça me mènera.

SarrOuleymata Sarr, buteuse pour sa première apparition mercredi 23 août contre les U16 de Wasquehal


« Des U7 aux U19, il y a un suivi sportif et un accompagnement socio-éducatif »

 

En quoi consiste concrètement ce travail de coordinatrice des U7 aux U19 ?

J’ai pour rôle principal de coordonner le bon fonctionnement, la bonne organisation de toutes les équipes jeunes féminines. Je travaille en lien avec les éducateurs sur les contenus, sur la méthodologie. Notre priorité est d’accompagner les joueuses dans leur triple projet : scolaire, éducatif, et sportif ; et aussi de trouver les outils qui vont nous permettre de former à la fois nos femmes de demain mais aussi nos joueuses de haut niveau.

Il y a un label de l’Ecole de Foot Féminin (l’EFF), je suppose que le LOSC répond aux critères ?Est-ce que c’est un label adapté ou est-ce qu’il y a encore des failles au final ? Pour répondre à tous les critères, il y a des choses qui peuvent paraître incohérentes ?

Oui, on est label « Or ». Il y a différents critères, dont l’exigence d’avoir 20 licenciées d’U6 à U11. Donc on peut avoir 2 U6, 3 U9, 15 U11, peu importe, mais il faut en avoir 20. Dans certains clubs, il y a des filles de tous âges, et au final pour constituer un groupe d’entraînement c’est compliqué. Nous, club professionnel, on rencontre moins de difficulté mais ce n’est pas toujours facile de créer un contenu de séance lorsqu’on est club amateur et qu’on dispose de 3 U7 + 6 U9 + 3 U11 : en termes de morphologie, ou au niveau des envies des petites, ce n’est pas la même chose !
Ce qui pose ensuite problème c’est qu’on est obligé de retirer des filles de la mixité pour prétendre rentrer dans les chiffres demandés par la FFF.
Il y a encore quelques axes d’amélioration. Je pense qu’on ne devrait pas obliger mais plutôt valoriser certains points du Label.

Tu as demandé à intégrer les filles dans des championnats avec des garçons. Ça c’est possible jusqu’en.. ?

U15 ! Après, en U16, la joueuse passe en championnat U19 nationaux. Comme on n’est pas encore assez de licenciées, la fédé n’a pas créé de championnat intermédiaire entre U15 et U19. On n’a pas de championnat U17. Donc une U16 est obligée de jouer avec les U17, U18 et U19. Donc il y a quatre années d’âge, parfois c’est assez compliqué. La passerelle est dure. Soit t’es prête à jouer en U19 nationaux, soit t’es pas prête… On apporte des projets de réorientation pour les joueuses qui ne sont pas encore assez armées pour ce championnat.

Et du coup, ce projet de reconversion, est-ce que c’est le but du partenariat avec le VAFF [Villeneuve d’Ascq Football Féminin] ? Qui permettrait éventuellement de donner du temps de jeu à certaines joueuses qui n’auraient pas de temps de jeu au LOSC ?

Oui pour l’instant, on n’a en effet qu’un club partenaire féminin qui est le VAFF. On réfléchit à s’ouvrir à d’autres clubs afin de permettre aux joueuses qui sont dans « l’entre-deux » de pouvoir s’aguerrir ailleurs tout en étant toujours suivies et observées.

OK ! Et donc toi pour piloter, je suppose que t’as passé plusieurs formations. Tu parlais tout à l’heure du DES. Je suppose qu’il y a aussi quelque chose pour piloter des projets hors terrain, il me semble que c’est le CFF4 [Certificat Fédéral de Football 4] ? Donc tu l’as passé ? Est-ce que là aussi c’est le club qui finance les formations, ou c’est toi de ton côté ?

On a Caroline La Villa qui intervient sur le « programme éducatif fédéral ». On réfléchit ensemble sur les actions, et Caroline les présente à David Ménard, qui est responsable de la vie Sportive des garçons du LOSC, et qui gère tout l’accompagnement des joueurs du centre de formation on mutualise donc les moyens avec les garçons, avec le soutien financier du club.
On a vraiment des champs multiples d’intervention : on a travaillé avec les Restos du cœur et les Bouchons d’amour , on sensibilise les joueuses sur la nutrition, l’hygiène de vie, les réseaux sociaux… On a carte blanche pour toutes les actions éducatives et on peut s’appuyer sur le vécu des garçons pour les relations déjà établies.

Et donc ça se rapproche de tes responsabilités à la Junior Association ?

Le principe est le même, en effet. Je tiens à souligner d’ailleurs tout le travail qui a été effectué par Mohamed Kidari pour cette Association.

Au niveau des actions dans les écoles, dans les collèges, dans les lycées, comment ça se passe concrètement ? Est-ce qu’il y a un bon retour, est-ce qu’il y a une aide des parents ? Tout à l’heure tu parlais des parents U9 qui apportaient beaucoup de soutien. Est-ce que les parents sont plus présents que dans les sections masculines, où on a l’impression que ça fait garderie ?

Dans les écoles et les collèges les parents ne sont pas présents puisque les animations se font pendant le temps scolaire. En revanche, en situation club dans le foot féminin, c’est totalement différent. Les parents restent impliqués du début à la fin de la séance, même parfois trop. On a d’autres problèmes à régler par rapport à ça… Mais ils sont très dynamiques dans la vie du club. Pour la réception de la Roche-sur-Yon en D2, Caro avait mis en place des actions et responsabilisé les parents des U9. Ça été un franc succès et, au-delà de la matinée réussie, on a eu ensuite un comité de soutien extraordinaire pendant le match !

IMG_6551L’indispensable Silke Demeyere

« Les prestations de l’équipe de France à l’Euro ont été inquiétantes en vue de la coupe du monde 2019 »

 

 Tu penses qu’à terme c’est possible qu’il y ait un football féminin entièrement pro ? Du moins en première division…

Attention au terme qui peut porter à confusion, car il y a une multitude de contrats possibles pour rémunérer les joueuses mais le statut n’est pas professionnel. Mais je pense qu’il est possible qu’on passe bientôt dans un championnat constitué d’équipes où les filles seront toutes rémunérées et pourront s’entrainer en journée. On a déjà Marseille qui, l’année passée, a fait l’effort. Les filles sont toutes sous contrat même si le montant des salaires est à des années-lumière des garçons !
Quand j’ai quitté la D1 il y a deux ans, il n’y avait que trois-quatre équipes qui avaient des joueuses sous contrat. Maintenant même en D2 vous pouvez trouver des joueuses qui ne vivent que de ça.

Si le club avait pu recruter des Belges l’année dernière, c’est notamment parce que la BeneLeague a été abandonnée. Est-ce que Jana [Coryn], Maud [Coutereels] ou Silke [Demeyere] t’ont parlé de la BeneLeague, et éventuellement de ses bienfaits ? On a vu à l’Euro que les Pays-Bas sont allés au bout et que la Belgique y participait pour la première fois.

Silke me disait que c’était intéressant parce que le niveau de jeu était beaucoup plus élevé que le championnat belge. L’inconvénient, c’est qu’elles avaient un peu plus de route ! Par contre, c’est très coûteux, c’est pour ça que ça a été arrêté. Mais si on prend l’équipe des Pays-Bas, beaucoup de joueuses jouent à l’étranger en fait ! Sur le 11 de départ, on avait la milieu droit qui joue à Liverpool, on avait Martens qui a signé à Barcelone. Mais en tout cas, le retour que j’ai eu de la BeneLeague (par Pauline Crammer qui y jouait), c’est que c’était le top de se retrouver face à des équipes comme l’Ajax, Twente où c’était du très bon niveau.

Puisqu’on parle de l’Euro, on va revenir dessus, et évoquer l’état du foot féminin français de manière générale, et voir plus largement que le LOSC. Comment as-tu vécu l’Euro, qui pour une fois était bien retransmis par le service public ? Il y a eu une bonne visibilité, qui malheureusement a pas été forcément positive, dans le sens où c’était pas très enthousiasmant de voir la France cette année. Et as-tu pu échanger avec Maud et Jana pour savoir comment elles l’avaient vécu de l’intérieur ?

Je te rejoins, j’ai été très surprise du nombre de matchs qui ont été retransmis en clair sur les chaînes disponibles et accessibles à tout le monde. J’ai regardé quasi tous les matchs, à part le groupe de l’Allemagne au premier tour. J’ai été surprise par le niveau des Hollandaises notamment. Les Anglaises aussi ont été vraiment pas mal. Après, concernant la Belgique, on savait que ça allait être dur ! Pour elles, c’était la première qualification. Ce n’est pas un miracle, mais c’est historique. Elles ont fait ce qu’elles pouvaient. Je pense qu’elles peuvent être fières de leur parcours dans cet Euro-là. Maud a fait un bon Euro. Elle a joué latérale gauche, chez nous elle joue en défense centrale. Après Jana, a moins de temps de jeu en équipe nationale parce que Tessa [Wullaert] devant c’est pas trop mal. J’ai trouvé Janyce (Cayman) beaucoup en-dessous de ce qu’elle était capable de faire.

Et qu’as-tu pensé des prestations françaises ?

C’est inquiétant parce que dans deux ans, on est censé recevoir la Coupe du Monde chez nous. Et comme tous les ans, on sort de là avec aucun titre, mais en plus de ça, en comparaison des années précédentes, on a été plus que moyennes. J’ai lu les interviews de certaines joueuses qui remettent en question la philosophie de jeu du coach. Je vois Claire Lavogez parfois qui…

 …qui est très cash !

Voilà, qui est très cash ! (rires)
Deux joueuses françaises ont été intéressantes : Henry et Geyoro. Après, je pense qu’il y a des filles qui sont en fin de carrière et sur lesquelles on s’entête à s’appuyer. Il manquait plein de choses, c’était vide en fait. Je préférais regarder un match des Pays-Bas qu’un match français…

Justement, le coach, Olivier Echouafni, est remis en question mais est maintenu par la Fédération. On a l’impression qu’il est un peu là par défaut, qu’il ne trouvait plus de poste dans le football masculin, qu’il débarque dans le foot féminin sans qu’il ait d’expérience particulière dans la détection de joueuses. L’impression qu’on a, c’est qu’il y a des gens qui travaillent pour lui, qui lui disent « telle joueuse est suffisamment intéressante pour être sélectionnée », mais qu’il a aucune idée de ce qui se passe.

Je ne le connais pas du tout personnellement, mais c’est vrai que le choix de ce sélectionneur-là a été surprenant de la part de la Fédé.

Plus généralement, est-ce que c’est pas symptomatique aussi d’une certaine forme de relégation du foot féminin ? Parce qu’on va chercher un mec qui n’a pas fait grand-chose chez les garçons. Même Bergeroo, qui était bien meilleur, mais qui n’avait pas de club à l’époque en fait ! Est-ce que c’est pas le signe d’un manque de considération ?

C’est le ressenti que j’ai eu quand j’ai commencé à travailler pour la Ligue. On mettait des éducateurs qui étaient refoulés du football masculin, et qui étaient parfois incompétents. Il y avait diverses raisons, mais c’était un gros problème dans le foot féminin ! On récupérait des restes du football garçon ! Ça se passait comme ça. Là, je ne sais pas si c’est le cas de la fédé. Pourtant, des entraîneurs en place dans le foot féminin ont fait leurs preuves ! Je pense à Sarah M’Barek de Guingamp, qui était à Montpellier, qui en plus est une femme. Elle disait même dans une interview qu’elle était un peu déçue du manque de considération et qu’on oublie très vite ceux qui étaient dans le foot féminin depuis quelques temps. C’est surprenant. Après, c’est facile de tenir des propos négatifs maintenant puisque l’Euro a été… catastrophique ! Donc on a tous un regard négatif envers ce sélectionneur-là. Après, les raisons réelles on ne les connaît pas, il y a tellement de choses à l’intérieur d’un groupe qu’on peut ne pas réellement juger. Maintenant qu’il est renouvelé, je pense qu’il faut repartir de l’avant, mais je pense surtout qu’il doit faire une revue d’effectif et arrêter de s’entêter sur des joueuses qui ont fait le tour, qui ont fait leurs preuves quand il le fallait.

Mais du coup, au-delà d’un éventuel problème de sélectionneur, arriver en fin de cycle à deux ans d’une Coupe du Monde à domicile, c’est quand même une grosse erreur de la part de la fédération.

Tout à fait. Déjà à l’Euro, je pense qu’il aurait dû remanier son groupe et tourner la page avec certaines. Mais il nous reste quand même deux ans et pas deux mois… il va pouvoir analyser les problèmes rencontrés pendant l’Euro et réfléchir à son effectif.

On a eu l’impression qu’il y avait parfois un retour négatif dans la presse sur le foot à l’Euro : il y a eu beaucoup d’articles sur les gardiennes de but. On a l’impression que les journalistes n’ont retenu que ça, sans mettre en avant ce qu’ils auraient mis en valeur chez les mecs. Là, le crédo, c’était « les gardiennes sont nulles ». On a vu un papier dans Libé, le titre c’était ça : « les gardiennes sont-elles nulles ? ».

C’est récurrent dans le foot féminin. Certains de mes collègues sont toujours surpris des buts marqués en cloche sur des frappes lointaines pas appuyées.

 Oui voilà, c’est sur les lectures de trajectoire !

Oui la difficulté vient de cette notion d’appréciation de trajectoire mais aussi de qualité de détente. On n’a pas beaucoup de gardiennes qui vont très haut. C’est dur à entendre, mais c’est vrai : regardez tous les buts de l’Euro !

Tu nous disais précédemment que tu étais en fin de carrière. Tu as été en équipe de France B à une époque, également en équipe de France universitaire. Tu as encore l’espoir de retoucher à ça ou c’est fini ?

Non, c’est fini ! J’ai 29 ans donc dans le foot féminin c’est vieux ! Après oui, j’ai eu la chance de pouvoir goûter à des compétitions internationales grâce à ces sélections-là. C’est bien, c’est riche en tant que joueuse parce que ça vous permet de voir un autre niveau aussi, de voyager ! Mais non, à 29 ans… Mon objectif principal est de me faire ma place dans le 11 de départ pour le 3 septembre et faire une bonne saison pour soit lever le pied en fin de saison, soit dans deux ans.

Un de tes parents est Algérien. La sélection algérienne, ça s’est posé à une époque ?

Oui, l’année passée encore ! Après c’est délicat. C’est un peu complexe. Je me dis « quel est l’intérêt à 29 ans de repartir en sélection ? ». Parce que je n’ai pas envie de rendre une copie comme certaines l’ont fait à l’Euro.

IMG_6498Héloïse Mansuy vient de Metz et porte cette saison le n°27

« Le foot féminin français est en retard sur l’aspect physique »

 

Pour revenir sur Claire Lavogez : elle a dit il y a deux mois que l’arrivée d’Alex Morgan dans le championnat de France n’était pas une bonne chose, parce qu’elle était là pour six mois, c’était que du court terme, et que du point de vue du temps de jeu, elle prenait du temps de jeu sur des joueuses qui avaient signé à Lyon… On peut être d’accord avec elle, et en même temps, c’est une vraie plus-value pour le championnat, même pour une demi-saison. Qu’est-ce que tu en penses ? Est-ce que c’est une bonne chose pour le foot féminin ?

Je peux comprendre Claire, parce qu’elle fait partie des filles à qui Alex Morgan a certainement pris du temps de jeu. C’est un peu frustrant de se dire qu’on ne va pas avoir de temps parce qu’une fille ne vient que six mois. Après, ça fait beaucoup de bien pour l’image du football féminin en France. Il ne faut pas se leurrer ! Elle a ramené beaucoup de monde sur les contours des terrains de par sa notoriété. Donc ça a été très bien. Pour Lyon aussi, parce que c’est une bonne joueuse avant tout, même si elle fait parler d’elle en dehors. Elle est une joueuse bourrée de qualités.

Alex Morgan s’entraîne beaucoup en individuel, notamment avec un programme qui s’appelle Beast Mode Soccer aux Etats-Unis. Et en mai dernier, Marc Ingla a présenté le projet aux supporters en disant qu’il y aurait un développement en Chine, mais aussi aux Etats-Unis, principalement en ce qui concerne les féminines. Où en est-on de ce projet ?

C’est en cours. On a eu quelques réunions de travail avec différents intervenants. Chez les garçons ça va beaucoup plus vite. Mais c’est en cours.

Le but serait d’envoyer le savoir-faire du LOSC aux Etats-Unis ou au contraire de faire venir le savoir-faire américain en ce qui concerne le foot féminin ?

Non, en fait c’est de présenter la façon de travailler, la méthodologie de travail du football féminin du LOSC.

Et alors comment on convainc un Américain, alors que les Etats-Unis dominent le foot féminin depuis 35 ans ?

(rires) Tout à fait ! Justement, amener une nouveauté, amener du sang neuf, une autre façon de travailler ! Après, c’est pareil pour les garçons en Chine, même si la Chine ce n’est pas le même rendu que le football féminin aux Etats-Unis. Mais c’est surtout apporter une originalité, ou montrer comment fonctionne le LOSC.

Rachel

Merci à Rachel Saïdi pour sa disponibilité.

Il reste un dernier match amical, ce dimanche 27 à 15h au Stadium, contre Fleury 91 (D1). La reprise du championnat a lieu dimanche 3 septembre, au Stadium, contre Bordeaux.

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FC  Notes :

1 J’écris « certes » quand je veux, même si la dernière fois c’était deux lignes au-dessus.

2
Suite à la réclamation de La Roche après la victoire 5-1 des Lilloises, le LOSC a été sanctionné de 4 points (les 3 points de la victoire + 1 point de pénalité). Cependant, avant la dernière journée, les Lilloises étaient encore devant et si elles s’imposaient à Arras, elles gardaient la tête. Mais elles ont fait match nul (0-0) pendant que La Roche s’imposait contre Brest (7-1), perdant ainsi la tête du championnat et la montée… Jusqu’à ce qu’il soit finalement décidé que LOSC/La Roche soit rejoué, remettant donc en jeu les 3 points de la victoire que le LOSC avait perdus.

3 Ces matchs se sont déroulés après l’entretien : défaite 0-6 contre les U17 masculins de Croix ; , victoire 2-1 contre Nancy ; victoire 2-1 contre les U16 masculins de Wasquehal ; il reste un dernier match amical ce dimanche 27 à 15h au Stadium, contre Fleury 91 (D1).

4 On peut se référer à cet article publié sur le site du LOSC pour en savoir davantage : https://www.losc.fr/actualites-foot-lille/passez-votre-dipl%C3%B4me-gr%C3%A2ce-au-losc-formation


Posté le 3 août 2017 - par dbclosc

Halilhodzic/Guivarc’h : la bataille du 11 novembre 2000

Le 11 novembre 2000, Lille et Auxerre partagent les points (1-1) en dépit d’une outrageuse domination des loscistes. À la fin du match, Vahid Halilhodzic est retenu par Jean-Pierre Mottet et des stadiers, qui l’empêchent d’aller fracasser Stéphane Guivarc’h, buteur à la 90e minute. Que s’est-il passé ?

Le 11 novembre est traditionnellement un jour de paix. En 2000, Grimonprez-Jooris y aurait plutôt vu une scène de bagarre si l’entraîneur lillois n’avait pas été maîtrisé in extremis par son staff et la sécurité. Pourtant, tout allait bien il y a 5 minutes : le LOSC, auteur d’un beau début de saison, mène 1-0 grâce à un but sur pénalty de Mikkel Beck, marqué en deux temps : une première fois transformé, le pénalty a dû être retiré ; le Danois l’a placé au même endroit le seconde fois. Durant 90 minutes, les Lillois, emmenés par un Laurent Peyrelade survolté, ont multiplié les occasions. Avec la meilleure défense depuis le début du championnat (10 buts encaissés en 14 matches), la 7e victoire de la saison semble se dessiner. Mais, à la 90e minute, les Auxerrois bénéficient d’un coup-franc, pour une faute peu évidente de Pascal Cygan sur Stéphane Guivarc’h. À 25 mètres du but lillois, décalé par Moussa Saïb, le buteur auxerrois trompe Grégory Wimbée, qui n’avait pas eu grand chose à faire jusque là. Le match s’achève alors dans la confusion : sur les conseils du 4e arbitre, Ameziane Khendek, Vahid Halilhodzic est expulsé par M. Kalt ; et le retour aux vestiaires des joueurs tourne à la tentative de règlement de comptes entre Halilhodzic et Guivarc’h. Un résumé du match :

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« J’ai fait une bêtise »

On connaît Vahid passionné et parfois excessif, mais de là à s’en prendre physiquement à autrui… On apprend par ailleurs qu’à l’issue du match, Martine Aubry, qui a lancé sa campagne, est également très en colère et attend devant la porte des arbitres ! « D’où j’étais placée dans la tribune, j’ai très bien vu M. Khendek s’en prendre à notre entraîneur et l’insulter » déclare la future maire, qui souhaite voir les arbitre : « j’attends qu’ils aient fini de prendre leur troisième douche ! ». Pour comprendre la réaction de l’entraîneur bosniaque, revenons sur l’avant-match. Après être longtemps resté cloîtré dans son bureau, Vahid raconte : « Didier Santini m’avait raconté comment Guivarc’h s’y était pris à Toulouse. Alors j’avais prévenu les joueurs. Je leur avais recommandé de ne pas se laisser piéger. Résultat, c’est moi qui ai plongé…1 ». Le résumé ne permet pas de voir quel a été le comportement de l’avant-centre auxerrois – et même sur place, le match ne nous a laissé aucune impression bizarre – mais on constate que le coup-franc décisif est obtenu avec beaucoup d’expérience, sous le regard dépité de Pascal Cygan, qui semble avoir conscience de s’être bien fait avoir sur ce coup-là – et sur d’autres avant ? Si l’on en croit le camp lillois, Stéphane Guivarc’h n’a cessé de provoquer les Lillois et de chercher à contourner les règles du jeu. Autre élément mis en avant par les Lillois : une grossière faute de Boumsong sur Dagui Bakari à la 81e, qui n’a valu qu’un carton jaune au défenseur auxerrois. « Avant de me présenter comme le seul fautif, il faut savoir que nous avons été chambrés, frappés, insultés. Chez nous. Les arbitres l’ont vu, sans réagir. Quand j’ai constaté que Dagui avait pris un coup de coude volontaire, hors du jeu, sous les yeux de l’arbitre de touche, sans que l’auteur soit expulsé, mon sang a commencé à bouillir » commente Vahid. Bouquet final : après avoir égalisé, Stéphane Guivarc’h est passé devant le banc lillois pour défier Vahid Halilhodzic : « Guivarc’h, qui n’avait cessé de me chercher, est venu me narguer après avoir égalisé. Là, j’ai explosé. J’ai fait signe de le casser. J’ai fait une bêtise. En tant qu’entraîneur, je n’ai pas le droit de me comporter ainsi. Mais je voudrais qu’on replace ma colère dans le contexte ».

vahid


L’intrusion de Gérard Bourgoin

Il s’est également passé quelque chose d’invisible aux spectateurs durant le match, qui a provoqué la colère d’Halilhodzic. Au cours de la première période, Gérard Bourgoin, président du club d’Auxerre, est arrivé. Mais Gérard Bourgoin, accessoirement, est aussi président de la Ligue. Et à la pause, il est allé saluer les arbitres. Probablement une visite de courtoisie tout à fait innocente… Le mélange des genres a déplu non seulement à Vahid, mais aussi à Luc Dayan, président du LOSC, qui souligne que G. Bourgoin a été lus prompt a saluer les arbitres que son homologue : « Vahid a pris conscience de son erreur. Cela dit, nous sommes solidaires. Je comprends d’autant mieux son emportement que moi-même, à mon niveau, j’ai ressenti la même sensation d’humiliation en voyant arriver, sans être prévenu, le président de la Ligue, qui a ensuite cru bon aller rendre visite aux arbitres à la mi-temps. J’ai eu une désagréable impression de manipulation ». Et c’est à partir de la seconde période que Vahid et Khendek ont « livré un duel verbal de tous les instants ».

Frustration

Indéniablement, ce coup de sang trouve aussi son origine dans la frustration procurée par le manque d’efficacité lilloise. Quand on regarde le résumé, on se demande comment le LOSC ne parvient pas à scorer 4 ou 5 fois. Et si Lille avait gagné, il n’y aurait eu nul besoin de répondre d’une autre manière à Guivarc’h : « ce qui m’a mis le plus hors de moi, c’est de voir mes joueurs aussi mal récompensés de leur travail. Au décrassage, je les ai félicités pour la qualité du jeu qu’ils ont déployé au cours de cette partie. Ils ont réussi un grand match, un match de référence. Mais tous leurs efforts ont été gommés par un coup-franc imaginaire. Ça fait très mal ! Je suis heureux que le LOSC soit en tête du classement du fair-play. Mais c’est d’abord de prendre les points nécessaires au maintien qui m’importe. Cela dit, je le répète, j’ai fait une bêtise et j’ai failli en faire une plus grosse encore… Je prends peut-être le LOSC trop à cœur ». Certes, mais ce n’est pas un défaut ça ! Émotif, impulsif, pour le meilleur et pour le pire, on avait déjà eu l’occasion d’en parler ici. Comme l’indique Laurent Peyrelade au Parisien après cet épisode, « il est passionné et très exigeant. Et comme souvent dans ces cas-là, il y a de l’excès dans les deux sens : il est excessif dans ce qu’il nous demande mais également dans sa protection des joueurs ». Pour Greg Wimbée, « il est comme ça : il vit ses matchs de façon très intense. Il oublie les règles. ». mais le problème est que M. Kalt a expliqué qu’il avait « craint pour son intégrité physique ». La Voix des Sports trouve cela exagéré, rappelant que l’arbitre n’était pas directement visé, et que par ailleurs « il se trouvait à plus de 30 mètres du point chaud et bénéficiait d’un cordon de sécurité impressionnant ».

La commission de discipline de la Ligue nationale a d’ailleurs été clémente. Hormis une suspension, tout est finalement rentré dans l’ordre. Car si Vahid s’énerve, il sait aussi reconnaître quand il a tort. Lors du décrassage, le dimanche matin, il a présenté ses excuses aux joueurs. « Je regrette parce que je dois veiller à ma réputation et à ma santé. Cette histoire est très négative pour mon image. Mais d’un autre côté, j’ai appris de la vie qu’il ne faut pas se laisser faire, de n’avoir peur de personne. Quand on me cherche, on me trouve. ». Quant à Luc Dayan, il déclare : « la leçon de cette soirée est que, collectivement, nous sommes restés naïfs. Mais nous sommes dans une logique de construction et nous revendiquons cette naïveté comme une qualité. Ce genre d’événement doit cependant nous permettre d’évoluer ».

Vahid TribunesLille/Strasbourg, 29 novembre. Vahid Halilhodzic purge son match de suspension en tribune.

FC Note :

1 Sauf indication contraire, les réactions citées dans cet article sont issues d’un article de Serge Verkrusse dans La Voix des Sports du 13 novembre 2000.


Posté le 30 juin 2017 - par dbclosc

Grégory Wimbée : « Notre force, c’était le groupe »

Hasard du calendrier : jeudi 15 juin, le lendemain même du jour où l’on apprenait que l’affaire du « petit Grégory » était relancée, nous avions rendez-vous avec le « grand Greg » ; voilà probablement l’accroche la plus foireuse que nous ayons faite depuis le lancement de ce blog, mais ce n’est que la stricte vérité.

Voilà un petit moment que nous souhaitions rencontrer Grégory Wimbée en sa qualité de représentant parmi les plus éminents du renouveau sportif du LOSC à la fin des années 1990. Nous lui avions déjà consacré 2 articles sur ce blog : le premier, bien sûr, relatif au but qu’il a marqué avec Nancy contre Lens et Jean-Claude Nadon en 1996 ; et le second sur ce fameux match à Saint-Étienne en septembre 2000, que l’on considère généralement comme un tournant dans sa carrière.

L’entrevue que nous avons eue est donc une nouvelle opportunité pour revenir sur la « période Vahid », qu’il a dépassée en restant deux ans supplémentaires sous les ordres de Claude Puel. L’occasion de revenir sur ses débuts au LOSC, parfois difficiles – il nous en livre des clés d’explication – et, bien entendu, de s’attarder sur l’exceptionnelle période 1999-2002, durant laquelle il « devint invincible », ainsi que nous l’avions écrit, avec à l’appui des anecdotes comme on les aime et quelques informations sur la vie du groupe.

Mais nous avions également envie d’aborder l’ensemble de sa carrière professionnelle, de Nancy à Valenciennes, en passant par Charleville, Cannes, Metz et Grenoble. Pourquoi ? Ben d’abord parce qu’on fait ce qu’on veut, et surtout parce qu’il nous semblait particulièrement intéressant de tenter de restituer la trajectoire d’un gardien de but, poste que l’on considère souvent comme « à part », ne serait-ce que parce que les places sont plus rares et donc plus chères1. Et on se rend compte, à écouter Gregory Wimbée, à quel point la carrière d’un gardien de but, de façon sans doute plus aiguë qu’à tout autre poste, est soumise à divers aléas, et que le talent ne suffit pas.

Depuis son départ de Grenoble en 2009, Grégory est revenu dans la région lilloise. Après une dernière pige à Valenciennes, il a pris en charge la gestion d’un complexe sportif de foot en salle (le Five de Lesquin), a commenté les matches du LOSC pour GrandLilleTV en compagnie de Mickaël Foor, et était impliqué cette année dans la préformation, et une partie de la formation des jeunes du LOSC ainsi que de l’entraînement de l’équipe féminine, promue en D1. Autant d’activités qu’il va désormais réduire voire mettre en stand-by, car il étrenne une nouvelle fonction à partir du 1er juillet, à temps complet : entraîneur des gardiens de la CFA. Que les fans de l’équipe des Anciens Dogues se rassurent : on devrait toujours voir jouer son prolifique avant-centre, de nouveau double buteur lors du dernier match contre des salariés du club il y a quelques jours !

C’est donc à l’aube d’entamer ses nouvelles fonctions, et après avoir participé au stage de 10 jours avec Marcelo Bielsa, que Grégory Wimbée nous a accueillis au Five.

 

On va revenir sur le passé, on espère que tu as rassemblé tes souvenirs ! Une question toute bête : comment on devient gardien de but ?

Mon frère est 2 ans plus âgé que moi. Dès que l’école était terminée, on jouait au foot devant l’immeuble, à longueur de journée, et tous les jours quand c’était les vacances, que ce soit de la pluie, de la neige, -12°… on jouait. Lui frappait, et moi je plongeais. Dès qu’il y avait un but, je me mettais dedans. C’est le premier poste que j’ai connu. Quand j’étais Poussin, j’ai joué gardien dans une équipe 1, tout en ayant un autre poste en équipe 2 ; j’ai fait une saison comme ça où je faisais un peu les 2, mais j’ai toujours été gardien. Alors comment… ? Je ne peux même pas dire. Peut-être que ça m’a plu de plonger, ça m’a plu d’attraper le ballon avec les mains alors j’ai gardé ce poste-là.

sélection Lorraine

Cette photo, c’est une sélection de Lorraine. Ce doit être la saison 1985-1986. On est à l’Abbaye des Prémontrés, à Pont-à-Mousson. Les demi-finales et finale se jouaient dans notre région en fait. En demi-finale, on joue sur je sais plus quel terrain contre l’ouest, la Bretagne. Victoire 3-0, peut-être 3-1, mais on domine largement. Et on joue la finale en lever de rideau du dernier match de la saison de Metz, à Saint-Symphorien, contre Paris-Île-de-France. On fait 0-0 et on perd aux tirs aux buts, 3-2 je crois. Sur cette photo, 4 sont devenus pros : à ma droite, c’est Éric Rabesandratana (Grégory est debout, 3e en partant de la droite. Si vous ne l’aviez pas remarqué, suivez ce lien)

Et tu rejoins donc Nancy.

J’ai fait les deux années au centre de formation de Nancy, donc entre 15 et 17 ans. J’y ai débuté lors de la saison 1986-1987. J’étais aussi en cadets nationaux à l’époque. En 88-89, je suis parti à Clairefontaine continuer ma formation, envoyé par Nancy car il n’y avait pas d’entraîneur des gardiens. L’INF était réputé, en tout cas à l’époque de Vichy, un peu moins quand c’était Clairefontaine. Beaucoup de gardiens, comme Mottet ou Olmeta, sortaient de l’INF. Je n’y suis resté qu’un an et demi, car le deuxième gardien de Nancy s’est fait les croisés, donc ils me rapatrient en janvier 1990. Je suis deuxième gardien, mais il n’y a pas de gardien sur le banc comme maintenant. Le deuxième gardien, il est juste à l’entraînement… Je joue avec l’équipe réserve qui était en D4 à l’époque. L’équipe première était en D2. L’équipe première monte, et nous aussi. Donc en 90-91, je suis toujours deuxième gardien, et je joue avec l’équipe réserve en 3e division.

imagesLe jeune Grégory de retour de Clairefontaine.

 

« Le prêt à Charleville m’a permis de prendre de la bouteille »

 

Tu es prêté à Charleville en 1991, en D3.

Le club cherchait un gardien car il avait un gardien amateur, et donc je suis prêté là-bas.wwwii Je sais qu’on ne perd qu’un match et qu’on avait une top-équipe. Sur la saison, je ne prends que 10 buts. Je fais un quart de finale2. Je devais partir au tournoi Espoirs de Toulon (ci-contre avec le maillot de l’équipe de France). C’était en même temps que la demi-finale. La fédé m’autorise à jouer la demi-finale, et dès qu’elle est jouée, même si on gagne, je dois aller au tournoi de Toulon. Mais la veille de la demi-finale, je me blesse lors d’un entraînement. Je me pète le ménisque et je me fais opérer. Donc je loupe la demi-finale et le tournoi de Toulon. Alors je sais plus où c’était parce que j’ai fait les deux ménisques internes. Je crois que c’était la jambe gauche.

La saison 1992-1993 était particulière car c’est la dernière saison où il y a encore 2 groupes en D23. Donc il fallait faire mieux que 12e je crois. Et on termine 9e.

Lors de ta dernière saison à Charleville, en D2, tu es un des meilleurs gardiens : tu finis 2e au classement des étoiles de France Football du groupe !

Oui, mais j’avais pris des rouges. Quand tu prends un rouge, t’as zéro.

En fait c’est parce que tu prends un rouge en début de match. Donc il y a 2 matches où tu n’as pas de note. À l’époque, ça marchait par points qui étaient cumulés, il n’y avait pas encore de 0. C’est pour ça que les gardiens remportaient toujours l’étoile d’or France Football : c’est ceux qui jouaient le plus !

Ah oui c’est ça ! Donc je manque un match. Ce qui est fort, c’est que le match où je prends le rouge, c’est contre Valence. On fait 1-1. Et le mec qui rentre à ma place dans le but et en prend un, on lui met 5 étoiles ! C’était même pas un gardien !

 

« Nancy est venu me rechercher en hélicoptère… ! »

 

Pendant tes 3 saisons de prêt à Charleville, 3 gardiens jouent pour Nancy : Granger, Schneider et Roux.

Quand je suis prêté la première fois. Nancy avait Marcel Husson comme entraîneur. Il ne voulait pas de Matriciano, le gardien titulaire ; il fait donc venir Boumnijel. J’étais 2e gardien, et je me retrouve 3e gardien ! Aujourd’hui, quand on est 3e gardien, on s’entraîne encore avec les pros. Là, en 1991, tu redescends en centre de formation ! Donc je ne voyais pas l’intérêt de jouer avec des plus jeunes comme moi. À l’époque, les centres n’étaient pas sectorisés comme aujourd’hui avec les 19, les 17 : tout le monde était mélangé ! Des gars qui avaient 3 ou 4 ans de moins que moi… Donc j’ai choisi d’être prêté. En étant prêté à Charleville pour jouer en D3, donc avec des seniors. Ce prêt m’a permis de prendre de la bouteille. Husson démarre mal, je crois qu’il se fait virer très vite, et Olivier Rouyer prend l’équipe en main, mais Nancy ne se sauve pas. La deuxième année, en 91/92, Olivier Rouyer ne voulait pas de moi. La 3e année, je voulais revenir à Nancy. Et à un moment donné, y avait une coupe de la Ligue, coupe d’été… On jouait des matches en fin de saison, et en début de saison suivante, y avait la suite, avec des 1/8e, des 1/4…

Oui c’est l’ancienne formule de la coupe de la Ligue.

Voilà. Donc on joue à Strasbourg. Rouyer vient me voir me dit de nouveau qu’il ne compte pas sur moi. Donc je signe un contrat de 3 ans à Charleville. Et pendant ces 3 années là, j’avais un accord de non-sollicitation, c’est-à-dire que je ne pouvais pas partir ailleurs qu’à Nancy. J’étais à la fois international espoirs et amateur. J’ai été reclassé amateur, c’était assez spécial parce que j’étais stagiaire à Nancy : pour jouer amateur, je devais résilier mon contrat de stagiaire, j’étais libre. Si ça avait été quelques années plus tard, je partais à l’étranger. Des clubs me sollicitaient. J’ai eu le président de Nancy au téléphone, qui me demande pourquoi je ne rentre pas. Je lui dis que l’entraîneur ne veut pas de moi, c’est quand même un problème ! Il me rappelle lendemain et me dit : « l’entraîneur, ce n’est plus un problème ». Oui mais j’ai signé un contrat ! Maintenant, comment on fait ? On a réussi à s’arranger : ils sont venus en hélicoptère, ils ont embarqué mon père aussi – un truc de fou hein ! On a renégocié un contrat et je suis rentré sur Nancy, alors que j’avais signé un contrat à Charleville. Voilà comment je suis rentré à Nancy. J’y ai donc entamé ma première saison comme titulaire de l’équipe première en 1994/1995.

14095755_1293638167313019_6980366319273261683_nEn 1994-1995 (photo ci-dessus), Nancy termine 7e de D2. Puis 3e la saison suivante, ce qui permet à l’ASNL de retrouver la D1. Grégory Wimbée n’encaisse que 23 buts en 1995-1996, record d’autant plus remarquable dans une D2 à 22 clubs et donc à 42 matches. Même le LOSC en 2000, lors de sa saison record, en a encaissés davantage !

 

Tu découvres la D1 lors de la saison 1996/1997… et tu joues pour la première fois contre Lille en championnat !

Je sais que je n’ai jamais gagné contre le LOSC… Je pense qu’on fait 2-2, on se fait égaliser sur la fin. Je crois que c’est Denis Abed qui marque à la fin. Ça passe entre mes jambes. On était un peu poissards. On ne gagnait pas de matches, et on se faisait égaliser à chaque fois, 92e… On a pris plein de buts comme ça cette année là.

Image de prévisualisation YouTube En effet, le 5 octobre 1996, Lille égalise à Nancy à la dernière minute, grâce à Denis Abed, son seul but avec le LOSC. Du coup, Nancy devait encore attendre une semaine pour signer sa première victoire de la saison, à Bordeaux (1-0).

 

Et lors de cette même saison, il y a l’exploit : le premier but marqué par un gardien de but dans le championnat de France, hors pénalty. But qui, pour des Lillois, prend une saveur particulière…

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Oui, avoir connu la joie du buteur, c’était top. On m’en reparle régulièrement. En fait je suis là (il nous montre le dessin de France Football), et c’est Wallemme qui la prend, ça revient sur Lécluse et ça me tombe dessus. Contrôle du genou, je suis sur mon pied d’appui, je me retourne et… voilà ! C’est un but d’attaquant ! Par la suite, je me suis rendu compte que ça pouvait m’aider un peu à m’intégrer à Lille ! Maintenant qu’on connaît mon attachement à Lille, l’avoir fait contre Lens… Je pense que c’était compliqué pour Jean-Claude Nadon. C’était quasiment son dernier match à Lens, car Warmuz revenait de blessure peu après. Je n’aurais pas voulu encaisser un but d’un gardien ! Je l’ai eu comme entraîneur des gardiens après, à Metz. Je suis le premier gardien-buteur, mais il y avait eu un gardien de Monaco, Hernandez, qui avait déjà marqué, en ayant fini le match comme attaquant, car il s’était blessé à un bras4 !

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À l’issue de cette première saison en D1, Nancy est malheureusement relégué. On suppose que tu as des sollicitations ?

J’étais en fin de contrat. C’est une année où j’ai beaucoup discuté avec les dirigeants, bien avant le but, ils voulaient me prolonger. Un contrat sur la durée m’avait été proposé, de 4 ou 5 ans. Mais je voulais aussi connaître autre chose, je voulais me mettre en danger, car quand on reste dans son club formateur, on a fait le tour à un moment. J’avais des clubs : Le Havre, Bastia. Un contrat de 4 ans m’attendait à Bastia. Finalement, Eric Durand a signé, le temps a passé, et je me suis retrouvé libre, mais sans club ! Et puis Cannes cherchait un gardien, alors je signe à Cannes. J’ai failli partir à l’étranger, mais je ne me sentais pas prêt.

Alors, Cannes, ça arrive comment ?

Cannes était le dernier club de D1 qui cherchait un gardien… Adick Koot était entraîneur-joueur, et on s’est retrouvés l’année d’après à Lille. C’est particulier parce que sur la fin de saison précédente, je suis un peu blessé, j’ai un début de pubalgie. Et quand je vais signer à Cannes, je suis physiquement au plus mal. Je signe sans même passer de visite médicale ! De toute façon si je passe une visite médicale, je ne signe pas, je ne peux même pas marcher ! Je fais le début de saison sur une jambe, quoi. Je suis en retard dans la préparation, je fais un entraînement sur deux, parfois je reste 5-6 jours sans jouer, je suis sous anti-inflammatoires. Le premier match de championnat, je suis à la rue. Et je me blesse autrement : ce truc là (il montre sa jambe), je me fais opérer et ça me permet de récupérer un peu de la pubalgie, et encore… Quand j’entame la rééducation, j’ai encore un peu mal, mais je ne veux pas me faire opérer de la pubalgie. Je reprends, ça va un peu mieux, je fais un match amical et je me fais tacler au niveau du genou : fissure de la rotule. J’ai eu 6 mois de blessure. D’octobre à février, en gros. J’ai repris en février.

 

« Été 1998 : je n’ai pas de club. Je fais des séances de malade, seul »

 

Au-delà de tes blessures, on a lu un article dans lequel tu disais que tu ne gardais pas un très bon souvenir de la ville de Cannes, et du mode de vie là-bas.

Ah oui, oui, oui, horrible. Bon déjà, c’était pas très exigeant au niveau des entraînements, parce que tu ne t’entraînais qu’une fois par jour. En fait c’est pas un club où tu peux jouer au foot. T’as la plage, t’as le soleil, t’as les belles voitures… C’est une année où j’étais blessé, j’étais au plus mal dans mon couple, enfin c’était compliqué quoi. J’ai signé un an là-bas. Pour moi, c’était un tremplin. En toute humilité, mon ambition était d’aller plus haut. Mais avec les blessures, l’année que je vis est compliquée même si, moralement, elle m’a endurci. Quand je finis l’année à Cannes, je n’ai pas encore divorcé, je ne suis pas encore séparé mais… c’est très chaud. Vraiment chaud. Et je n’ai plus de club. C’est pas le moment que tout parte en vrille en fait.

Du coup, quelle est ta situation durant l’été 1998 ?

On avait fini le championnat très tôt en mai. Donc mai, juin, et juillet, pendant 2 mois et demi, je m’entraîne tout seul, avec un pote qui court le 1 500. Je fais 2 séances par jour, en muscu, abdos, tout ça le matin, et le soir je vais courir ou je fais des séances physiques avec lui. Sauf que le gars fait 3’40 au 1 500, c’est déjà un top niveau ! Ce qui fait que je choppe une caisse au niveau de la VMA, je progresse… Mais je n’ai pas de club. Juste une anecdote : les jours où j’ai bossé tout seul, au niveau athlétique et en muscu, y avait la Coupe du monde en France. J’ai dit à mon pote avec qui je courrais : « putain, la prochaine, je vais y être ». Bon, je n’y suis pas allé, mais je n’en étais pas si loin finalement. C’était mon objectif. Tous les jours, je faisais des séances de malade. Y a une séance où j’ai vomi. Je faisais des trucs qui, à la limite pour un gardien, ne servent à rien. C’était juste pour travailler le mental. Je me suis mis ça en tête.
Début juillet, Porato doit partir à Marseille, et Jean-Marie Aubry, normalement, doit signer à Monaco. Et donc Lille cherche un gardien ; j’apprends que le club suit 3 gardiens.

Il me semble qu’on a longtemps été sur Valencony.

C’est possible, mais c’est plutôt Boumnijel qui tenait la corde. Jean-Pierre Mottet le connaissait de Gueugnon. Tout le mois de juillet, c’est comme ça : je m’entraîne, mais je ne m’entraîne pas dans les buts. Je ne touche pas le ballon, ce n’est que de l’entraînement physique. Mon agent m’informe que pour Lille, c’est mort, mais qu’en Ligue 2, Valence et le Red Star s’intéressent à moi. Mais je n’y vais pas. J’avais 28 ans, ça me paraissait compliqué après d’aller voir plus haut. Puis un jour, il m’appelle à 13h : j’étais à Peymeinade, à côté de Grasse. Il me dit : « demain tu dois être à Lille pour y signer ». Donc j’ai pris la voiture, j’ai fait 1200 bornes dans la journée. Et le lendemain à 9h, 10h, j’étais dans le bureau de Pierre Dréossi. La première journée de championnat avait lieu 4 jours après !

 

« Vahid Halilhodzic a rééquilibré l’équipe »

 

Quand tu rencontres les dirigeants de Lille, on te présente quoi comme projet à l’époque ? La remontée immédiate on imagine ?

Le club reste meurtri de la saison d’avant, puisqu’à 3 journées de la fin, il est quasiment sûr de monter, puis on connaît la fin… Mais c’est un club qui a une histoire, et qui a une histoire en Ligue 1 ! Donc l’objectif clair est de remonter. Je n’ai pas fait la préparation, je ne connais pas le groupe. Je sais que le staff est fragilisé sur la saison d’avant. Personnellement, je suis hyper content d’avoir retrouvé un club. Mais j’ai aussi mon histoire personnelle, où dans ma vie privée, c’est compliqué. Et donc quand j’arrive à Lille, je joue mon premier match, et ce premier match se passe très mal. On prend ce deuxième but… le ballon rebondit sur mon épaule et je marque contre mon camp. Bon, moi je sais que c’est un mauvais rebond, après voilà, c’est tout, ça ne m’a pas meurtri. Y a juste un supporter qui est entré sur le terrain, mais il s’est fait attraper. Tu remarqueras que je n’ai plus jamais joué avec un maillot à manches coupées. C’était la seule fois. Bon en tout cas, c’est pas top.

Wimbée 3Grégory lors de son premier match à Lille, contre Guingamp. Au premier poteau, David Coulibaly. Le début de saison est en effet très compliqué pour tout le monde. Thierry Froger est remercié au bout de 6 journées, après une nouvelle défaite à Beauvais (0-1).

Septembre 1998, c’est l’arrivée de Vahid Halilhodzic. Qu’est-ce qui s’est passé dans le groupe ? Est-ce que Thierry Froger était un problème… ?

Alors ça, c’est une question à laquelle je ne peux pas répondre. Moi je suis arrivé début août, je n’ai pas fait la préparation, je ne sais pas comment ça s’est passé, je fais 4 matches… Je n’ai pas eu le temps de le connaître, pas eu le temps de voir si y avait des soucis. Il devait forcément y avoir des choses qui ne fonctionnaient pas, car il n’y avait pas les résultats escomptés, ça c’est clair. Je pense qu’il y avait un traumatisme qui datait déjà de l’année d’avant.
Et le président Lecomte a fait une belle rencontre avec Vahid Halilhodzic. Je pense qu’il a été impressionné par ce que l’homme dégageait. Dès le match perdu à Beauvais, il y a ce remplacement. Je dirais qu’on avait un effectif mal ficelé. Si tu regardes bien comment est l’effectif, tu te rends compte qu’il y a beaucoup de défenseurs centraux par exemple, et que t’as moins de milieux. Rééquilibrer l’équipe, c’est la première chose que Vahid a faite la saison d’après, mais déjà dès l’hiver.

Il y a une bonne période dès l’automne. Et là arrive un événement assez rare : tu détournes deux fois le même pénalty.

Oui, contre Gueugnon ! Il y avait eu un changement de tireur. Le premier est sur ma droite, le second sur ma gauche. Après ce n’est qu’un pénalty. Ce n’est tout de même pas ce que je retiendrai de plus fort ! Mais ça reste un événement, c’est vrai.

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Dans ce résumé de France 3, on ne voit que le 2e pénalty détourné. L’événement en direct sur Fréquence Nord :

http://droguebierecomplotlosc.unblog.fr/files/2017/03/wimb_e_.mp3

Durant cette première saison, il y a un moment plus difficile pour toi : tu n’es plus titulaire à la fin de l’année civile, en novembre-décembre, c’est Bruno Clément qui prend ta place, après un match contre Ajaccio à domicile, qui globalement est raté par tout le monde. On mène 1-0 puis on perd 1-3. Et donc tu ne joues plus à partir de ce moment-là pendant 7 matches.

Même si je ne pense pas avoir fait une mauvaise année, les premiers mois sont durs. Mentalement c’est très compliqué pour moi. Parfois, je vais à l’entraînement et j’ai ma vie privée en tête. À un moment donné, avec Halilhodzic, on se retrouve dans son bureau pour discuter. Et il ne me fait plus jouer. C’est une décision qui a été prise logiquement. Ça m’a permis de me refaire la cerise. C’était compliqué pour moi, entre le fait de ne pas avoir eu de préparation et les soucis personnels… Ça me permet de travailler avec Jean-Pierre Mottet et de me remettre à niveau. Je fais quelques matches avec l’équipe réserve, je crois qu’on a fait un déplacement à Forbach, en bus… Jusqu’au jour où je me sépare pour de vrai. Et là c’est le soulagement ! Tout va mieux pour moi. Même si, pendant 2 ans, ça a été compliqué avec certains supporters, au moins je me sentais soulagé et libéré. On le voit après, même dans mon rayonnement et mes performances.

Et tu es de retour en janvier 1999, pour un match contre Beauvais…

Ça peut être l’histoire de ma carrière : il y a des moments où tu as un coup de pouce du destin. Quand on fait le stage de préparation hivernale, on va à Antibes : c’est la seule fois où Vahid a pris en main la prépa physique, quasiment de A à Z. Je dirais pas qu’il a fait n’importe quoi, mais on a commencé à 23, et on a fini, on était à peine 11 pour faire le dernier match amical (il rit) ! Y a pas mal de muscles qui ont pété, y compris chez Bruno Clément, qui se fait une grosse grosse déchirure. On avait fait des séances très intenses. Je ne suis pas sûr de la cohérence en fait. Avec la fatigue, à un moment il fallait faire autre chose. Je ne suis pas spécialiste, mais pour le coup il y a eu 12-13 blessés. Dont des blessures très importantes, pas des blessures de mecs qui glandent, qui n’en ont rien à foutre ou qui ne veulent pas s’entraîner ! Des déchirures, des trucs musculaires importants. Et donc Bruno Clément se blesse, et je rejoue.

Maintenant que tu dis ça… Je me rappelle le premier match en 1999, on joue contre Beauvais à domicile, et c’est un match où ont joué des jeunes, genre Noro, Giublesi, Cheyrou…

Ah ben oui, y avait une dizaine de blessés ! Si bien que j’aurais pu partir à Lyon, et ça ne s’est pas fait. Quand Luc Borelli s’est tué dans un accident de voiture, Lyon a cherché un gardien. J’ai eu Aulas au téléphone plusieurs fois, et je devais signer les deux ou trois mois qu’il restait de la saison, plus 2 ans. Et Lille refuse de me lâcher. C’était ça le paradoxe. Vahid me dit : « tu ne pars pas ».

Wimbée7Bien sûr, le climat lillois est différent de celui de Cannes. Mais de là à se blesser la tête à la moindre averse…

 

« A posteriori, la 4e place de 1999 est presque un mal pour un bien »

 

Alors on ne monte pas à la différence de buts, mais on est contents car la deuxième partie de saison a été très bonne, il y a des progrès dans le jeu, et on sent que cette équipe a des ressources.

On est déçus de ne pas y être arrivés. Il y a ce match contre Amiens. Je crois que c’est Adick qui me fait une passe en retrait, une passe pas terrible… Et le gars (Emmanuel Desgeorges) contre et va marquer. On m’a beaucoup reproché ce but-là. Le ballon arrivait face à moi. Ou alors il aurait fallu que je le prenne avec la main. Mais pour prendre un 12e carton rouge…

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Ah ouais je suis loin quand même ! Je suis un peu loin au départ. Donc on ne monte pas, mais à la limite c’est presque un mal pour un bien : on peut dire ça a posteriori. Parce que je pense qu’on n’aurait pas été aussi prêts que l’année suivante.

On arrive à la saison 1999/2000. Là, on frôle la perfection, avec un effectif que Vahid a choisi, pour le coup.

Déjà, on restait sur une année, ou en tout cas 6 mois, où on finit bien. Abdelilah Fahmi, Fernando D’Amico, Johnny Ecker, Dagui Bakari devant, Ted Agasson et Didier Santini : toutes les arrivées ont été importantes. Des fois tu fais venir des joueurs, et t’en as toujours 3 sur 6 qui ne jouent pas, qui ne s’imposent pas. Et là, ils se sont tous imposé et ont apporté une plus-value à l’équipe. On débute le stage de préparation, on a tous la bave, et on a des réunions sur les objectifs qu’on se fixe : il y a des réunions où il y a tout le monde, des réunions où il y a que les anciens. Un jour, on est avec Djezon, il devait y avoir Pat’Collot, j’étais dedans, on était 5 ou 6. Vahid nous demande : « quel est votre objectif ? ». Et on a répondu sans se concerter : « on veut être premiers, on veut être champions » ; « Et vous allez faire quoi pour être champions ? » ; On dit qu’on va faire ça, ça, ça, ça. On a fait un stage de préparation de dingues. On a fait des séances athlétiques… Et tu vois déjà là qu’il va se passer quelque chose. J’ai toujours pensé que la préparation était un des moments les plus importants d’une saison. Car, tout de suite, tu vois celui qui va tricher, tu vois celui sur lequel tu vas pouvoir compter, tu vois celui qui va toujours tout donner, ça se voit dans les séances athlétiques, ou quand il faut faire un effort mental. Et là tu vois que personne ne triche. Mais pas 12 joueurs, tout le monde, tout l’effectif est concerné ! Là tu sais que ça va être une grosse saison. Et le début de saison parle de lui même : sur les 10 premiers matches, 9 victoires, un nul !

Equipe

Juillet 1999, match amical à Roubaix contre Anderlecht.

Et sur un plan personnel, tu es bien mieux aussi.

Depuis quelques mois, je suis divorcé. C’était un poids pour moi. Même sur cette année là où on termine meilleure défense, je sais qu’en raison de certaines relations avec le public, je n’ai pas droit à l’erreur. Mais je sais aussi que mon ratio points gagnés/points perdus est positif. J’ai fait gagner des points à l’équipe. Mais on a tellement dominé qu’on a l’impression que tu mettais n’importe quel gardien et ça passait. C’est peut-être vrai, mais je ne le pense pas !

Finalement, le seul bémol de cette année-là, ce sont tes 2 expulsions, coup sur coup quasiment.

Contre Sochaux, c’est normal. L’arbitre était Alain Sars, un nancéien, que je connais très bien. Il ne m’avait jamais arbitré jusque là, normal, puisque j’ai joué pour Nancy longtemps, donc il ne pouvait pas. Et j’avais même essayé de simuler en disant que j’avais pris le ballon dans la tête, je me souviens (rires) ! Bon, et je lui ai dit « excuse-moi, c’est normal ». Mais le deuxième rouge contre Guingamp, en revanche, n’est pas mérité du tout. Fiorèse veut me dribbler, je lui prends le ballon, et je ne le touche pas en dehors de la surface. Je suis dans la surface, un peu emporté par mon élan. À la limite, tu peux siffler faute, mais pas mettre rouge. Fiorèse était déjà parti. De toute façon, l’arbitre le voit tout de suite parce que derrière il expulse le joueur qui se bagarre un peu avec D’Amico, alors qu’il n’y a rien !

Boutoille WimbéeCapitaines

On a vu Fernando en janvier qui nous a raconté l’épisode, ça nous a bien fait rigoler ! Tu as donné des consignes quand Christophe Landrin t’a remplacé ?

Non. Jean-Pierre Mottet était derrière le but et essayait de lui dire quoi faire. Je sais pas si t’as les images, mais il avait fait la dernière demi-heure derrière le but.

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Landrin gagne d’ailleurs un 1 contre 1 (3’55 dans le résumé). Ça doit être perturbant finalement pour un attaquant d’avoir un joueur comme ça dans le but.

Sans doute, sans doute.

C’est un bel arrêt de gardien ça ?

Un peu chanceux… Un vrai gardien serait sorti davantage.

Wimbée Landrin

Deux gardiens de but du LOSC 1999/2000. Manque Eric Allibert.

 

« En 2000, je me suis préparé pour jouer »


Le LOSC retrouve la D1 à l’issue de cette superbe saison. Et à l’intersaison, le club recrute un gardien pour être numéro 1, a priori. Et tu deviens donc numéro 2. Comment tu apprends la nouvelle, et comment tu la prends ?

C’était très clair. J’étais en fin de contrat. Vahid me reçoit avant de partir en vacances. Il m’explique que le club va prendre un gardien. Je crois qu’à l’époque, ça discutait avec Sébastien Hamel, qui était au Havre. Je lui ai dit : « il n’y a pas de problème. Mais je jouerai ». Je prolonge alors mon contrat de 2 ans.
La préparation est correcte, les matches amicaux ça va… Toutefois, j’appréhende car je pars comme numéro 2, alors que j’ai toujours joué numéro 1 dans mes club précédents. Mais lors du premier match contre Monaco, sur le banc, dans la préparation du match, je vois que sans jouer, je peux quand même apporter quelque chose. Donc même si je sais qu’à partir du moment où je ne joue pas la première journée, ce sera très compliqué de retrouver la cage, j’aurai un rôle à jouer. Mais je me suis préparé pour jouer, ce qui fait que quand Richert se blesse deux jours après la 1e journée, je suis prêt. Et donc on gagne 4-0 à Strasbourg ; on gagne contre Rennes le match d’après. Et je me fais expulser ensuite à Sedan ! Et alors là pour le coup, il n’y a rien ! Même à la commission de discipline, on m’a dit qu’il n’y avait rien, mais je suis quand même suspendu. Et en plus on prend le but sur le coup-franc derrière. Plus tard, on joue contre Troyes. Et là, on prend un but de ma faute. Le deuxième. Je suis en train de reculer quand Goussé frappe, alors que c’est une frappe anodine. Mais je suis sur des appuis arrières, et on perd 2-1. Et après, c’est le match de Saint-Etienne.

On avait mis l’accent là-dessus dans l’article qu’on a écrit sur toi : ce match qui est un tournant dans ta carrière, suite à un article de la Voix du Nord très dur pour toi, qui mettait en cause tes prestations, ta légitimité. Il se passe quoi dans ta tête quand tu lis ça le dimanche matin ?

J’ai commencé à lire l’article, et je ne suis pas allé au bout. J’ai discuté avec Jean-Pierre Mottet. Je lui ai demandé qu’on me laisse tranquille toute la journée. Franchement, je crois que je n’ai parlé à personne de la journée, sauf avec Jean-Pierre Mottet. Lui savait pourquoi j’ai réagi comme ça, et je lui ai dit : « écoute, laisse tomber, je ne vais plus rien dire, laisse-moi me préparer ». J’étais assez remonté. Lors de la causerie, je me rappelle que Vahid n’a pas compris mon attitude. Il m’a dit que j’étais faible, quelque chose comme ça… Mais je n’ai rien dit.
Je n’ai jamais fait l’unanimité au cours de ma carrière, et j’ai toujours su quand j’étais bon ou pas bon. Ce n’est pas un problème d’être critiqué, et j’ai parfois trouvé que c’était juste. Mais là je trouvais l’article orienté et vraiment injuste. On fait parler des supporters qui me trouvent mauvais… Oui, et moi je peux te trouver 3 amis qui vont dire que je suis le meilleur gardien du monde, et ça n’a pas plus de valeur ! J’aurais aimé, au moins, qu’on me donne la parole. Derrière ça, le match passe sur Canal, on fait 1-1, un super résultat. Et là les gens ont retourné leur truc. Derrière, il y a le derby, et on gagne le derby.

Et tu es encore décisif dans le derby car à 0-1, tu gagnes un duel contre Sibierski, et à 0-2, l’histoire aurait sans doute été différente.

Exactement. Et puis c’est un duel où il part de 50 mètres, donc on a tous eu le temps de le voir arriver. Et donc ça démarre là un peu. C’est un vrai tournant. Les gens ont compris, enfin certaines personnes ne changent jamais d’avis, mais certaines personnes qui sont juste à écouter ce qui se dit ont vu : « ah oui quand même… il a fait un bon match, c’est peut-être un bon gardien ».

À ce moment-là, tu penses que c’est juste un changement dans la vision qu’ont les supporters ?

J’en sais rien en fait. Je le dis maintenant parce que ça fait plus de 15 ans… Ne pas prendre de but, que l’équipe obtienne des résultats… ça donne de la confiance. Je jouais pour moi, pour mes coéquipiers. Si les gens sont contents, c’est bien, s’ils sont pas contents, qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

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« Je ne suis pas sûr qu’on ait pensé un jour être champions, mais… »

 

En début de saison, tout le monde disait que le LOSC jouait le maintien. Est-ce que dans le groupe vous disiez autre chose ?

Ah non, on était totalement sur le maintien. Même si on avait fait une top saison en D2, on savait le fossé qu’il y avait avec la D1. Même si le club avait recruté intelligemment ! Il n’y avait pas beaucoup de moyens. On n’avait pas de gros salaires, mais il y avait un moyen de motiver les joueurs : il y avait de belles primes de classement pour les joueurs. On a fini 3e, donc ça a coûté cher (rires) !

On a ici une coupure de presse, après un match à Lyon, où tu arrêtes un pénalty d’ailleurs. Tu es en Une de la Voix des sports également. C’est un peu après Saint-Etienne, il y a un article sur toi, très élogieux. Et on voit qu’il est vraiment devenu commun de dire que tu es désormais décisif.

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Ah, y a Marco Cuvelier sur la photo ! J’avais une blessure au coude avant ce match-là. Une sorte d’entorse. Sur un arrêt, mon bras était parti et j’avais un problème de ligament. Dès que je recevais un ballon ici, j’avais une putain de décharge. Dès que j’allais chercher un ballon loin, ça faisait très mal. Je devais me faire infiltrer avant le match, et le doc n’est pas là. Il est dans les salons du stade, je crois que c’était le Beaujolais nouveau… Et avec Marco Cuvelier, dans le vestiaire, je devenais fou : « c’est pas possible, on avait prévu, merde, fait chier ! ». Il me dit : « ne bouge pas, je vais te faire un strap ». Il me fait un strap, et mon bras ne bouge plus. Je vais à l’échauffement : il avait tellement serré le strap que ma main était bleue ! Donc j’enlève mon maillot et je retire le strap, au cours de l’échauffement. Et tout le monde, dans le stade, voit que j’ai un problème au bras gauche. Et avant le pénalty, je regarde Anderson, et je fais genre (il grimace pour montrer qu’il a mal au bras gauche). Et il tire sur ma gauche, je plonge à gauche, et je l’arrête !

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La maladie de Christophe Pignol, ça a eu quelles conséquences sur le groupe ?

On était au Maroc quand on a appris pour sa leucémie. C’était un moment douloureux. Je me souviens de la première visite à l’hôpital… C’était compliqué. Il a démontré des qualités mentales. Il s’accrochait à la vie. Du côté du groupe, on s’est davantage ressoudés, resserrés derrière cet événement-là. C’était un moment triste, mais on voulait tellement faire pour lui, lui montrer qu’on pouvait lui donner quelque chose, car c’était lui qui se battait contre la maladie. Il y a eu des images à la fin du match contre Parme, on a brandi son maillot… Il y a toujours eu des moments comme ça pour lui rappeler qu’on était avec lui dans son combat, qu’il a gagné.

CollectifParme

Est-ce que tu crois que le titre de champion était possible cette année-là ?

Au fur et à mesure que le championnat avance, on se dit qu’on peut faire quelque chose. Je ne suis pas sûr qu’on ait pensé un jour être champions, mais je pense qu’on aurait pu être champions. Je sais qu’à un moment, on est premiers, et on est surpris d’être premiers. On est au taquet, et on a un max de réussite, quand même ! Quand on joue contre Nantes, en février, on est encore devant. On fait 1-1 mais il y a cette action de Sterjovski, le poteau à la dernière minute… S’il marque, on a 4 points d’avance sur eux. Et peut-être autre chose après. Contre Bordeaux, on mène 2-1, puis on fait une erreur sur l’égalisation. Après, on a fait beaucoup de nuls : contre Bordeaux, à Auxerre, au Parc… On n’était pas loin, mais on a quand même quelques points de retard. Nantes en fait gagne tout jusqu’à la fin. Mais si on les avait battus, est-ce que les Nantais auraient fait la même fin de saison..? On n’a pas fait une saison parfaite non plus. En tout cas, sur le coup, je n’y ai jamais pensé. Déjà, finir 3e, je trouvais ça incroyable ! C’était la folie quoi ! Seul Monaco avait fait mieux en étant champion juste après être monté (en 1978), mais c’était un autre temps, avec d’autres moyens, ils avaient des moyens énormes quand ils sont remontés. Je vois qu’on a fini 3e, qu’on s’est qualifiés pour le tour préliminaire, et je n’ai pas de regret par rapport à la 3e place.

 

« Vahid Halilhodzic nous a menés plus haut

que ce qu’on pouvait imaginer »

 

On voudrait te montrer une vidéo : ta réaction après la qualification contre Parme. Ce qui a toujours été appréciable avec toi, et parfois étonnant, c’est ton calme, ta modération. Là, on vient d’éliminer Parme, tu es super calme, tu t’en veux presque d’avoir pris un but sur lequel tu ne peux pas grand chose (à 20’15 sur la vidéo ci-dessous).

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Oui, c’est des trucs qu’on partage un peu entre nous… Il y a une réaction pour le public, et des choses qu’on partage avec les coéquipiers. Après, je n’ai jamais été très expansif, que ce soit dans un sens ou dans l’autre. Si tu reprends ma réaction après le match contre Saint-Etienne, là j’étais remonté ! Mais pour revenir sur ce match, c’est le match où j’ai eu le plus de pression de toute ma carrière. La tension était énorme. Je ne sais pas combien de matches j’ai joués avec Vahid… Je pense que c’est un des meilleurs coaches dans l’approche des matches. Il avait toujours le bon angle dans ses causeries, même si ses causeries étaient trop longues, vraiment trop longues… Sur ses approches, il était toujours très bien. Mais ce match-là, il l’a loupé. Nous, déjà, on avait la pression. Le matin du match, on a vu des vidéos : un montage sur ce qui avait été, et un montage sur ce qui n’avait pas été. Sur ce qui a été, ça a duré 3 minutes, sur ce qui n’a pas été, ça a duré 20 minutes. Et sur les 3 minutes qui allaient, il trouvait à redire et finalement ce n’était pas bien ! Donc on se rend compte après cette causerie-là – parce qu’il en a fait plein des causeries avant le retour – qu’on a eu un gros coup de cul. Et comment on va faire maintenant..? C’est la seule fois à Lille, avec tous les joueurs, lors de la collation du midi, où il n’y a pas un mot à table. Mais pas un mot. On est tous blancs. Tu regardes la 1e mi-temps : même une passe de 10 mètres, je n’arrive pas à la faire. Je n’ai jamais eu davantage peur de toute ma carrière. Et je me suis promis de ne plus jamais avoir peur. À la mi-temps, il s’est passé des trucs dans le vestiaire. En deuxième mi-temps, on est revenus avec d’autres intentions. Bon, on n’a rien fait de miraculeux, mais on a juste pas pris de 2e but. C’est là où Biétry fait un commentaire sur un ballon aérien que je vais chercher. Il dit : « ah c’est bien, ça va le mettre dedans ». Parce qu’à la 75e, je ne suis pas encore dans le match. Et ce ballon-là a fait du bien, et derrière tous les ballons venaient vers moi : je n’avais pas besoin de plonger. Je les attirais tous.

Plus globalement, quel souvenir t’a laissé Vahid Halilhodzic ?

Au-delà de ses capacités pour faire jouer une équipe, pour avoir un projet de jeu, il était très impressionnant sur l’aspect mental. Sa force, c’est qu’il a réussi à nous mener plus haut que ce qu’on pouvait imaginer. Si, quand il arrive en septembre 1998, tu dis à Pascal Cygan par exemple : « tu vas jouer à Arsenal, tu vas pas être loin d’être international », peut-être qu’il aurait dit « ben ouais, t’es gentil… ». Si tu dis à Bruno Cheyrou : « tu vas être vendu 50 MF à Liverpool », peut-être qu’il va rigoler aussi à ce moment-là. S’il nous dit qu’on jouera la Ligue des champions dans peu de temps, on va rire ! Sa force est d’être parvenu à nous faire croire en nous, à faire en sorte qu’on donne plus que ce qu’on croyait pouvoir donner.

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La saison 2001-2002 commence donc très bien.

C’est la confirmation, parce qu’on n’a pas un gros effectif, et on joue quand même beaucoup de matches. Mine de rien, j’ai l’impression de jouer tout le temps. On était tout le temps en train de préparer un match. Avec la Ligue des champions, c’était un rythme incroyable. On préparait notre premier match le 11 septembre, et finalement on ne joue pas le 12 en raison des attentats : ça a serré le calendrier. Mais la force de Vahid, c’est qu’il avait tout anticipé : il savait quelle équipe il allait aligner 3 matches plus tard. De temps en temps, un blessé pouvait contrarier ses plans, mais quand tu vois ce qu’on fait à Troyes par exemple, t’as vu l’équipe qu’on avait ?

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Le 15 septembre 2001, le LOSC se rend à Troyes avec une équipe-bis dans le but de préserver ses cadres avant d’entamer sa première campagne de Ligue des Champions à Manchester 3 jours plus tard. Sont laissés au repos : Cygan, Pichot, D’Amico, Br. Cheyrou, Boutoille et Bakari. Be. Cheyrou, Delpierre, Rafael (2e match en D1), Michalowski (1er match en D1), Murati, sont titulaires. Au terme d’un invraisemblable concours de circonstances (4 poteaux et un pénalty arrêté par Greg), les Lillois s’imposent 1-0. On en a même fait un article. Et pour le son de l’arrêt sur pénalty avec Fréquence Nord, c’est ici :
http://droguebierecomplotlosc.unblog.fr/files/2017/06/wimbeeee.wav

Même si le LOSC a eu un maximum de réussite à Troyes, qu’est-ce qu’une telle victoire dit du fonctionnement du groupe ?

C’est toujours compliqué quand t’as un effectif de 20-22 : il y en a toujours 4 ou 5 qui ne vont jamais jouer. Mais t’as besoin d’eux, t’as besoin qu’ils soient à 100% aux entraînements. Tu auras besoin d’eux, peut-être une fois dans l’année, mais il faut qu’ils soient présents. Pour la vie de groupe, j’ai toujours pensé que c’était mieux. C’est pas toujours facile à faire intégrer à tout le monde, surtout maintenant. Mais on avait une force : on concernait tout le groupe. Sur les primes, sur tout. Le mec, même s’il ne jouait qu’un match, tu savais qu’il allait le jouer à fond. Ça c’était une force du groupe, et aussi des dirigeants qui avaient approuvé cette demande des cadres quand on a négocié les primes. C’était une vraie force, qu’on avait déjà fondée depuis le stage en Bretagne, à Saint-Cast, l’année où on monte, et aussi l’année d’après, on y était retournés. Ce sont des moments où tu forges quelque chose. Dès qu’un joueur arrivait dans le groupe, il était obligé de s’intégrer tout de suite. C’était des règles tout à fait simples, mais elles étaient justes. Alors il pouvait y avoir de très gros salaires, de moins gros salaires, mais arrivés sur le terrain, tout le monde était logé à la même enseigne. Et le coach, Vahid, a réussi à maintenir ça, durant les 4 ans quasiment qu’il est resté.

En 2002, tu restes, alors qu’une bonne partie de l’ossature de l’équipe s’en va. Quels souvenirs tu gardes de ces 2 années avec Claude Puel ?

C’est plus compliqué parce que tu perds tes meilleurs joueurs. Le recrutement n’est pas top… En fait je suis déçu de ne pas avoir connu Claude Puel après. Il a été mis en difficulté car on avait des résultats moyens, mais tu sentais qu’il était en train de faire grandir le club. C’est un aboyeur, c’est quelqu’un qui vit ses matches, mais il y a eu des moments difficiles, des moments de doute même je pense, au niveau des dirigeants. Il y a des trucs que je ne dévoilerai pas, mais en tant que capitaine, on a eu des discussions, et à un moment donné c’était compliqué pour lui. J’ai toujours pensé que c’était un top manager. Même si après je suis parti car il ne voulait plus de moi. Mais même ça, je ne l’ai pas trouvé injuste, car durant ces deux années, j’étais peut-être un peu moins performant. L’équipe qu’on avait n’était pas la même, et c’était un peu plus compliqué.

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« Lille, c’est ma famille. Mais je voulais jouer au foot »


Du coup en 2004 tu étais en fin de contrat ?

Non, il me restait un an. Je pouvais prolonger de 2 ans, en baissant mon salaire, et en ne jouant plus. Sylva arrivait, y avait Greg Malicki… Et moi j’avais des clubs. Je suis parti à ce moment là, parce que j’avais envie de jouer. Ça m’a mis en difficulté de quitter Lille, parce que je m’y sentais bien, c’était ma famille. Mais je voulais jouer au foot. Je ne voulais pas qu’on me prive de ça. J’aurais pu aussi rester et essayer de gagner ma place, mais ça aurait été dur. Et j’ai encore joué quelques années après.

D’abord à Metz, puis à Grenoble.

J’ai connu 2 groupes compliqués dans ma carrière : celui-là, et celui de Cannes. J’ai même failli arrêter… Ça m’avait dégoûté, car je ne voyais pas le foot comme ça. En tout cas le foot pro. À Metz, la 2e année, c’était dur. Et je rebondis à Grenoble avec Michel Rablat, qui a travaillé pour Lille. La première année, on doit finir 5e en D2, ce qui est le meilleur classement du club à l’époque. Et la 2e année, on a 12 points de retard sur Troyes à 10 journées de la fin, mais on arrive à monter, avec 6 points d’avance sur le 4e. On intègre le nouveau stade, on ne prend pas un but sur les dernières journées : ça fait partie des remontada !

Tu retrouves la Ligue 1 à Grenoble avec un groupe qui est très expérimenté.

Ah oui, oui. La montée déjà, y en avait quelques-uns : Walid Regragui, Maxence Flachez, Nassim Akrour… Puis, quand on monte, Laurent Battles, Daniel Moreira, David Jemmali, Ronan Le Crom, et moi. Donc des joueurs à 32, 33, 34… Moi j’avais 37 je crois.

Et vous faites une super saison pour un promu.

Oui, on a même été en tête. À la fin c’était plus compliqué, mais on a été dans les 10 premiers assez longtemps. On n’a pas souffert pour le maintien, on l’a acquis très vite. On a fait quelques exploits en gagnant au Parc, à Saint-Etienne. Même à domicile, on a fait de gros matches. On a fait des matches dégueulasses aussi ! Au Parc, on gagne avec un but d’Akrour de 25 mètres ! Landreau se fait lober, comme ça lui est arrivé quelques fois !

Justement, sache que tu as recueilli le plus de voix parmi nos lecteurs lorsqu’on a lancé il y a quelques mois l’élection du « onze de coeur ». Mais comment on parvient à comparer des performances de gardien de but ? C’est quoi un bon gardien ?

Je sais qu’il y a eu une époque, les gardiens comme Revault, quand il était au Havre, tout le monde disait qu’il était trop fort, il touchait des dizaines de ballons par match… Y a des gardiens qui font beaucoup d’arrêts. Mais des fois dans des équipes un peu faibles en fait. Un gardien peut faire de beaux arrêts mais prendre plein de buts aussi. J’ai toujours préféré jouer dans des équipes où moins j’en avais à faire, mieux c’était. Ça veut dire que l’équipe était attentive et concentrée.

Du coup, comment on peut déterminer la qualité d’un gardien ? C’est celui qui prend le moins de buts ? C’est celui qui fait le plus d’arrêts ?

Les meilleurs sont ceux qui font bien le peu qu’ils ont à faire. S’il faut faire 2 arrêts, il les fait. Si il doit en faire 6, il va les faire. À l’arrivée, les meilleurs sont ceux qui prennent le moins de buts. Ce n’est pas toujours la meilleure défense, mais en général les meilleurs sont ceux qui prennent le moins de buts. Parce qu’ils sont dans les meilleures équipes. Parfois, tu as des attaquants en D2, ils mettent 20 buts. Et quand ils jouent en D1, ils mettent pas un but. Ben voilà, c’est des attaquants de D2. Qui sont très bons en D2 mais qui n’ont pas le niveau D1. Et on a parfois des gardiens qui flambent, qui font plein d’arrêts dans des équipes de bas de tableau, puis quand tu les mets dans une équipe de haut de tableau, ils ne supportent pas la pression, ils n’ont pas un degré suffisant de concentration… Si tu joues beaucoup de ballons, forcément tu es sollicité, donc tu es tout le temps concentré. Mais quand tu le touches pas… C’est plus dur de jouer dans une forte équipe ! Normal, ce sont les meilleurs qui jouent dans ces équipes là. C’est pas un hasard.

On avait fait un article il y a quelques temps, où on se demandait qui était le meilleur gardien du LOSC…

Et tu disais que c’était Christophe Landrin !

Ben oui, si le meilleur, c’est celui qui ne prend pas de but, le meilleur c’est Landrin ! Non mais comment on compare un mec comme Enyeama, ou Landreau, avec toi ?

Landreau a fait un doublé, donc c’est lui qui a eu les meilleurs résultats. Mais il a fait un doublé avec des Hazard, Cabaye et Debuchy… C’est ça le truc. Après, c’est un gardien qui a fait plus de 600 matches, qui a montré tellement de choses ! Enyeama a fait des trucs incroyables aussi, des arrêts fabuleux. Je pense qu’athlétiquement, Enyeama est meilleur. Landreau est en-dessous sur les qualités physiques et athlétiques. Il jouait très avancé. Il a sauvé plus de buts qu’il n’en a pris, mais c’est vrai que quand tu vois des buts comme il a pris contre Grenoble, tu te dis : « mais merde, il fait quoi ? ». Pour quelques buts encaissés où il était avancé, il en a sorti beaucoup. Mais il avait une lecture du jeu, une anticipation, une confiance en lui, un rayonnement, un jeu au pied aussi qui font qu’il était incroyable. Il a fait une grande carrière. Mais tu peux pas comparer… C’est pour ça que tout ce qui est « équipe du cinquantenaire », « équipe du siècle », bof… C’est très aléatoire.

WimbéeJe prends le ballon d’une main, je salue le public de l’autre : du grand art.

Revenons à ta carrière : tu es proche d’un retour au LOSC à un moment.

Quand je suis à Grenoble et qu’on se maintient la première année (2009), ma fille était scolarisée à Lille, ma femme travaillait par ici aussi. Je rentrais tous les week-end, ou en avion, ou en train. J’étais tout seul à Grenoble : ma famille ne venait que pendant les vacances scolaires. C’était dur mais bon, c’était pour ma passion. Je sonde tous les clubs du Nord, parce qu’il faut que je rentre. Boulogne venait de monter en L1 ; début juillet, lors de la préparation, Landreau se fait les croisés. Et là, j’ai les dirigeants au téléphone, j’ai le président : « on a pensé à vous… ». Mais Garcia ne veut pas. Je lui ai laissé un message ou deux, il ne m’a pas rappelé. Il y avait Butelle, et finalement ils prennent Mouko. Mais j’ai vraiment pensé que j’allais revenir.

Pourquoi Garcia ne voulait pas de toi ?

Je ne sais pas. Il m’a appelé, mais bien après. J’aurais aimé discuter avec lui avant, pour montrer qui j’étais. Ça m’a un peu vexé. Enfin bon. J’avais un club en Ligue 2, j’avais un club en national : Evian, qui voulait me faire signer 2 ans, avec un super contrat, et 2 ans après ils sont en D1 d’ailleurs. Ils ont beaucoup insisté, ils m’ont appelé pendant les vacances, mais je dis que ce n’est pas possible. Du coup, je me suis inscrit à la formation de manager général de Limoges, avec l’appui de Xavier Thuilot. On devait être une cinquantaine à faire la demande, mais il n’y avait que 14 admis. Jusque fin juillet, je m’entretiens quand même, en me disant « on ne sait jamais… ». Après, je pars en vacances au Portugal en me disant que c’est fini. Et c’est dur. C’est assez violent en fait. Je rentre de vacances, je vois dans mon courrier que je suis pris à la formation : c’est top ! C’était le 12, 13 août, 14 août…

Et alors comment Valenciennes revient vers toi ?

Je pars en week-end avec mes beaux-parents sur la côte d’Opale. Un matin, mon beau-père me dit : « tu vas signer à Valenciennes… ? Penneteau s’est fait les croisés… ». Je lui dis : « non, c’est bon, Valenciennes, je me suis proposé, ils m’ont envoyé balader… ». Je prends le train pour rentrer à Lille : coup de fil de Henri Zambelli, qui était mon agent. Il me parle de Valenciennes. Je lui dis que je ne suis pas intéressé, qu’ils m’ont envoyé balader… Et je comprends là, je n’étais pas au courant, qu’il est devenu directeur sportif de Valenciennes ! Donc il me dit de venir quand même, de discuter. On prend rendez-vous. Et quand je rentre dans le centre d’entraînement, quand je rentre dans le vestiaire… j’y reviens, quoi. J’ai discuté avec lui pendant 2 heures, et j’ai signé à Valenciennes. C’est arrivé le 19 août, le jour de mon anniversaire. J’ai signé un an, dans un rôle de 2e gardien, pour accompagner, et ça a tellement bien fonctionné que j’ai resigné un an encore. Alors que l’entraîneur des gardiens avait un doute, il disait que j’étais vieux, mais il a vu que ça allait, et on est devenus très potes. Au bout de 2 ans (2011), j’ai arrêté, parce que j’allais avoir 40 ans. Et là pour le coup, ce n’était pas violent, car c’était de moi-même, j’étais allé au bout et je ne pouvais plus continuer. Quand j’étais sur le banc, je me disais « faut pas que je rentre », parce que si je rentrais, j’allais faire de la merde ! Je me sentais moins bien, j’étais moins performant, je trouvais que ça allait plus vite, à l’entraînement je prenais plus de buts… ça devenait compliqué.

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Du coup, la reconversion avait été pensée avant 2009, avant même l’inscription à cette formation ?

En fait l’idée, c’était de travailler pour le LOSC, quand Xavier Thuilot y était encore. On avait pensé à quelque chose, mais il est parti. J’ai eu ce projet de formation après. Ce projet, c’était pour mon enrichissement personnel, car c’est une top formation. Tu sors de là avec un réseau. Tu entres dans un autre domaine. Mais tu peux aussi reprendre le coaching, car là tu n’es pas entraîneur, tu es manager. Tu manages de l’humain, tu es en relation avec ton président… ça avait l’air très intéressant. Et finalement, je ne l’ai pas faite. Je voulais la faire tout de même, mais le directeur de la formation m’a indiqué que c’était impossible de la suivre avec mon engagement à Valenciennes.

Du coup, depuis ta retraite sportive, tu es très actif !

Très actif ! Je viens d’obtenir mon BEF (brevet d’entraîneur de football). Et à la prochaine session, je m’inscris pour le diplôme d’entraîneur des gardiens pour la formation. Ce sont des sessions qui ont lieu tous les 2 ans, donc pour maintenant ce sera pour l’année prochaine. Ce diplôme va devenir obligatoire pour entraîner les gardiens. Mais pour l’obtenir, tu dois passer par le BEF. Parce que pour avoir le BEF, normalement il faut entraîner une équipe, et moi j’entraînais les gardiens cette année. Tu dois raconter une histoire, quoi. Il devrait y avoir une filière spécifique aux gardiens, mais pour l’instant elle n’existe pas. Mais prenant désormais en charge l’entraînement des gardiens en CFA, je vais mettre pas mal d’activités en stand-by, parce que je n’ai plus le temps. Jusque là, j’avais quand même des plages horaires pour venir ici (rappel, on est au Five). Mais là, avec le rythme qui est imposé… en tout cas qui a l’air d’être imposé..! J’ai fait les 10 jours de stage avec Bielsa. J’attends la nouvelle saison avec beaucoup d’excitation et de curiosité. Mais je reste dans le foot. Et je reste au LOSC, surtout !

 

Merci à Grégory Wimbée pour sa disponibilité.

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FC Notes :

1 Au fait, les nouveaux abonnements sont en train d’arriver. Si vous ne l’avez pas encore reçu, ça ne saurait tarder !

2 À l’époque, la D3 est divisée en 6 groupes. Les 6 champions, promus, s’affrontent pour déterminer le champion de D3.

3 Le Championnat de D2 1992-1993 est le dernier avant la réorganisation des divisions amateures. La D2 devient entièrement professionnelle et passera en 1993-1994 de deux poules de 18 à une poule de 22. Les 8 derniers de chaque poule sont donc relégués en National 1. En résumé, cette année là sont montés : Martigues et Angers, champions de leur poule. Ainsi que Cannes, initialement 2e de la poule 1. Ce qui permettait au club de jouer des pré-barrages avec Nice (3e de la poule 1) ainsi qu’avec Rennes et Rouen (2e et 3e de la poule 2). En pré-barrage, Rennes bat Nice 1-0 et Cannes bat Rouen 2-1. En barrage, Cannes bat Rennes 1-0 et 3-0. Cannes gagne donc le droit de disputer un dernier barrage contre le 18e de D1 : Valenciennes. Et Cannes l’emporte 2-0, 1-1. Pas évident hein.

4 La liste des gardiens-buteurs en D1 française est dans notre article : http://droguebierecomplotlosc.unblog.fr/2016/12/10/29-novembre-1996-wimbee-scorbute-nadon/


Posté le 25 janvier 2017 - par dbclosc

Fernando D’Amico : « On était préparés à se défoncer »

Fernando D’Amico était de passage en France à l’occasion du match Lille/Saint-Etienne, le 13 janvier 2017. Avec sa gentillesse habituelle, il nous a accordé du temps, pour une libre discussion qui a été l’occasion de savoir quelles étaient désormais ses (nombreuses) activités, mais aussi de revenir sur quelques moments forts de son passage à Lille, photos et vidéos à l’appui (celles qu’on vous met régulièrement sur notre page facebook).

Passer 1h30 en compagnie de Fernando D’Amico, c’est réactiver beaucoup de souvenirs : ceux, bien sûr, de l’extraordinaire progression du LOSC à partir de 1999, de la D2 à la Ligue des Champions ; ceux d’une autre époque où les soirées à Grimonprez-Jooris restent ancrées dans une mémoire que le temps a idéalisée ; et, enfin, ceux qu’on garde d’un joueur, inconnu à son arrivée, qui est parvenu en peu de temps à devenir un modèle pour les supporters, aussi bien pour sa combativité sur le terrain que pour sa tendresse en dehors. Fernando D’Amico est donc bien plus qu’un ex-joueur du LOSC : il est celui dont la trajectoire s’est confondue avec le renouveau du club ; celui qui a symbolisé « les années Vahid », avec des joueurs parfois moyens techniquement, mais poussés par une irrésistible envie de se battre, et donc terriblement attachants ; et celui qui garde un lien particulier avec les supporters : sa disponibilité à notre égard en témoigne encore. Nous avons déjà déclamé notre reconnaissance, notre admiration et, disons-le, notre amour à son égard dans cet article, sobrement intitulé « Gloire éternelle à toi, Fernando D’Amico ». Quelques heures avant qu’il ne rejoigne le Grand Stade, Fernando est revenu avec passion et émotion sur sa carrière lilloise, mais il nous a également évoqué ses reconversions professionnelles, qui l’ont notamment conduit à ouvrir une école de football pour enfants ; à passer quelques diplômes (universitaire et footballistique), et à sortir un ouvrage « Happy Football », dont une traduction française devrait arriver à l’automne 2017.

Fernando 2


[L'intervieweur est fébrile face à son idole. Attention, il s'agit de trouver une bonne question] Que deviens-tu, Fernando ?

Je suis toujours le même. Je n’ai pas beaucoup changé, sauf que quelques années ont passé depuis mon passage ici à Lille. Sur le plan personnel, je suis un père de famille, très amoureux de ma femme, Erica, et de mes 3 enfants : Maria est née quand j’étais ici à Lille, elle a 14 ans ; Alessandro a 8 ans ; et Fatima, la plus petite, a 2 ans et demi. J’habite en Espagne, à Badajoz, d’où est originaire ma femme, et où j’ai joué avant d’arriver à Lille. Ma femme tenait à ce qu’on retourne là-bas. Ensuite, au niveau professionnel, je suis toujours dans le football. J’ai vite pensé à ma reconversion : deux ou trois ans avant la fin de ma carrière, j’ai lancé une petite école de foot, avec les enfants de l’école de ma fille, Maria, qui avait 4 ans. J’ai un petit terrain de foot chez moi : les parents me demandaient si je pouvais donner des cours. Donc j’ai commencé d’abord avec 5-6 enfants. Et aujourd’hui, ça fait désormais 10 ans, j’ai une école de foot privée (Escuela de Futbol Fernando D’Amico), sur un autre terrain beaucoup plus grand ! J’ai environ 80 enfants de 4 à 16 ans, et je leur donne des cours moi-même, tous les mois. C’est ma passion.
J’ai fini ma carrière en 2009 à Badajoz. J’ai débuté des études pour devenir directeur sportif à la fédération espagnole de football, et des études pour devenir coach en Argentine, car j’aime la méthode argentine. Donc j’ai le diplôme national de première division d’Argentine, et j’ai le diplôme de directeur sportif pour la fédération espagnole de football.
Ensuite, cela fait un an et demi que je suis devenu agent FIFA intermédiaire. Donc je suis agent de joueurs. Pour le moment, c’est pour la fédération espagnole de football. Et en juillet, je devrais pouvoir obtenir la licence en France.
Enfin, en 2010, j’ai démarré des études en intelligence émotionnelle à l’université de Madrid. Ça a duré 4 ans. Cela m’a aidé aussi dans ma vie personnelle, pour rationaliser les émotions vécues lors de ma carrière de joueur. Cela a abouti notamment à l’écriture d’un livre pour enfants.

Tu nous présentes ce livre ?

Le livre a été écrit avec l’associé de mon entreprise Quality players, Àlvaro Roa. On a fait tous les deux un cursus à l’université. Moi je suis expert, avec mon master, en intelligence émotionnelle. J’ai aussi une entreprise qui s’appelle « despierta tu talento », ça veut dire « éveille ton talent » : on donne des cours de coaching, d’intelligence émotionnelle, et de motivation. Donc j’ai relié mes études en développement personnel avec mon expérience de footballeur. Avec Àlvaro Roa, on a donc créé « Happy football ». L’idée principale de ce livre, c’est de dédramatiser le football. Je crois que c’est ce dont les enfants ont besoin pour libérer leur talent. Pour être un meilleur footballeur, il faut dédramatiser le football : quand on est un enfant, ce n’est pas sérieux le football ! C’est avant tout un jeu. Bien sûr, tout le monde rêve de devenir footballeur professionnel, mais il faut savoir mettre certaines limites. Personnellement, j’ai souffert dans mon enfance avec des équipes trop « professionnelles », qui nous traitaient, mes parents, mon frère et moi, comme si on avait 20 ans, alors qu’on avait 8 ans, 10 ans !

CouveturePour découvrir ce livre, voici sa page facebook, et son site web.

Il y a la vraie grinta dans le livre. Pas celle des fous furieux ; c’est pour devenir un meilleur footballeur, mentalement. C’est ça que je veux inculquer aux enfants : quand il faut vraiment aller au charbon, c’est ta tête qui te permet d’y aller. Je ne veux pas que les enfants se brûlent les ailes dans leur jeunesse. Oui, tu peux avoir la grinta à 8 ans, tu peux tout donner, mais il ne faut pas avoir déjà l’angoisse de ne pas gagner. Alors, dans notre livre, on trouve beaucoup de valeurs issues de mon parcours en intelligence émotionnelle. C’est un ouvrage qui fait appel à l’imagination, avec beaucoup d’aventures, beaucoup de matches, et mon expérience, depuis mon enfance jusqu’à mon parcours de footballeur.

Aujourd’hui, j’ai rencontré un éditeur à Lille – supporter Lillois, en plus ! -, et on a entamé les démarches pour une traduction française.

 

« J’ai tout donné pour jouer à Lille »


On va désormais revenir vers le passé. Tu arrives à Lille en 1999 : dans quelles circonstances es-tu arrivé au club ?

Je venais de finir mon contrat à Badajoz. Avant de partir à Buenos Aires pour des vacances, mon agent m’a conseillé d’envoyer des cassettes vidéos à plusieurs clubs en Europe dans lesquels il avait des contacts. J’avais la possibilité de revenir en première division argentine, mais je voulais rester en Europe pour être auprès d’Erica. Si je restais en Argentine, je ne la voyais plus… et c’était mon amour ! On a envoyé des cassettes en Belgique, en Suisse, en Italie, et à Lille. En attendant, je m’entraînais à Buenos Aires, seul. Et mon agent avait des contacts avec un Argentin qui a joué à Lille, Fernando Zappia, qui lui-même connaissait Philippe Lambert et Jean-Pierre Mottet. Donc Zappia a joué les intermédiaires, et au bout d’un moment, la cassette est arrivée à Pierre Dréossi et à Vahid. Et je me rappelle très bien : j’étais en train de courir dans un bois pour me préparer, et je reçois un appel de mon agent : « Fernando, il faut que tu te prépares, tu as un essai à Lille ».


Et que savais-tu de Lille avant d’y venir ?

En vérité, je ne connaissais pas Lille. Après ce coup de téléphone, tout de suite, on a regardé où était Lille : c’est la première fois que j’en entendais parler.


Et donc tu débarques dans l’inconnu, et tu fais le stage avec le groupe en Bretagne. Comment as-tu été accueilli ?

(Il réfléchit quelques secondes) Ça s’est passé… de différentes façons. J’arrivais sans parler un mot de français, après 20 heures de voyage. J’étais tellement fatigué : 15h d’avion, puis il fallait rejoindre la Bretagne, à Saint-Cast. J’étais avec Fernando Zappia.

ZappiaLibéro, Fernando Zappia a joué 65 matches pour le LOSC entre 1987 et 1989

Vahid, sérieux, nous accueille et prévient d’emblée : « j’espère que vous travaillez dur ». Il était 23h. On a terminé cette première entrevue à minuit, ou 1h du matin. Je demande si je peux dormir. Vahid me dit : « oui mais demain, 5h30, réveil ! ». Réveil à 5h30 ?!? Et il poursuit : « oui, et à 6h30, entraînement, puis à 10h30, entraînement, et à 16h, entraînement ! ». C’était de la folie. C’était comme au service militaire. Je me lève à 5h ; on m’avait donné 3 survêtements, mais je ne comprenais rien puisque je ne parlais pas un mot de français : ce survêt là, c’est pour le matin ? L’après-midi ? Et celui-là ? J’avais aussi 3 couleurs de maillot. Je me souviens qu’en sortant de ma chambre, j’avais mis un maillot vert, et je vois que tout le monde portait un rouge ! Donc je retourne dans la salle en courant pour me changer… C’était un stage de fou. J’ai tout donné.

 

Equipe 99-2000 (3)

 Le groupe en Bretagne. Fernando semble déjà très déterminé.

 

Donc le premier contact a été difficile, quand même…

Ah oui ! Très difficile !


Et le groupe des joueurs, comment t’a-t-il accueilli ?Fernando 4

Normalement. Je me souviens que j’avais appris quelques mots dans l’avion, avec un traducteur, mais je me suis vite rendu compte qu’on ne me comprenait pas ! Et personne ne parlait espagnol… Je pense qu’aujourd’hui, c’est différent : les joueurs parlent davantage espagnol. Mais je te dis la vérité : c’était très dur. On est restés une dizaine de jours là-bas. J’étais tellement fatigué. En plus, j’arrivais avec une blessure derrière la cuisse, mais je ne voulais pas arrêter. Le soir, je me massais dans la douche, et je ne voulais pas dire que j’avais mal. J’avais tellement envie de rester que j’ai fait un stage de fou. C’était très très très, très dur. Mais j’ai donné tout ce que j’avais, et Vahid l’a vu.

[Ci-contre : photo prise lors d’un match amical d’avant-saison]


Comment Vahid t’a dit que tu allais rester ?

Vahid ne disait rien. Quand je demandais, Philippe Lambert disait : « c’est bien, c’est bien… », mais c’était flou. Le dernier jour, je suis monté dans le bus, je ne savais toujours rien. Vahid m’a regardé, il m’a fait comme ça, avec la tête (il mime un signe d’approbation). C’était seulement un signe de tête, et j’ai senti que j’avais réussi le stage. C’est comme ça qu’a commencé l’aventure.

 

Pour Fernando, l’aventure commence officiellement le 7 août 1999 : il est absent lors du premier match à Laval, et il participe à son premier match en championnat avec le LOSC contre Nîmes. Il est remplacé à la 67e minute, déjà sous les applaudissements, par Bruno Cheyrou, qui donne la victoire au LOSC à la 89e. Ensuite, Fernando enchaîne : il devient rapidement un titulaire indiscutable au milieu de terrain, où ses qualités de récupération font merveille. Aux côtés de Carl Tourenne, dans un rôle plus sobre, Fernando se projette plus facilement vers l’avant en initiant les attaques. Son activité est impressionnante : il semble infatigable. Dans la vidéo ci-dessous, on a un aperçu de cette activité débordante : c’est le 27 août 1999 (6e journée), contre Louhans-Cuiseaux (« Louhans-Cuiseaux ? J’étais tellement motivé que je ne regardais même pas contre qui on jouait… »).

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« Je me sentais en communion avec le public »


Grâce à ses performances, Fernando D’Amico devient très rapidement le chouchou des supporters. Pourtant, en dehors des terrains, l’adaptation reste difficile : il y a la barrière de la langue ; et aussi l’absence d’Erica, pendant plusieurs mois :

Je me souviens que je pleurais après chaque match, dans les vestiaires. Je me vidais tellement. Je donnais tellement de rage, de grinta. Et j’étais tout seul. Je ne parlais pas français…


Ton épouse est arrivée après ?

Oui, elle est arrivée après. Erica est arrivée 6 mois après, vers janvier-février… Pour Erica aussi, ça a été difficile. On n’avait pas encore d’enfant à ce moment là. Maria est née en 2002, 3 ans après. Mais je sentais aussi que Vahid était attentif, il me soutenait. Un jour, alors que j’étais triste, il me dit : « mais Fernando, tu es le chouchou des supporters, tu joues super bien, qu’est-ce qui t’arrives ? ». Vraiment, c’était très dur. Ça, c’est une dimension que peu de gens connaissent : j’ai beaucoup souffert au début, c’était pas facile, surtout à cause de la langue et de la solitude.


Qu’est-ce qui t’a aidé à tenir ?

Le soutien des supporters était très important. Quand les supporters chantaient mon nom, ça me donnait beaucoup de force. Je me sentais en communion avec le public, c’était une relation extraordinaire que je n’ai pas retrouvée après. Je m’entendais aussi très bien avec les dirigeants : Pierre Dréossi, Philippe Lambert, pour moi le meilleur préparateur physique du monde, il prenait le meilleur de moi ! Pareil avec Vahid aussi, le président Bernard Lecomte… Tout le monde a fait le nécessaire pour mon adaptation. Ensuite, les amitiés se créent. Je partageais notamment ma chambre avec Grégory Wimbée lors des mises au vert. Après l’entraînement, à la fin des matches, je retrouvais Didier [Didier Bauwens, l'ancien concierge du stade], la famille Régent. Heureusement que j’ai rencontré la famille Régent, c’était une grande chance et un grand réconfort pour moi.


Comment tu as rencontré cette famille ?

Mon professeur de français connaissait Thomas Régent, le plus grand des enfants. Ils m’ont contacté, et je me rappelle qu’on est allés boire un coup sur la Grand’ place. La maman, Joëlle, m’aidait à faire mes courses, à meubler mon appart’, je mangeais chez eux… Vraiment, la famille Régent, c’est une des clés de mon adaptation. Joëlle, Bruno, Benjamin… Des gens extraordinaires. Ils m’ont beaucoup aidé.


En novembre 1999, à la moitié de la saison, France 3 Nord-Pas-de-Calais réalise un reportage sur Fernando. Il y est présenté comme la « révélation de la saison ». Pierre Dréossi raconte les circonstances de sa venue. Fernando y évoque ses difficultés lors de son arrivée, et sa rencontre avec la famille Régent.

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« On avait trouvé la formule pour gagner »


Sur le plan sportif, tu gardes quels souvenirs de cette première année à Lille, avec la remontée ? [Notre article sur cette saison 1999-2000]

On était une machine… Un TGV lancé à 400 km/h qu’on ne peut pas arrêter. On était solides, costauds, déterminés. On s’entraînait, on gagnait, on gagnait. On avait trouvé la formule pour gagner. On n’arrêtait pas ! Vahid me pressait toujours comme un citron pour extraire le meilleur de moi. Et comme moi je suis un mec très obéissant, ça marchait. Je venais de la D2 espagnole, j’avais 23 ans, je ne connaissais rien ! J’étais comme les autres : on venait d’en bas, on n’avait pas de stade.. Si un mec prend le meilleur de toi et t’amène en D1, tu es reconnaissant. On a beaucoup souffert lors des entraînements, mais ça marchait. Les entraînements, c’était plus difficile que les matches ! Beaucoup plus difficile. Quand je commençais un match, j’avais l’impression que les joueurs adverses étaient des fourmis, tellement je me sentais costaud.

 Fern ERica

À l’issue de sa première saison, Fernando est champion de France de D2, et remporte un trophée individuel : l’étoile d’or France Football, qui récompense le joueur qui a obtenu la meilleure moyenne des notes données par le magazine. Le voici dans les locaux du journal, avec Erica.


Est-ce qu’on peut revenir sur quelques matches spécifiques, où ça c’est passé de manière particulière pour toi ? D’abord, la double confrontation contre Guingamp [Pour rappel, dans le match au sommet de la 19e journée, Lille mène 1-0, puis Wimbée est expulsé pour une main hors de sa surface. Sur le coup-franc qui suit, Fernando se met sur le chemin du Guingampais Tasfaout, tombe, et l'arbitre expulse Tasfaout. Lille gagne ce match 2-0. Au retour, les Guingampais veulent se venger de Fernando, et Claude Michel le tacle violemment par derrière en fin de match].

Moi j’étais très malin hein… Comme tu l’as écrit dans ton article, je pouvais faire sortir du match n’importe qui. Écoute, il est venu vers moi, Tasfaout. J’étais dans le mur. Je me mets sur le passage, je tombe, il a eu carton rouge. Mais le carton de Grégory, c’était pas juste. Donc on a compensé un peu. C’est pas tricher, c’est être malin. C’est très professionnel finalement.

Le résumé du match :

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Et au retour, Claude Michel te tacle par derrière…

Oui, pour me blesser ! C’était le seul match où j’étais remplaçant, parce qu’au match aller, j’ai fait le malin devant Tasfaout, et il s’est pris un rouge (il rit). Claude Michel disait qu’il voulait me casser la jambe, donc Vahid m’avait mis remplaçant, mais je ne comprends pas pourquoi il m’a fait jouer. Il ne fallait pas me faire jouer ! Dès que je suis rentré, Coco Michel s’est jeté par derrière, et heureusement qu’il ne m’a pas cassé la cheville ! Ça, c’est des mauvais perdants (on voit le tacle à la vidéo : Fernando répète : « ça c’est des mauvais perdants. Et lui aussi là [Guy Lacombe] Mauvais perdant ! On était meilleurs qu’eux »).
Et je n’ai blessé personne dans ma carrière. Dis-moi si c’est arrivé une fois ? Si, c’est arrivé une fois, contre le Paris Saint Germain. Sans le faire exprès, j’ai blessé Frédéric Déhu. Je l’ai attrapé par derrière, et je lui ai mis mes crampons sur les mollets. J’ai pris un jaune, et j’ai demandé pardon. Il était capitaine, j’étais pas bien du tout. Mais jamais je n’ai blessé, jamais je ne suis allé pour casser une jambe comme Coco Michel l’a fait avec moi. Jamais je n’ai pris un rouge parce que je faisais mal.

 

Et puis il y a le match à Nîmes. Tu marques tes deux premiers buts avec le LOSC, mais le match finit en bagarre générale…

L’angoisse. Tu sais ce qu’est l’angoisse ? J’ai failli me faire tuer ! Il y avait un joueur qui était toujours très méchant avec moi… Cyril Jeunechamp. Il était toujours derrière moi, très méchant. Il ne savait pas rivaliser à la régulière, et il s’enflammait rapidement. Ce jour-là, Nîmes était meilleur que nous. Mais tu sais que dans les duels, tu sais que je rentre dedans. Lui, il m’insultait. On n’était pas bien, on était menés 3-0 hein ? (il rit) Donc à 3-0, il me chambrait. Et moi, la première chose, si un mec m’insulte sur un terrain de foot… Moi je suis un ange hors des terrains, mais sur un terrain, je suis un démon. Je suis un fou ! Donc il m’insulte, les insultes classiques… Moi je réponds, je l’insulte, mais ce sont normalement des choses qui s’arrêtent quand le match se termine. Quand c’est fini, c’est fini. On a gagné ou on a perdu, et c’est tout, on en reste là. Mais eux, les Nîmois… Non seulement ils menaient 3-0, mais ils prennent 2 rouges, et moi je marque 2 buts, dont un à la dernière minute ! Le match se termine, des Nîmois viennent vers moi, jaloux, et m’insultent. En Argentine, quand on fait ce geste (il lève les mains), ça veut dire : « j’ai rien fait ». Donc je lève les mains. Et eux ont cru que je les chambrais. Tu crois que moi, je vais chambrer à Nîmes, où les gens étaient tout fous dans le stade ? Après être revenus de 0-3 à 3-3 ? Je suis fou mais pas con ! Que estoy loco, pero no estúpida ! Sur la vidéo, on voit bien que je lève les bras . Même le journaliste dit que D’Amico chambre, etc. Bon, du coup, j’étais triste, je n’ai pas profité de mes 2 buts. Tout le monde voulait me frapper. Vahid s’interposait pour que je ne prenne pas des coups de pied de karaté… J’avais rien fait ! Juste des duels costauds avec l’autre. Tu m’insultes, je t’insulte, et on en reste au match, il n’y avait rien de personnel là-dedans. Lui, Cyril Jeunechamp, avait quelque chose de personnel contre moi. Après la douche, je me rappelle, j’en ai pleuré parce que tout le monde me demandait « mais qu’est-ce que tu as fait Fernando ? », et moi j’avais rien fait, c’était juste des duels et des insultes sur le terrain. On nous a jeté des cailloux sur le bus… La folie. Vahid m’a dit que j’avais un peu baissé mon niveau lors du match à Nîmes ! Hé, j’avais marqué 2 buts ! Quand même !

Les 10 dernières minutes du match à Nîmes, avec le doublé de Fernando :

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Allez, passons à la suite : Le LOSC est remonté en D1.

En D1, on était sur notre lancée. Idem en Ligue des champions. On était préparés à se défoncer. Et on sentait qu’on pouvait rivaliser avec n’importe quelle équipe.


Là, je voudrais te montrer deux souvenirs : d’abord, un match contre Sedan.

J’ai pris un carton rouge. On n’avait pas fait un bon match. Je suis en retard. C’est un deuxième carton jaune… Je n’ai pas blessé en tout cas.


Et donc là contre Saint-Etienne, tu marques ton premier but à Lille !


Le 27 janvier 2001, Lille bat Saint-Etienne (entraîné par Rudi Garcia) 4-1. Fernando marque son premier but en D1, et son premier but à domicile ! Et pas n’importe comment : une frappe de 20 mètres en lucarne ! De plus, le LOSC prend ce soir-là la tête du championnat.

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C’est incroyable… Dans ma carrière, il me manquait des buts. Je courais tellement que j’étais fatigué quand j’arrivais devant les buts ! Quel but…

D'Amico4


Alors cette saison se finit à Monaco. Mais avant, on perd des points contre Lyon (1-2) et à Paris (2-2).

Oui, c’est là qu’on a perdu le titre. On a décroché. Le but de Delmotte, c’est ça qui nous nique. On savait aussi qu’il nous manquait un petit quelque chose, et c’est ça peut-être l’unique regret de cette époque : ne pas avoir remporté le titre en 2001. On n’a pas pu parce qu’on était limités, soyons honnêtes. Il nous manquait de quoi rivaliser avec les plus grands. À Paris, j’ai une occase, et je m’arrête au lieu de continuer. Vahid me l’a reproché : « mais pourquoi tu t’es arrêté ? ». J’avais pas l’habitude d’aller jusqu’au bout. J’ai frappé… Trop facile pour le gardien. On a fait 2-2 là… Et, à Monaco, super passe de Fahmi… Dommage que Laurent (Peyrelade) ne soit pas resté avec nous en Ligue des champions. Il était très efficace, il a fait meilleur buteur. Je sais pas pourquoi il est pas resté avec nous.

 

Collectif Parme6« Quand Christophe Pignol est tombé malade, ça nous a tous beaucoup touchés. On s’est serrés les coudes. On jouait pour lui. Il nous téléphonait, il nous envoyait des cartes. Je garde toujours avec moi une carte très personnelle qu’il m’a écrite. Je l’ai revu à l’inauguration du grand stade et aux 70 ans du LOSC. J’étais très content de le voir »

 

« Jouer la Ligue des champions, c’est toucher le ciel avec la main »


Quel souvenir gardes-tu de la confrontation contre Parme ? [On a écrit un article sur le match aller, ses circonstances, son scénario]

C’était un jeu de stratégie. Jamais je n’ai vu dans ma vie un match aussi bien préparé que celui-là. On était tellement bien préparés physiquement, suite au stage de début de saison avec Vahid. C’était une partie d’échecs. On a changé le système juste pour ce match. On a joué à 3 derrière, avec Tafforeau et Pichot sur les côtés, au milieu, avec N’Diaye et moi au milieu, et Landrin devant. Chacun avait sa fonction. On a surpris Parme. Je me souviens… Je ferme les yeux, et je vois une partie d’échecs où on contrôle le jeu, on sait ce qu’on doit faire. On a très bien occupé le terrain. On les a surpris d’une façon énorme, on a contrôlé le match. Un de mes meilleurs souvenirs de ma vie, c’est le marquage individuel sur Nakata. Le pauvre… Je crois que je suis un cauchemar pour lui. Je lui criais dans les oreilles, je lui faisais la totale. Il me regardait comme ça en se demandant ce qui lui arrivait. Et en plus j’étais malin, l’arbitre sifflait toujours en ma faveur ! À cette époque, il était encore très bon. Je crois que ça lui a fait du mal dans sa carrière. Je ne veux pas aller plus loin, mais il a été moins en vue après. J’étais tellement bien physiquement, je pouvais accélérer facilement. C’est lors de ces matches que j’ai dit « il faut pas lâcher, il faut continuer ». On m’a interviewé à la mi-temps, j’étais fou. On perdait je crois déjà 0-1, moi j’ai dit : « il faut pas lâcher, il faut continuer, il faut se qualifier, seulement ça ». Je m’en souviens comme si c’était hier.

Pour son premier match européen, le LOSC réalise l’exploit de s’imposer à Parme (0-2). La star parmesane, Hidetoshi Nakata, est complètement neutralisée par Fernando, à l’aller comme au retour. Au retour, Lille perd (0-1) mais est qualifié. Le résumé du match aller :

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Fern Nakata« Il faut pas lâcher, il faut se qualifier !!! » La photo illustre parfaitement le propos.

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Ensuite, débute la campagne de Ligue des champions…

Pour être honnête, quand on est allés à Manchester, j’avais peur qu’on en prenne 7. Mais on était tellement bien préparés, l’équipe était tellement costaud, qu’on arrivait à rivaliser avec tout le monde. J’ai un regret sur cette campagne de Ligue des champions : avoir perdu en Grèce. C’est là que ça s’est joué. On gagnait 1-0. Et je ne sais pas comment ça a tourné… Il y avait le feu dans le stade. On avait une drôle de sensation, où on se fait avoir et on ne s’en rend pas compte. On a eu 10 minutes de déconcentration, on se demandait s’il y avait hors-jeu ou pas, et on l’a payé cher. Si on avait une possibilité de se qualifier, c’était sur ce match là. On s’est ratés.

4e journée de la première phase de la Ligue des champions 2001-2002 : Bassir ouvre le score (38e, Fernando est au départ de l’action : mais on le voit pas sur cette vidéo), mais les Lillois sont battus (1-2) :

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Il y avait aussi beaucoup de rotation, mais on n’avait pas l’effectif pour jouer à fond. Mais bon, après, on fait deux nuls contre La Corogne, on perd à la dernière minute contre Manchester, on bat l’Olympiakos à la maison. J’ai ces deux regrets : perdre le match à Olympiakos, et le match retour contre Manchester, où on fait 1-1, j’étais sur la retenue ; je n’ai pas fait un bon match, parce que Vahid ne voulait pas qu’on prenne de risque. Il pensait qu’avec le match nul, on se qualifiait. Manchester était déjà qualifié, et nous on avait besoin d’un point, donc c’était un match particulier, je me retenais, il fallait surtout ne pas encaisser de but. Après, les autres matches, je me sentais à l’aise. Je sentais que je faisais de bons matches. L’équipe était bonne, et moi, individuellement, je rivalisais avec les grands joueurs. Ça reste une de mes meilleures années. Quand tu joues la Ligue des champions, c’est toucher le ciel avec la main.

Cette année, dans mon école de foot, je fais l’entraînement, le jeu, tout ça, et avant de démarrer le petit match, je fais entrer les joueurs dans le vestiaire, je prépare les deux équipes, je mets la musique de la Ligue des champions ! Ils ont le drapeau de l’école, et ils sortent en rang avec les parents qui les applaudissent. Et quand j’oublie de le faire, les enfants réclament la musique de la Ligue des champions !

 

Fern EquipeEn Une de « L’équipe », Ruud van Nistelrooy observe un des meilleurs milieux de terrain du monde. Et à droite, on aperçoit David Beckham.


Et la dernière saison, elle, a été plus difficile

Oui, Vahid est parti. On a démarré la coupe Intertoto…


Et tu marques !

Oui, tu as les vidéos des buts ?


Oui, buts de la tête.

Les buts de Fernando dans cette vidéo : le 31 juillet 2002 contre Aston Villa (1-1) et, auparavant, le 27 juillet contre les Roumains de Bistrita (1-0) :

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http://droguebierecomplotlosc.unblog.fr/files/2017/01/d_39_amico.mp3 Le but contre Aston Villa, en direct sur Fréquence Nord, avec la voix de Mickaël Foor.

 

J’ai démarré super bien. Dans mon livre, il y a une histoire qui est inspirée du but qu’on a pris contre Aston Villa : aller rechercher le ballon au fond des filets. Regarde ce que je fais, sur le but de Aston Villa : je suis allé rechercher le ballon dans le but. Tu vois ? Je ramène le ballon au milieu. Combativité ! Et ensuite je marque. Quel beau but, hein ? Je m’en souviens comme si ça venait d’arriver. J’ai plongé.. Quelle joie de marquer un but à la dernière minute ! Après, Puel a commencé à faire tourner. Il ne m’a pas mis au retour à Aston Villa. Il ne m’a pas mis en finale à Stuttgart. Il a fait tourner, et moi je suis un joueur qui a besoin de jouer tous les matches pour garder le rythme. À mon avis, sur ce plan là, il s’est trompé avec moi. Avec Vahid, je jouais tout : championnat, ligue des champions. Jamais il ne me laissait me reposer. Mais Puel me faisait jouer en championnat, et ensuite je ne jouais plus. À Stuttgart, j’ai joué 20 minutes. Et après, on a fait un très mauvais début de championnat : 0-3 contre Nice, et 0-3 contre Bordeaux, à la maison ! C’était une année de transition, très mauvaise.

Le 17 août 2002, après avoir déjà perdu 0-3 contre Bordeaux, et avoir fait un nul au Havre (0-0), le LOSC perd de nouveau 0-3 à Grimonprez. Mais « il faut pas lâcher ! » :

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« Plus les années passent, plus je me sens proche de Lille »

 

À l’issue de la saison, ton contrat n’est pas renouvelé. Comment as-tu vécu ton départ ?

C’était une année très compliquée pour moi, car j’étais en fin de contrat. Lille a d’abord fait une proposition. La négociation s’est déroulée avec mon agent ; moi, je ne m’en occupais pas. Au début, le LOSC voulait me prolonger. Quand j’ai marqué les deux buts en Intertoto, mon agent était au match et a parlé avec Michel Seydoux. J’attendais un effort de Lille pour me retenir : les supporters me voulaient, et moi je voulais rester. Ensuite, j’ai eu quelques désaccords avec Puel. Je jouais moins. Durant mes 4 ans au LOSC, je jouais toujours, et je n’avais pas eu cette sensation encore. La fin de contrat donne une sensation bizarre… Et soudainement, il ne s’est plus rien passé. En fait, ils ont laissé tomber l’affaire. Ils n’ont pas lutté pour me garder.


Tu as des regrets ?

Non, je n’ai que des bons souvenirs. 14 ans après, je me rends compte que je n’ai rien à regretter, parce que mes 4 ans au LOSC étaient 100% purs. C’était moi. C’était le meilleur D’Amico. Peut-être que si j’étais resté, j’aurais régressé. Tu sais ce que les supporters pensent de moi : je donnais tout. Je n’aime pas l’idée que j’aurais pu être moins bon. 4 ans d’amour avec les supporters, c’est suffisant. Peut-être que si j’étais resté davantage, je n’aurais pas laissé le même souvenir. Et peut-être que je n’aurais pas gardé le même souvenir du LOSC. C’était aussi la fin d’un cycle. Il y avait des circonstances. Si les dirigeants ne font pas d’efforts pour me garder, je ne regrette pas. Et il faut reconnaître qu’on n’est pas parfait. Dans la vie, on ne sait pas ce qui va se passer. Parfois, on dépend d’autres personnes : de ton agent, de ta famille… On ne contrôle pas tout.


Quel regard portes-tu sur le LOSC depuis ton départ ?

Le LOSC a toujours progressé. Aujourd’hui, le président s’en va : je l’ai vu tout à l’heure en allant chercher mes places. Avec lui, le LOSC a poursuivi son ascension : si on regarde le bilan, il y a le doublé, le domaine de Luchin, le grand stade… Alors je lui tire mon chapeau, et je le félicite pour son travail. Je n’oublie pas non plus de saluer Claude Puel dans la progression du club. Je voudrais ajouter que, dans un club, les supporters ont une place très importante : quand les supporters se rendent compte du pouvoir qu’ils ont, ils changent le football. S’il n’y a pas de supporters, il n’y a pas de football. Et moi je voudrais bien que les vieux supporters continuent à fréquenter le stade et portent les valeurs du LOSC. C’est bizarre, mais plus les années passent, et plus je me sens proche de Lille, du club, des supporters. À un moment, je m’en suis éloigné et puis, avec les réseaux sociaux, j’ai beaucoup d’échanges avec des supporters. Ce soir, je vais voir le match et saluer les supporters !


Et quand Fernando va supporter le LOSC, il ne fait pas les choses à moitié : il était dans le kop !

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Merci Fernando pour ta disponibilité !

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15 ans séparent ces deux photos. Hormis une excroissance du pouce, nous n’avons pas changé. Le selfie a été pris avec le téléphone de Fernando, dont le fond d’écran est une photographie de lui sous le maillot lillois, avec l’inscription « il faut pas lâcher ! » !


Posté le 13 juin 2016 - par dbclosc

17 février 1946 : le toit s’effondre

Le LOSC et ses stades, c’est une longue histoire. De sa création en 1944 et jusqu’à 1949, le LOSC a joué ses matches en alternance dans deux stades différents, là où jouaient l’Olympique Lillois d’un côté, et le Sporting Club Fivois de l’autre. Sa sédentarisation à Henri-Jooris est le résultat des travaux de rénovation nés de l’effondrement d’une tribune lors d’un Lille-Lens en 1946. Un accident qui, miraculeusement, n’a fait aucun mort. Déjà, à l’époque, se posait la question de l’opportunité d’un « grand stade ».

Les faits relatés dans article et la saga des stades du LOSC sont à retrouver dans le livre Grimonprez-Jooris (1975-2011) (Les Lumières de Lille) de Damien Boone, Arnaud Mahieu et Maxime Pousset, de l’association Mémoire du football lillois.

Le championnat de France de football 1945-1946 est la première édition d’après-guerre, après 6 années de formules diverses liées à la situation de guerre et d’occupation. Le professionnalisme a été rétabli en 1944, mais en raison de zones encore en guerre à l’est, et de la difficulté des transports dans la zone Sud, le déroulement « normal » du championnat est très perturbé. Sur la forme, il est divisé en deux groupes (Nord et Sud). Le LOSC, entraîné par l’anglais Georges Berry, a terminé ce championnat de la zone Nord à la 5e place. En coupe de France, il s’est incliné en finale contre le RC Paris. Il aborde ce premier championnat national de l’après-guerre en position de favori, grâce notamment à l’efficacité de ses deux attaquants René Bihel et Jean Baratte. Le public lillois est ravi.

Et pourtant, son club est un SDF. Mais pas un SDF en mode 2004-2012, moment où le club s’est rabattu sur le Stadium-Nord, faute de stade digne de ce nom pour l’accueillir. Non, il est en quelque sorte un riche SDF : voilà déjà un an qu’il dispose de deux stades.

équipe

SDF : un problème de riche

Comme nous l’avons relaté ici, le LOSC est issu de la fusion entre l’Olympique Lillois et le Sporting Club Fivois, deux clubs qui, chacun, jouent dans leur propre stade. Pour l’OL, c’est, initialement, le stade connu sous le nom de terrain de l’avenue de Dunkerque, du fait de sa localisation, inauguré en octobre 1902 pour recevoir les matches des sections football et hockey sur gazon de l’omnisports OL. D’une capacité d’environ 17 000 places, il est rapidement renommé stade Victor-Boucquey (du nom d’un ancien vice-président du club). Le SCF (Éclair Fivois de 1901 à 1910) évolue de son côté dans le stade Virnot dès sa création en 1901 ; il est offert par un mécène, l’homme d’affaires Albert Virnot (et non « Félix » Virnot, comme on le trouve parfois). D’une capacité équivalente au stade de l’OL après des travaux à l’occasion de la professionnalisation en 1932, il est par la suite rebaptisé en 1937 stade Jules Lemaire, d’un nom d’un dirigeant du club décédé cette année là. Ce stade est situé à Mons-en-Baroeul, et non à Fives.

Comment déterminer où jouera le nouveau LOSC ? À partir de sa création en septembre 1944 et durant quelques années, le LOSC joue en alternance à Henri-Jooris et à Jules-Lemaire, sur proposition du président Louis Henno, sans doute une façon de ne froisser aucun des anciens clubs rivaux. Puis, à partir de 1947, le LOSC se sédentarise et s’installe de façon durable dans le stade de l’ex-OL. Celui-ci a en effet été rénové et a ringardisé Jules-Lemaire. Une rénovation forcée, née d’un accident qui aurait pu s’avérer dramatique : la chute du toit d’une des tribunes en plein match. Revenons-y.

 

Cohue annoncée

La grande foule est annoncée pour ce derby « assuré d’un succès incomparable » : dès le 14 février, la Voix du Nord indique qu’il ne reste que « quelques places Debout ». On se prépare ainsi à une affluence propice aux débordements, qu’il s’agit d’éviter :

« En prévision de l’affluence des amateurs de football, nous conseillons vivement aux intéressés de se munir, à l’avance, de leurs billets d’entrée, de manière à faciliter la tâches des dévoués dirigeants du club lillois. Il est recommandé aux personnes habitant la région de Lille-Roubaix et Tourcoing, qui se rendront aux Places debout, de prendre leurs tickets à l’avance, de manière à éviter l’encombrement des guichets et d’en faciliter l’accès aux sportifs venus de régions plus éloignées. Il faut que chacun fasse preuve de discipline et d’esprit sportif de manière à permettre l’entrée du stade au plus grand nombre possible d’amateurs ».

(La Voix du Nord, 14 février 1946)

Cette situation fait écrire à Augustin Charlet son regret que la ville de Lille ne dispose pas d’un stade de 30 000 places, qui puisse satisfaire l’ensemble des amateurs de football :

grand stadeLa Voix du Nord, 16 février 1946

Ce match Lille/Lens, l’un des 6 derbies de la saison (Roubaix-Tourcoing est aussi en D1), est un sommet : la rivalité OL/SCF ayant de fait disparu, elle tend à être supplantée par une rivalité entre le LOSC et son voisin du Pas-de-Calais.

De plus, ce 17 février 1946, Lille est 2e et Lens 3e (au goal-average) : le LOSC reste en effet, outre ses qualifications en coupe, sur deux victoires, contre Lyon (4-0) puis au Havre (2-1). Et avec un seul point de retard sur le leader stéphanois mais un match en moins (fin janvier, le match contre Metz a été remis à cause de la neige), le LOSC est même virtuellement leader.

Les pronostics vont bon train dans la Voix du Nord, qui rappelle que lors des saisons 1937/1938 et 1938/1939, alors que la région comptait 6 clubs dans l’élite, aucun d’entre eux n’a perdu de derby chez lui. Comme prévu, le matin du match, Lille/Lens est annoncé à guichets fermés : « le terrain ne sera accessible qu’aux personnes qui auront pris leur billet à l’avance. Les dernières places disponibles seront vendues de jour, 127 rue du Molinel, de 9h à 11h »

 

Toiture d’occasion, beaucoup servi, CT pas OK

Le public est nombreux. Trop nombreux. 17 000 personnes remplissent déjà le stade. Après la revente de billets au marché noir, on estime à 5000 le nombre de personnes qui n’ont pas pu entrer. La plupart rebroussent chemin, mais des centaines d’entre elles tentent alors par tous les moyens d’apercevoir le match : en escaladant les barrières, en montant sur les toits des habitations, ou en se positionnant sur les panneaux publicitaires.

La Voix du Nord indique que « la police a fort à faire, aussi bien au dedans qu’au dehors » du stade. « D’intrépides gaillards » se placent même sur le toit de la tribune Premières, située derrière l’un des buts, et c’est de ce point de vue privilégié que les resquilleurs savourent l’ouverture du score lilloise de René Bihel dès la 23e seconde, qui reprend un centre de Tessier.

Aux alentours de la 19e minute, le joueur Lensois Anton Marek1, blessé, s’allonge sur la touche. Des spectateurs lillois se penchent pour l’apercevoir (« inquiets » dit la presse : on pense plutôt que c’était pour l’insulter) ; d’autres sources indiquent plutôt une banale sortie de but ; quoi qu’il en soit, un certain nombre de personnes sont attirées au même moment par un même événement. Le déplacement de poids sur le toit en tôle suscite un « formidable craquement » qui le fait s’effondrer sur les spectateurs situés en-dessous. « On vit des grappes humaines glisser lentement et s’écraser au sol, quatre mètres plus bas. En quelques instants, les abords de la ligne de but n’étaient qu’un étrange chaos de corps confondus. Puis les cris, les plaintes montèrent », relate la Voix du Nord. Le match est interrompu.

StadePhoto La Voix du Nord, 19 février

Après une minute de panique, le calme s’impose et la solidarité s’organise : Radio Lille est contactée pour transmettre un message sur les ondes et rameuter les médecins et ambulances du coin ; les personnes les plus touchées sont immédiatement évacuées vers les hôpitaux de la Charité et Saint-Sauveur.

Compte-tenu des circonstances, le bilan est somme toute léger : 53 blessés, dont 26 sont transportés à l’hôpital (le bilan s’est alourdi par rapport à la coupure de presse ci-dessus). Nous disposons de la liste des blessés (ainsi que de leur adresse), l’occasion de signaler deux éléments :

_on ne compte que deux femmes : Janine Prate de Lille, et Jeanine Vampenne d’Ascq, qui habitent toutes les deux au n°14 d’une rue (pas la même)

_on note tout de même quelques blessures loin d’être superficielles, comme celles infligées au malheureux Marcel Leroy de Saint-Martin-lez-Boulogne (amputation d’un orteil), André Jacquemard de Mons (fracture de l’orbite, œil atteint), Ignace Wycztak (plaie profonde de la cuisse) ou Marcel Mazingarbe de Lille (fracture du pied)

stade2

Le match reprend 20 minutes plus tard alors que les abords du terrain sont bondés, et que des blessés sont soignées à même la touche. Les Lensois protestent, estimant que c’est injouable, et posent d’ailleurs une réclamation.

Mais on reprend, et les Sang & Or égalisent rapidement par André Doye. Juste avant la pause, Boleslaw « Bolek » Tempowski reprend une frappe sur le poteau de Bihel et marque le deuxième but lillois ! En seconde période, Tempowski ajoute un nouveau but, et le LOSC s’impose 3-1, rejoignant ainsi Saint-Etienne en tête du championnat.

La réserve déposée par les Lensois ne donne rien. Dommage pour eux : ils ne rattraperont jamais les Lillois.

Lens

Le stade des questionnements

La presse de l’époque attribue la fragilité de la toiture aux secousses subies pendant les bombardements de 1940 ! L’explication semble un brin foireuse, car le stade, jamais rénové depuis 1902, était connu pour sa vétusté ; et pourquoi ne pas avancer comme explication les conséquences du tremblement de terre de 1938, la veille du match Suisse/Hongrie, joué à Lille pour la coupe du monde ? ; il ne faut, en outre, pas écarter l’hypothèse d’un complot contre le LOSC, une piste que nous privilégions sur ce blog.

Quoi qu’il en soit, cette explication reflète surtout l’idée que les questions de sécurité et des imputations de responsabilité des clubs et de la fédération ne se posaient manifestement pas dans l’espace public de la même manière qu’aujourd’hui.

stadePhoto Légendes du Foot. Lille, la saga du LOSC, mai 2001

Déjà, dans la presse régionale, la question d’un « grand stade » se posait avec acuité. La Voix du Nord, comme elle l’a fait dès le jeudi, « regrette avec les sportifs lillois que notre capitale des Flandres n’ait pas, en dépit des demandes réitérées qui ont été faites par les dirigeants, le stade municipal aux 50 000 places que nécessite l’importance que tient le sport dans notre vie régionale ».

Le magazine Nord-France écrit :

« Cet accident nous a prouvé que Lille-Capitale n’a pas le stade qu’elle mérite. Depuis des années, on le répète, chacun s’accorde à la déplorer, de beaux projets naissent… et s’en vont mourir dans les cartons, les uns après les autres (…) Lille vaut mieux que cela. Un stade moderne, bien situé et non perdu dans une lointaine banlieue coûterait, certes, à construire, mais il serait rentable car la foule est conquise de plus en plus par le football ».

Problème résolu… 66 ans plus tard !

Sur le terrain judiciaire, le LOSC est lourdement condamné à indemniser les victimes, et ne s’en sort que grâce au soutien financier de quelques dirigeants, notamment celui d’Henri Jooris (fils).

L’accident entraîne la rénovation du stade Henri-Jooris, et le reste du championnat et la saison suivante se jouent à Jules-Lemaire, l’ancien stade de Fives. Et c’est dans ce stade que Lille reporte le premier titre de champion de France de l’après-guerre.

Le nouveau stade Henri-Jooris, d’une capacité plus grande, est inauguré le 31 août 1947. À cette occasion, le journaliste de L’Équipe, Jacques de Ryswick, écrit : « d’un stade vétuste, [les dirigeants lillois] ont fait une arène moderne et accueillante ». Du coup, en 1947-1948 puis en 1948-1949, Henri-Jooris s’impose comme la résidence du LOSC : il ne se joue que 4 matches sur ces deux saisons à Jules-Lemaire, qui est démoli à partir de 1959. Henri-Jooris, lui, survivra jusqu’en 1975, avant une autre migration. Pas la dernière.

 

FC Note :

1 Qui donnera son nom à une tribune à Bollaert, « comme un symbole ».


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